Moi dont Orphée était le dieu Morphée
(Lettre à Saint-Évremond.)
4. Histoire de la vie et des œuvres de la Fontaine, par Walcke naer. Liv. VI.
Il semble que la Fontaine ait trouvé par le travail certaines grâces qui en excluent jusqu'à l'idée. Gomme Horace, et avec le même agrément, il parle de la peine que lui coûtent ses vers :
Ce qui m'étonne est qu'à huit ans Un prince en fable ait mis la chose, Pendant que sous mes cheveux blancs Je fabrique à force de temps Des vers moins sensés que sa prose *.
Je ne veux pas nommer Boileau. Celui-là, tous nos faiseurs de vers le récusent. Que s'avise-t-il de vouloir que le poète « travaille à loisir, quelque ordre qui le presse2, » et qu'il ne travaille pas pour de l'argent3; qu'il ait le cœur haut pour être à la hauteur de l'art des vers4? Par des maximes si outrées, n'a-t-il pas gâté le métier?
Mais h quoi bon toutes ces raisons ? Une seule suffit. La loi de la difficulté a sa sanction. Les
1. La fable dont il s'agit est le Loup et le Renard, liv. XII, 9. Lq «prince» est le duc de Bourgogne à qui Fénelon, son précepteur, avait donné à traiter ce sujet.
2. Travaillez à loisir, quelque ordre qui vous pi'esse, Et ne vous piquez point d'une folle vitesse.