Épître aux Pisons
nombreuses ratures et auquel dix retouches n'ont pas donné le poli de l'ongle *.»
C'est encore lui qui, traçant un admirable détail des devoirs du poète « qui veut faire une œuvre selon les lois de l'art »,, le termine par ce trait saisissant : ce II a l'air de jouer et il est à la torture, à la façon du danseur qui se meut tantôt comme un agile satyre, tantôt comme un lourd cyclope2 .»
Et ce poète qui exige si impérieusement le travail, est, de toute l'antiquité, celui qui paraît en avoir porté le plus allègrement le fardeau. 11 se donne lui-même en exemple, et avec quelle grâce : « Puissant est le souffle qui emporte le cygne de Dircé ( Pindare ) dans son essor vers les hautes nuées ; pour moi, semblable à l'abeille de Matine, qui va recueillant à grand'peine les sucs parfumés du thym, humble poète, le long des bois et des frais ruisseaux de Tibur, je façonne laborieusement mes vers3. »
Plus imposant encore et plus touchant est l'exemple de Virgile. Troublé, dans ses insomnies cle mourant, de la pensée que le travail de la der-