Vers de l'épître sur la Paresse
Absent de Paris au moment de sa mort, j'écrivis à la hâte dans un journal 1 quelques lignes d'hommage à sa mémoire. Elles sont fort au-dessous du sujet, et de mes sentiments d'alors et d'aujourd'hui. Mais elles m'ont valu de Mme de Musset une lettre si touchante, qu'on me permettra de les reproduire en partie pour l'honneur qu'elles ont eu d'apporter quelque consolation à une mère qui pleurait un tel fils.
« Ce qui frappe, y disais-je, dans l'hommage public qui vient d'être rendu à de Musset, c'est moins l'unanimité des regrets, que l'unanimité des jugements. Son temps a tout de suite parlé de lui comme d'une seule voix, et comme la postérité en parlera. Sa mémoire recueille le fruit de sa conduite sensée et discrète parmi les pièges que la politique avait tendus aux poètes ses aînés, sans esprit de parti mais non sans amitiés fidèles. Si son temps est si juste envers lui, c'est qu'il a été indépendant de son temps. Aucune prévention politique n'avait exagéré son talent, au risque de fournir à la prévention contraire le prétexte de le rabaisser. Rien n'a été dit de trop à sa louange, voilà pourquoi la mort ne lui a rien ôté.