DEBURAU
Le lendemain soir, sans perdre de temps, en plein été de 1843, j'assistais à une représentation des Funambules où le hasard seul ne m'avait pas conduit.
Une troupe de comédiens courant la province était venue l'année précédente à Laon jouer des pantomimes dans a le genre anglais ». Une révélation et un mystère que ces représentations où la parole était remplacée par des soufflets et des coups de bâton. Quelle magie et quel enchantement ! Arlequin à lui seul me faisait rêver. Son habit bariolé, la souplesse de ses membres et surtout son singulier masque, je n'avais pas assez de deux yeux pour les re-
C)i DEBURAL.
garder. Une pantomime, ma mère VOie, prit place dans la case où étaient rangés les souvenirs de Molière, de Swift, et d'Hoffmann.
Quelque temps après, deux petits volumes me tombèrent sous la main : Deburau^ par Jules Janin, qui m'ouvrirent les portes du sanctuaire de \^ pantomime. Le livre me donna le secret de ce théâtre plein d'agitation et de calme, où plus d'un grand esprit allait jadis se reposer de la fatigue des vaines paroles.
Ce quem'avaient fait pressentir le texte et les vignettes, la vue de Deburau le compléta.
C'était réellement, toute question de mode mise à part, une nature comique d'élite, remarquable surtout par une exquise finesse et une extrême sobriété de gestes.
Ils sont rares les comédiens français qui ne veulent pas attirer de force les applaudissements de la foule. Deburau avait dû lutter de longues années avant de faire accepter du public ce jeu discret et ce clignement d'œil particulier avec lequel il eût fait comprendre en pantomime les œuvres de Swedenborg.
11 n'emplissait pas le théâtre de ses gesticulations pour « chauffer » une scène"; jamais il ne se posait académiquement pour faire admirer une intention. Loin d'apporter l'importance fatigante de ces comédiens qui soulignent chacun de leurs gestes, Deburau sur les planches agissait comme dans la vie réelle et se persuadait qu'il accomplissait