Odes, IV
nière main vivait manqué à YÈnéide, il ordonne par testament qu'on jette son poème au feu. Nos modernes sont si tendres pour leurs vers qu'ils traiteraient volontiers de fable cette dureté de Virgile pour les siens1. Le fait n'en a jamais été mis en doute. Virgile n'avait pas attendu les avertissements de la maladie pour s'inquiéter des destinées de V Enéide. « L'œuvre que je commence, écrivait-il à Auguste, est si grande, que c'est peut-être folie à moi de l'avoir entreprise2. »
Venons aux maîtres français. Il y a sur la Fontaine une tradition presque aussi populaire que celle de son goût pour le dormir3, c'est que toutes ses fables sont l'œuvre « du travail et de la lime », et que plus d'une a été entièrement recommencée./ La dernière rédaction de la fable, le Renard, les Mouches et le Hérisson n'a gardé que deux vers de la première 4. -
1. Un érudit allemand, M. Weichener, a voulu voir, dans les vers inachevés de V Enéide, des beautés de métrique voulues parle poète. Il s'est justement attiré d'un de ses compatriotes, M- Lucien Millier, cette boutade « que ceux qui sont de cet avis ne méritent pas qu'on les réfute ».