‹ Souvenirs et portraits de jeunesseChapitre 16 sur 46 · LE PROFESSEUR DE MORALE ATTRAYANTE ET LE PROFESSEUR DE BONNE HUMEUR · texte numérisé non relu

LE PROFESSEUR DE MORALE ATTRAYANTE ET LE PROFESSEUR DE BONNE HUMEUR

Le plaisir que je trouvai à fréquenter la maison Lalleniand ne ressemblait en rien aux éludes peu attrayantes que j'étais censé faire dans le sinistre coUegium^ aux grandes salles tristes, aux vastes cours arides.

Il est des lieux dont, à l'âge d'homme, on aime à revoir les murs : je passe encore aujourd'hui, tête basse, devant la façade du collège de Laon, qui n'évoque à mon esprit que le froid, les vols, les pensums et divers châtiments sans profit pour l'instruction. Les professeurs m'apparaissent ridicules et grotesques, Tanliquité haïssable, la science ardue et caco- démoniaque. Pas un souvenir agréable

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n'est attaché à ces hautes murailles ! Le latin est resté, pour moi, une consternation et je préférerais déchiffrer les hiéroglyphes d'un obélisque plutôt que du grec. Rien de fécondant n'est entré dans mon esprit pendant les années de collège : le peu que j'ai appris depuis vient de la volonté et de Tindépendance.

Avec de gros pieds perdus dans d'énormes bottes et un nez presque aussi gros que son pied, le cuistre qui dirigeait la classe de sixième m'inspira une telle haine pour les vers latins que je l'ai conservée longtemps contre la poésie française. Je devins facilement un détestable ^lève, et comme un jour le pédant voulut m'inculquer la mesure des vers de Virgile en prenant celle de mes oreilles, je lui jetai mon encrier à la tête et m'enfuis à jamais du collège.

L'enseignement était -il mauvais ou les professeurs avaient-ils affaire à une nature particulièrement indisciplinable? J'estime- que la faute vint de l'enseignement, que diverses circonstances en développèrent le fâcheux côté, qu'un certain laisser-aller d'un père absorbé par ses travaux favorisa mon insouciance et que sans doute l'éducation en commun, nécessaire à la plupart des enfants, eut dû être modifiée par des leçons paternelles.

On s'imagina que l'aptitude me manquait pour les études classiques et que l'instruction primaire était suffisante pour un garçon si rebelle. Débarrassé du grec et

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du latin, je passai sous la toi^^e de divers professeurs dont les deux derniers devaient avoir une vive action sur nrion avenir : l'un s'appelait la Morale attrayante, Tautre la Bonne humeur.

11 faut d'abord rendre hommage au professeur de Morale attrayante qui m'ouvrit les porles des lettres, des sciences et des arts, en m'y intéressant tout d'abord par la vue de paysages, de monuments, de ruines, de douces scènes domestiques, la biographie d'hommes illustres qui avaient tiré avec tant d 'efforts ce qu'ils avaient de meilleur en eux pour le communiquer à la foule. Ce fut surtout une révélation que la vie tourmentée des écrivains, des inventeurs et des artistes : tout jeune s'infdtraient en moi le respect de la gloire, Tadmiration pour ^a volonté.

N'est-ce pas par suite des levons du Magasin pUloresquCy ce professeur aimable, que je suis poussé à écrire ces Mémoires, pour me rendre compte des événements qui ont favorisé mon* développement?

Les échappées de cet utile Magazine sur l'antiquité, l'histoire, l'archéologie et la science , permettaient à l'ignorant de se donner, en s'amusant, une teinte d'instruction encyclopédique : tel fut le fondement d'une éducation personnelle que, plus tard, je m'eft'orçai de développer dans le même sens, à l'aide des jalons plantés dans la jeunesse.

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