‹ Souvenirs et portraits de jeunesseChapitre 38 sur 46 · BONVIN · texte numérisé non relu

BONVIN

vases grecs des motifs archaïques pour les colorer de pâles fadeurs ; s'il eût recouvert de toquets h plumes des mannequins habillés de pourpoints et chaussés de souliers à la poulaine, Bonvin eût été traité en enfant gâté par le public et par TAdministration qui naïvement prétend imprimer une direction aux Arts. Mais des dessins accentués d'hommes du peuple, de ménagères, d'enfants, des distributions de secours par les sœurs de charité, voilà de fameux spectacles à offrir aux yeux, s'écrient les gens qui prétendent qu'ils voient tous les jours des petites filles dans la rue, des ouvriers à la porte des ateliers, et qu'il n'est pas nécessaire de reproduire des scènes si vulgaires.

Ces êtres-là sont-ils bien certains de voir ? Ont-ils porté jamais quelque attention à leur voisin le serrurier penché sur son étau, qui taraude un écrou avec tant d'assiduité qu'il oublie de regarder par la fenêtre? La représentation de cet ouvrier, certainement, n'est pas homérique : et pourtant quand, avec un morceau de fusain, un artiste peut intéresser à un travail si humble; quand la jouissance qu'amène une besogne bien remplie se lit sur les traits du personnage; quand l'ardeur qu'apporte l'ouvrier à la confection d'une simple virole passe dans chacun de ses mouvements ; quand l'artiste a su rendre la conscience professionnelle du serrurier, il n'y a plus ni vulgarité ni bassesse : il reste une de ces œuvres que Diderot dictait à

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