‹ Souvenirs et portraits de jeunesseChapitre 36 sur 46 · BON VIN · texte numérisé non relu

BON VIN

rendre compte de Teffet produit par ses essais sur le public. Une partie de l'année, Bonvin était obligé de travailler à la lampe en sortant de son bureau; sans doute cette méthode le poussa-telle à exagérer la tendance un peu sombre qui^ du fond de son cœur, se glissait malgré lui sur sa palette. L'été seulement, l'employé disposait de quelques heures le matin; et ces heures de jour, en même temps qu'il en jouissait, le faisaient souffrir par leur rareté, car il songeait à l'automne qui approchait, et à la terrible lampe.

Quitter la modeste place qui lui donnait une vie régulière, c'était se condamner à la misère, et le peintre sentait combien d'études lui étaient nécessaires avant d'entrer résolument dans la vie artistique. Quelques curieux achetaient de temps en temps les petites aquarelles, mais de là à faire vivre l'homme, quelles difficultés ! Cependant comme l'art était profondément ancré dans cette nature , et qu'après l'amour c'est le plus impérieux des tyrans, Bonvin obéit à la voix qui lui criait : a Laisse ta place ! Tu crois pouvoir devenir un peintre, laisse ta place! Veux-tu que ton nom soit entouré d'une auréole glorieuse, laisse ta place. Ne t'inquiète pas de demain, laisse ta place. Brave la misère, et laisse ta place ! »

Ils en parlent à leur aise des régularités de la vie et des pantoufles chaudes, ceux qui ne sentent rien bouillonner dans leur esprit. Tout pour ces natures vul-

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