LE PROFESSEUR DE MORALE ATTRAYANTE
Quand ma petite bourse le permettait^ je courais au cabinet de lecture et j'en revenais les poches bourrées de volumes in-douze, quo'iqiie ma mère en défendit Tintroduction à la maison (i). Paul de Kock, le professeur de Bonne humeur^ était alors classique dans les collèges. Le romancier me divertissait plus encore que Molière, et je trouvais qu'il n'avait pas assez conté de dîners sur l'herbe, de culottes crevées et d'histoires de seringue.
Une force comique considérable, qui fait oublier Tinsuffisance de la forme, circule dans Tœuvre du romancier. La jeunesse sent un esprit bienveillant qui excuse ses fautes et insiste particulièrement sur ses qualités; les amoureux de vingt ans y trouvent un miroir qui reflète leur insouciance de la vie, leurs aspirations de plaisirs, leurs attendrissements et leur gaieté.
Plus d'un écrivain en vogue aura disparu du monde de la célébrité avant que soit éteinte la mémoire de ce jovial conteur qui eut en partage la première des qualités littéraires, la santé, alors que^la plupart des intelligences de la même époque étaient atteintes de troubles et de défaillances morales. N'est-ce pas un être merveilleusement doué que cet esprit gai qui, seul, échappa à l'influence
(1) A cette époque je lus les œuvres de Walter Scott dont V Antiquaire surtout m'est resté dans l'esprit; mais si quelques figures déjeunes filles se détachent poétiquement sur le fond des drames de l'Ecossais, bien plus précises et charmantes l'emportent sur elles les blondes actrices de Le Sage.