QUELLE ROUTE PRENDRE
poétique ; puis je dialoguais des scènes où les détails les plus vulgaires des diseurs de rien n'étaient pas épargnés.
Je cherchais une voie sans bien me rendre compte des sentiers où je m'engageais. Je ne demandais pas mieux qiie de m'instruire et de me perfectionner; mais ne connaissant personne qui pût me guider, j'allais au hasard sans trop d'inquiétudes, car la jeunesse produit naturellement comme l'arbre donne des fruits.
L'hiver de 1844 à 1845 se passa en de singulières études. Les Contes de Voltaire me préoccupaient : pour m'en bien pénétrer, ne me fiant pas à un œil souvent distrait, je résolus de copier ces Contes et de lire à haute voix tantôt une page pour me rendre compte du mouvement, tantôt une phrase pour en approfondir l'anatomie. Me voilà donc penché le soir sur Voltaire, cherchant le secret de cette vive prose : au bout d'un mois d'un semblable exercice, la brièveté de la phrase voltairienne me fatigua et je craignis en poussant plus loin ces sortes de calques d'arriver à une imitation dangereuse. Je cherchai alors dans la Bible un contrepoids à cet enseignement. L'ampleur des images orientales me parut devoir jeter quelques liens onctueux au milieu de la sécheresse des Contes, et je ne trouvai rien de mieux que de copier dans la même soirée une page delà Bible, une page de Candide en les mélangeant de fragments de Diderot.
Je n'ai pu retrouver sans émotion au fond d'un tiroir