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Épître aux Pisons, v

SOUVE.NIRS ET NOTES BIOGRAPHIQUES. 3G7

me choquait. J'étais surpris de ne pas lui savoir gré même de ce que j'admirais. Il y a, dans toute œuvre de génie, les beautés de l'inspiration et les beautés du travail. Les premières ont été données gratuitement au poète par l'auteur de tous les dons de l'esprit. On les admire comme un privilège, on ne pense pas à lui en être reconnaissant. Les secondes sont proprement l'œuvre de sa volonté et comme le prix dont il paye le don divin. Celles-là, nous les admirons avec une pensée d'encouragement pour nous-mêmes et un sentiment de gratitude pour le poète. Nous sentons qu'en les composant avec un généreux effort, il a songé à nous1.

N'en déplaise au paradoxe, il n'y a pas de poésie sans art, il n'y a pas d'art sans difficulté vaincue. Le plus délicat et le plus profitable des plaisirs de Y esprit, on l'a dit bien avant Boileau, c'est de lire des vers faciles faits difficilement. La

1. Lamartine n'a pas connu les nobles labeurs de l'art. Un singulier et puissant écrivain, Proudhon, parlant de ses belles qualités, dit qu'elles sont « déparées, souvent neutralisées par un irrémédiable défaut. Le travail intellectuel, chez M. de Lamartine, cet esprit d'analyse et de synthèse qui seul, en donnant la raison des choses, élève et entretient l'idéal, manque tout à fait. » (De la justice dans la Révolution et dans VÉglise. Chap. n, § 22.)

difficulté est la loi des œuvres supérieures. Quintilien l'a dit en connaisseur et en maître : « La nature elle-même a placé la difficulté au devant de tout ouvrage excellent1. »

Le paradoxe dit encore qu'il' faut prendre le poète tel qu'il est, et se tenir pour très honoré de le lire même en négligé. Je crois, avec le genre humain, que les plus doués d'entre les hommes doivent aux autres l'exemple d'obéir les premiers à la loi du travail. Est-ce par hasard quelque rhéteur grec ou latin, qui, le premier, en a fait au poète une condition absolue? Non vraiment. Les plus rigoureux à prescrire au poète le travail sont ses pairs. C'est Horace qui, songeant à ce qui manquait à la gloire de sa patrie, dit avec dépit : « Et le Latium ne serait pas moins puissant par sa langue que par son courage et la gloire de ses armes, si chacun de ses poètes n'était rebuté par les difficultés et les lenteurs de la lime 2. »

C'est le même qui dit aux Pisons : « Vous, sang de Pompilius , critiquez sévèrement tout poème que n'ont point châtié de longs jours de travail, de

1. Naturel ipsa prœposuit preeelaro cuique operi difficuliatem,

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