BOIS VIN
gaires se résolvant en questions de pot-au-feu, la moindre tentative d'indépendance les étonne et les froisse. Ces êlres rangés ne se doutent pas que-Theure qui annonce le départ pour le bureau, que Todeur du bureau, les conversations de bureau et jusqu'aux fainéantises du bureau sont une paralysie pour celui qui se dit qu'à cette même heure les passions se jouent au cœur des hommes qu'il est important d'étudier sur le vif, comme il faut étudier en plein soleil les physionomies sur lesquelles pointent ces mêmes passions.
Bonvin trouva qu'il y avait dans Paris assez de pauvres diables à la recherche d'une place d'employé et qu'il n'y avait peut-être pas assez de peintres. Il donna donc sa démission, se lança résolument dans l'art et peu à peu il y conquit un nom honorable, malgré la difficulté que devaient lui créer ses essais de peinture vraiment moderne.
Il sortait du peuple, il peignit le peuple (1).
Il n'y a de véritablement intéressants que les artistes qui grandissent lentement, ayant tout contre eux, naissance^ manque de fortune, et qui, à force de volonté, s'imposent au public. Évidemment si Bonvin eût habillé ses personnages d'habits à paillettes; s'il eût emprunté aux
(1) Toute sa généalogie est contenue dans une boutade du premier jour de ses noces. — Madame, dit-il à sa fiancée, rappelez-vous ijue vous entrez dans une famille de robe et d'épée : ma mère était couturière, mon père garde-champêtre.