‹ Souvenirs et portraitsChapitre 16 sur 24 · XXI · texte numérisé non relu

XXI

Le 16 juillet 1857 sera une date pour la France! Ce fut le jour où, dans des funérailles aussi grandioses et plus unanimes que celles de Mirabeau, la France ensevelit son poëte favori dans la personne de Béranger, et où elle parut tout à coup ressusciter elle-même avec tout son cœur national et tout son esprit public, pour dire à ceux qui l'accusent d'une somnolence irrémédiable : Détrompez-vous ! je palpite encore ! Je suis encore la nation des grands sentiments, le peuple des grands réveils, la terre des grands sursauts de l'humanité! Dans ma capitale «eule, cinq cent mille âmes tressaillent au premier glas d'une cloche de faubourg qui leur annonce le dernier soupir d'un homme de gloire et d'un homme de bien.

J'avoue que peu de choses, depuis que je vis, m'ont autant consolé de vivre et m'ont rendu plus d'estime pour mon pays, et surtout pour la saine multitude de mon pays, que cette émotion de Paris et que ces funérailles !

Un homme que l'on pouvait croire redevenu obscur i

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force de temps et d'oubli, un homme retiré de toute scènepar sa modestie, et retiré presque de la vie par sa vieillesse; un homme caché sous les toits, dans une maison muette d'une rue éloignée du cœur de la ville ; un homme qui n'affectait pas, comme Diogène ou comme J. J. Rousseau, l'orgueilleuse nudité du tonneau ou du haillon, pour se faire un trophée de sa misère ; mais un homme dont la médiocrité sans apparat ne pouvait exciter ni l'envie du pauvre, ni la pitié du riche; un homme qui n'avait rempli, pendant sa vie, aucun de ces rôles éclatants ni occupé aucune de ces fonctions puissantes qui laissent à ceux qui en sont sortis ou déchus de vieux clients de leur puissance ou de jeunes clients de leur renommée; un tel homme meurt dans sa petite chambre^ entre une garde -malade, deux servantes en pleurs et quelques amis. La nouvelle de sa mort se répand de bouche en bouche depuis le palais jusqu'à l'échoppe^ dans tous les quartiers de Paris : aussitôt la vie publique et la vie privée paraissent suspendqes dans une vaste capitale ; le bruit tombe, le travail cesse dans les ateliers. L'ouvrier, sur le seuil de sa porte, accoste le passant, et ' lui demande avec des larmes dans la voix s'il est vrai que Bétanger soit mort. Les groupes se forment entre inconnus pour s'entretenir à voix émue des circonstances de cet événement. Un serrement de cœur universel oppresse cette multitude; elle n'a rien à espérer personnellement, rien à redouter de cette respiration de moins dans la poitrine d'un vieillard, au milieu de cette respiration immense et éternellement renouvelée de tout un peuple : n'importe; elle donnerait un des morceaux de pain de la famille pour que cet homme, pour ainsi dire collectif, respirât un jour de plus l'air de la France. Elle l'aimait : l'amour est aussi une puissance ! Elle apprend que sesfunérailles auront lieu le lendemain ; elle se promet de

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se trouver debout, chapeau bas, tout entière, dussent les» rues être trop étroites, à la suite de son convoi, non pa» pour que la famille du vieillard note la présence d'un million de visages anonymes dans le cortège, mais pour que le soleil la voie payer un tribut de conscience, de respect et de patriotisme à ce cercueil qui lui semble renfermer quelque chose de mort dans l'image de la patrie. C'est un jour ouvrable ; le salaire d'un jour manquant est un vide sur la table frugale de la famille de l'ouvrier : n'importe encore ! elle sacrifiera volontairement le salaire d'un jour au devoir pieux qu'elle s'impose pour chômer en l'honneur de ce cercueil d'un inconnu; elle fera plus, elle portera son deuil comme si elle avait perdu un des siens. Elle fouille dans les coffres de ses mansardes pour y trouver la veste noire, le chapeau de feutre, le morceau de crêpe qu'elle réserve aux tristes solennités de ses propres convois; elle les étale sur le lit; elle se promet de les revêtir en masse au lever du soleil, pour que la ville ait changé de couleur pendant cette triste nuit. Ce ne sera pas le deuil d'une maison, ce sera une nation en deuil !

De son côté, le gouvernement lui-même, craignant que ces honneurs populaires n'anticipent sur les honneurs dont il se réserve jalousement l'initiative, prépare ses armes, ses drapeaux, ses temples, ses pompes. Une armée entière prend position ou poste depuis la porte de la maison jusqu'à la porte de l'éternité, dans le champ des morts. Le convoi s'avance à travers une haie de troupes et une muraille de peuple; pas un pavé qui ne porte un homme attendri, pas une fenêtre qui ne regarde passer en pleurant le char, pas un toit qui ne vocifère son cri d'adieu ou son acclamation d'amour; pas un pan du ciel d'où ne tombe sur le suaire une pluie de couronnes d'immortelles, fleurs funèbres qui n'ont pour rosée que des-

larmes, et qui n'ont de parfum que dans le souvenir et dans réternité !

Ah ! quel peuple ! On peut le maudire pour ses inconstances, mais il faut l'adorer pour ses fidélités et pour ses retours! Qu'on dise ce qu'on voudra, l'âme de cette terre est mobile, mais c'est une belle âme parmi toutes les âmes populaires de l'antiquité ou du temps présent. On peut se plaindre quelquefois d*y vivre, mais il faut se féliciter au moins d'y mourir!

Or quel était donc cet homme si immense qu'un peuple tout entier se trouvait trop peu nombreux encore pour suivre et pour illustrer son convoi? Écoutez!

C'était un petit vieillard à visage sans distinction au premier coup d'oeil, à moins qu'on ne pénétrât ce visage avec le regard divinatoire du génie, tant il y avait de simplicité sur sa finesse. Il portait le costume d'un Alcinoiis rustique, sous lequel il était, impossible de soupçonner sa presque divinité dans la foule : des souliers noués par un fil de cuir, à fortes semelles sonores dont j'aimais tant le bruit lourd (hélas ! que je n'entendrai plus dans mon escalier); des bas gris ou bleus de filoselle, souvent mouchetés d'une tache entre le soulier et le pantalon ; le pantalon relevé pour le préserver de la boue ou de la poussière de la rue; un gilet d'indienne propre, mais commune, un peu débraillé sur sa large poitrine, et laissant voir un linge blanc, mais grossier, tel que les ménagères de campagne en filent avec leur propre chanvre pour le tisserand de la maison; une redingote de drap grisâtre, dont le tissu râpé montrait le fil sur les coudes, et dont les basques inégalement pendantes battaient très-

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bas SCS jambes à chaque pas sur le pavé. Enfin un chapeau de feutre gris aussi, à larges bords et sans forme ou déformé, tantôt posé de travers sur la tète, tantôt profondément enfoncé sur le front et laissant flotter quelques boucles de cheveux incultes, mais presque blonds encore, sur son collet ou sur ses joues, complétait ce costume. Il portait à la main un bâton de bois blanc sans pommeau et sans douille; ce n*était pas un bâton de vieillesse, mais une habitude de la main : il ne s'y appuyait pas; il décrivait du bout de cette branche de houx des cercles capricieux sur le parquet, sur le pavé ou sur le sable.

Voilà rhomme extérieur : personne ne se retournait après l'avoir vu passer inaperçu dans la foule. C'était une des apparences d'artisan retiré dans l'oisiveté d'une modique aisance, allant visiter, le dimanche, ses enfants établis dans la banlieue, comme vous en coudoyez cent mille par semaine dans les rues de Londres ou de Paris.

Mais si par hasard vous le reconnaissiez, et que, selon sa cordiale et gracieuse habitude, il vous mît sa grosse main sur l'épaule, et qu'il vous retînt par le collet de votre habit, à la manière de Socrate, pour vous sourire ou pour causer un moment avec vous, alors ce geste, ce sourire, ce regard, cette physionomie, ce son de voix, vous révélaient un tout autre homme, et, si vous étiez le moins du monde physionomiste, c'est-à-dire sachant lire les caractères de Dieu sur le li\Te du visage humain, vous ne pouviez vous empêcher de regarder et de regarder encore cette délicieuse laideur transfigurée par l'intelligence, qui, de traits vulgaires et presque informes, faisait tout à coup, à force de cœur et d'âme, un visage qu'on aurait voulu embrasser !

Ses traits étaient ébauchés à grands coups de pouce dans Targile, comme dans la rude et fidèle statuette en bas-relief que le jeune sculpteur Adam Salomon nous a pétrie de lui. Le front large et bossue, rœil bleu et à fleur de front, le nez gros et arqué, les pommettes relevées, les joues lourdes, les lèvres épaisses, le menton à fossette, le visage rond plutôt qu'ovale ; le cou bref, mai* relié par de beaux muscles à la naissance de la poitrine; les épaules massives, la taille carrée, les jambes courtes; la stature pesante en apparence, mais souple au fond, tant il y avait de ressort physique et moral pour l'alléger; mais ce front était si pensif, ces yeux si transparents et si pénétrants à la fois, le nez si aspirant le souffle de l'enthousiasme par ses narines émues, les joues si modelées de creux et de saillies par la pensée ou par les sentiments qui y palpitaient sans cesse, la bouche si fine et si affectueuse, le sourire bon, l'ironie douce et la tendresse compatissante s'y confondaient tellement pour plaisanter et pour aimer sur les mêmes lèvres ; le menton si téméraire, si sarcastique, si défiant et si gracieux tout ensemble en se relevant contre la sottise ; de si belles ombres tombées de ses cheveux, et de si belles lumières écoulées de ses yeux flottaient sur cette physionomie pendant qu'elle s'animait de sa parole; l'accent de cette parole elle-même, tantôt grave et vibrante comme le temps, tantôt sereine et impassible comme la postérité, tantôt mélancolique et cassée comme la vieillesse, tantôt badine et à double note comme le vent léger de la vie qui se joue le soir sur les cordes insouciantes de l'âme ! tous ces traits, toutes ces

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expressions, toutes ces intonations diverses, avaient un tel charme, qu'on se sentait retenu, fasciné, ravi de contemplation par ce visage, et qu'on se disait intérieurement ce qu'Alcibiade disait de Socrate après l'avoir entendu parler des choses divines et des choses humaines : (( Il faut qu'une divinité se soit répandue à « noti>e insu sur ce visage. Cet homme si laid est le plus « beau des hommes ! »

Son logement n'était pas plus fait que sa personne pour attirer l'attention de la foule indiOérente, qui ne se prend ordinairement que par les sens. A l'extrémité la plus reculée de la rue de Vendôme, une des rues mortes du vieux Paris, dort un de ces vastes hôtels des anciennes familles du parlement. L'herbe y croît dans les cours ; des jardins, épargnés par le constructeur de l'édifice à cause de l'éloignement du centre, conservent encore, dans leurs allées tirées au cordeau, quelques arpents de silence et quelques éclaboussures du soleil sur le sable, sous les fenêtres des appartements. C'est là que le- solitaire s'était caché pendant ces dernières années, comme l'hirondelle sous les corniches des vieilles demeures.

En entrant dans la cour, on laissait en face devant soi une belle façade à grand porche et à grands appartements, habités par des familles opulentes. Quand une concierge, qui semblait sentir la dignité et la responsabilité de gardienne du repos d'un philosophe favori du peuple, vous avait indiqué sa demeure, vous tourniez, à droite eif entraiit dans la cour, sotis une petite voûte conduisant à des écuries; vous rencontriez sous la voûte le premier degré d'un escalier de bois; cet escalier vous conduisait de pa-

lier en patier, par des marches douces, comme ihconvient à l'âge essoufflé, jusqu'au dernier palier, sous les toits, où vous n'aviez plus au-dessus de vous que les tuiles et le ciel. Un large et long corridor, sur lequel s'ouvraient des portes nombreuses et uniformes, semblables à des portes de cellules dans les cloîtres d'un monastère ou à des portes d'infirmeries séparées dans un vestibule d'hospice, servait d'avenue à l'appartement du sage. C'était là sans doute que, dans le tçmps de l'opulence et de la puissance des parlementaires, l'antique famille logeait les intendants, les aumôniers, les précepteurs des enfants de la maison. L'appartement était tout au bout du long corridor. On sonnait. Une femme âgée d'environ quatre-vingts ans^ dont la figure conservait des traces de noblesse et de beauté pâlies par la souffrance, vous indiquait du geste la porte de la chambre adjacente, d'où l'on communiquait par l'intérieur avec sa chambre à elle. Elle vous ouvrait elle-même cet appartement contigu, mais séparé extérieurement du sien. Un second corridor noir s'offrait à vous; vous le suiviez; un jour de reflet vous indiquait au fond du corridor la lumière répercutée d'une pièce éclairée par le soleil. Ld porte en restait toujours ouverte. Cette pièce était vaste et nue; elle n'avait pour tout ameublement que deux larges fenêtres sans rideaux, une cheminée antique sans feu, un paravent qui cachait ua lit de camp de servante, quelques chaises de paille et une centaine de volumes de hasard, amoncelés sous la poussière sur des rayons de sapin.

A l'extrémité de cette chambre, près des fenêtres, une porte basse, que vous ouvriez vous-même, vous introduisait dans la chambre habitée par l'ermite. Un lit, un canapé, une table ronde où le« journaux et les brochures du jour faisaient place à leur heure à la bouteille de verre noir et au frugal repas du matin, une cheminée au fond

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de laquelle couvait un petit feu de fagots dans un massif de cendres, une ou deux gravures pendues à des clous contre la muraille, représentant les amis de sa jeunesse, dieux lares de son cœur : Manuel, le favori de ses souvenirs, près de qui il doit lui être doux de reposer dans son tombeau d'emprunt; Laffitte, le Mécène bienfaisant des factions, dans un temps où les factions vendaient et achetaient la gloire; Chateaubriand, qu'il avait cru aimer, et dont il avait pris les morosités monarchiques pour des convictions républicaines ; Lamennais, dpnt il estimait le courage, mais dont il aimait peu le caractère; un masque mort du premier Napoléon couché sur le grabat de Sainte- Hélène, relique obligée chez ce dévot railleur à la grande armée : ce masque est moitié pathétique et moitié lugubre. On y lit dans l'immobile physionomie de l'autre monde la confiance dans le jugement irréfléchi des multitudes et l'inquiétude sur les jugements de Dieu, qui pèse le sang répandu contre l'ambition satisfaite. Enfin un buste de moi sur une planche de noyer, dans un coin de la chambre, buste qui n'était pour Béranger ni celui d'un poëte, ni celui d'un orateur, mais tout simplement le buste d'un ami de la dernière heure : ces amis sont sou* vent les plus chers, parce qu'ils sont les plus inattendus^ et que, s'étant rencontrés tard, ils se donnent rendez-vous dans l'éternité pour s'aimer plus longtemps qu'ici-bas.

Voilà le portrait, voilà le séjour, fidèlement copiés d'après nature, de l'homme caché que tout un peuple allait découvrir sur son matelas, à son cinquième étage^ pour lui faire ce que Mirabeau mourant appelait les funérailles d'Achille, et ce que nous appellerions plus justement les funérailles d'un Washington gaulois.

Cet homme, c'était Béranger !

Or, à quoi tient cette popularité fabuleuse, posthume, et par conséquent sincère, qui abandonne tant de noms vivants ou morts, et qui s'obstine au nom et à Tamour de Béranger jusque sous la terre ? Gomment se fait-il qu'un peuple souvent ingrat, toujours oublieux, se fasse de soimême l'exécuteur testamentaire d'un de ses plus pauvres •citoyens perdus dans la foule ? Gomment se fait-il que ce peuple proclame ce pauvre citoyen parent de tout le monde, père de la patrie, cendre nationale? Gomment se fait-il que tout ce peuple ofTre ses bras en masse pour porter cette dépouille au tombeau plus près de son cœur? Comment se fait -il enfin que ce peuple, passionné ■d'ardeur funèbre, piétine si fortement cette cendre au cimetière, comme pour la sceller dans son sol sous les pieds d'un million et, s'il le fallait, de vingt millions de Français ?

Mystères des inconstances et des constances populaires! s'écriera-t-on. — Mystère, oui; mais le métier de l'écrivain philosophe est précisément de sonder par sa sagacité ce qui parait mystère à la foule, et de mettre à nu ce cœur du peuple, pour lui dire : Tiens ! lis toi-même dans tes caprices ou dans tes fidélités mystérieuses; comprends pourquoi tu abandonnes cet homme qui t'a servi, et pourquoi tu conserves à cet homme qui t'a plu une inexplicable et inaliénable popularité.

La popularité persistante et désormais immortelle de Béranger s'explique, selon nous, par trois causes:

Les circonstances de sa patrie ;

Son talent ;

Son caractère.

Nous allons examiner rapidement, à cœur ouvert, ces trois explications de sa gloire et de la tendresse d'un peuple pour lui.

Hélas! nous nous étonnons le premier que ce soit nous qui fassions ici cette commémoration pieuse de Béranger. Qui nous l'aurait dit il y a vingt-sept ans, quand les rois de nos pères, rentrés de longs exils et sacrés pour nous par le sang de Louis XVI, régnaient, le testament de leur frère dans une main, une charte libérale dans l'autre main, sur un peuple frémissant, mais à demi libre? quand nous gémissions de ce sophisme, machine de guerre qu'on renverse après l'assaut, sophisme qui représentait l'armée de brumaire, de Moscou, et du 20 mars 1815, comme une collection de tribuns du peuple, comme une tribu de Mahomets de la liberté? quand les vers de Béranger faisaient explosion sous le trône comme la poudre dans la mine? quand ses chansons grondaient comme la foudre des cœurs entre les dents des soldats et du peuple ? quand les éclats de rire que ces chansons soulevaient dans les multitudes précédaient et présageaient les éclats du tonnerre qui allait pulvériser la dynastie des Bourbons ? '

Nous aimions ces Bourbons à cause de leurs malheurs et de leurs services; nous avions dans les veines un sang qui avait coulé pour eux ; on nous avait appris leur histoire comme un catéchisme de famille ; nous avions dans rame un vif instinct de liberté presque républicaine qui trouvait sa satisfaction dans la presse démuselée, dans la tribune éclatante, dans l'opinion cosouveraine avec la royauté; nous faisions des vœux d'honnête jeunesse pour que les incitations du parti militaire d'alors ne parvinssent

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