‹ Souvenirs et portraits de jeunesseChapitre 25 sur 46 · MURGER · texte numérisé non relu

MURGER

tout faits pour répondre aux désirs de ses éditeurs, c'est que Mûrger craignait alors de blesser les médiocrités les plus inoifensives.

Les difficultés de la vie matérielle nous firent^àun momen t, chercher fortune chacun de notre côté et suivre des voies différentes. Lui, se montrant le soir dans cinquante endroits, moi retiré dans une mansarde, essayant de me faire une éducation. 11 cherchait la tranquillité littéraire, je ne craignais pas la lutte; mais nous n'en avions pas moins conservé Taffection des anciens jours. Un des derniers romans de Mûrger, les Vacances de Camillej prouve que rhomme avait la mémoire du cœur.

Shakespeare excepté, Miirger avait rarement ouvert un auteur .ancien : les modernes le préoccupaientplus particulièrement. — As-tu lu tel livre? me disait-il en parlant d'un volume quelconque qui venait de paraître. — A quoi bon ! répondais-je. — Tu as tort, continuait Miirger, c'est charmant. Et il me laissait sous le coup d'un profond étonnement, tant son enthousiasme pour certaines œuvres sans saveur me semblait bizarre.

Il en fut ainsi à diverses reprises, et je craignais presque de le rencontrer, osant à peine lui parler de littérature, tant j'avais peur de le choquer et d'en être choqué. Une certaine faiblesse, la crainte de lutter, la nécessité de rendre plus facile une vie difficile avaient conduit Mûrger à une suprême indulgence. Peut-être eut-il raison !

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