‹ Souvenirs et notes biographiquesChapitre 25 sur 49 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

blique et l'éducation privée, il compte, parmi les avantages de celle-ci, « ces amitiés qui, par la force d'une sorte de lien religieux, se prolongent sans s'affaiblir jusque clans la vieillesse. Car, ajoute-t-il, ce n'est pas chose plus sainte d'être initié aux mêmes mystères qu'aux mêmes études 1 » .

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Tout cela, dira-t-on, est vraisemblable d'une amitié à deux. Mais à qui le fera-t-on croire de plusieurs à la fois? A qui persuaderai-je que j'ai eu l'inestimable privilège de compter, de quinze à dix-huit ans, plusieurs amis et de les avoir gardés toute ma vie?

J'ai contre moi un préjugé bien fort, surtout chez les personnes qui, jugeant du cœur humain par le leur, ont une médiocre idée de la chaleur de l'homme pour l'amitié. Il y a aussi des mots historiques peu encourageants, celui-ci, entre autres, qu'au rapport de Diogène de Laërte Aristote répé-

1. Mitto amicitias, quœ ad senectutem firmissimœ durant, religiosa quadam necessitudine imbutœ. Neque enim est sanctius sacris iisdem quam studiis initiari. Instit. orat., I, 2.

tait souvent : « 0 mes amis, il n'y a pas d'amis1, » Il est vrai qu'en changeant l'orthographe du monosyllabe qui commence la phrase grecque2, on a ce sens très différent : qui a des amis n'a pas d'amis, eux amici, amicus nullus, ce qui condamne la pluralité des amis, mais sauve du moins l'amitié à deux. C'est de cette dernière qu'An sto te écrit, outre tant de pensées ou fines, ou profondes, ou délicates sur l'amitié : « L'amitié, c'est une seule âme qui habite deux corps3. » Pour la pluralité des amitiés, est-ce l' opinion d'Àristote fidèlement reproduite par un disciple, ou la pensée personnelle de celui-ci, que « si un ou deux ne suffisent pas, il en faut avoir, entre le peu et le beaucoup, autant que nous en offrent l'occasion et le penchant à aimer4 »? On peut juger si j'aurais intérêt à ce que la maxime eût pour premier auteur Aristote 5 ; car là est, selon moi, la vérité, telle que l'aurait vue, en un de ses moments les plus lumineux, un des penseurs qui ont fait le plus de découvertes

1. w 91X01, oOSeîç <piXo;. Diogène de Laërte cite le mot sur la foi de Favorinus. Vies et doctrines des philosophes. Liv. V, chap. ier.

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