‹ Souvenirs et portraitsChapitre 13 sur 24 · L]'^XV · texte numérisé non relu

L]'^XV

Depuis, devenue veuve, elle épousa un ministre plénipotentiaire d'une des cours catholiques d'Allemagne à Rome. Dévouée au pape, habile et intrépide dans son dévouement, elle contribua de sa personne à ac<;omplir l'évasion de ce pontife de Rome après l'assassinat du ministre constitutionnel, l'infortuné Rossi.

Cette ravissante tète de femme, égale aux plus gracieuses figures antiques du musée du Vatican, frappa du même rayon le regard déjà refroidi de M. de Chateaubriand.

« Ah ! quand vous verrai-je tous les jours? » écrit-il ému de ces réminiscences à son amie de l'Abbaye-aux- Bois. « Faites représenter à Paris mon Moïse; ce sera (( ma dernière ambition et ma dernière vue de ce monde « qui se retire devant moi ! — Je recommence mes proie menades solitaires autour de Rome. Hier j'ai marché ♦<( deux heures dans la campagne ; j'ai dirigé mes pas du <( côté de la France, où vont mes pensées; j'ai dicté <( quelques mots à Hyacinthe (son secrétaire), qui les a « écrits au crayon en marchant. J'ai l'âme trop préoi'- <( cupée de regrets ; je ne me retrouverai qu'auprès de <( vous! — Quand vous n'auriez que le temps de m'écrire: « Je me porte bien et je vous aime, cela me suffirait.

« Parlons de votre dernière lettre ; elle est bien aima- <( ble. J'ai ri de vos recommandations. Ne craignez rieu :

MADAME RÉGAMIER. 2A1

«je suis cuirassé. Je vous reviendrai, et promptement, « j'espère, comme je suis parti. Nous achèverons nos <( jours dans cette petite retraite, à l'abri des grands « arbres du boulevard solitaire, où je ce cesse de me « souhaiter auprès de vous. Vous convenez que vous <{ avez eu dernièrement des torts; moi, je réparerai tous <( les miens.

<( Votre dîner chez M"*' de Boigne ne m'a point étonné; « les lettres de Fabvier au comité grec m'avaient appris à « juger ce que c'était.

« Reste Moïse. Me voilà comme vous, mourant d'envie <( qu'il subisse son destin. Je vous ai tout dit à cet égard : à, le banquier est prévenu ; c'est, comme je vous l'ai dit, « Hérard, rue Saint-Honoré, n° 372. M. Taylor peut s'y « présenter en mon nom, et, moyennant son reçu, on lui <( comptera 15 000 francs. Le reste, c'est à vous de le <( faire et de le conduire. Comme le carnaval est long <( cette année, il est possible que le tout soit appris, (( monté et joué dans la saison do la foule et des plaisirs <( de l'hiver. »

On voit qu'après avoir employé son amie à son anibition pendant qu'il était à Londres, il l'utilise maintenant pour ses dei*nières tentatives de gloire pendant qu'il est â Rome. On remarque aussi avec quelle délectation de plume ce nom de Rome revient constamment dans sa phrase. Il en est de même de tous les écrivains, voyageurs ou poètes, qui datent leurs pensées de cette terre; il semble que ce nom de Rome répété sans cesse par eux •donne à leurs fugitives personnalités quelque chose de grand et d'éternel comme Rome, et flatte en eux jusqu'à Ja vanité du tombeau.

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