‹ Souvenirs et portraits de jeunesseChapitre 39 sur 46 · BONVIN · texte numérisé non relu

BONVIN

Chardin , après ses tournées dans les taeliers industriels.

Vers 4848, un certain nombre de romanciers, de poètes et de peintres allaient naïvement à larechercV«e du moderne et du simple sans qu'il. y eût trace de groupe ni d'école. On ne pensait guère qu'il arriverait un jour où représenter les gens tels qu'ils sont deviendrait une sorte de crime. Comment se douter que l'archaïsme et les défroques de Babin seraient mis à l'ordre du jour ?

Tout ce qui fut devint admirable ; tout ce qui est sortait, disait-on, de plumes et de pinceaux empoisonnés de démagogie.

L'époque qui suivra celle-ci et qui examinera les travaux de cette génération et les cris qui accueillirent de sincères aspirations, croira rêver; mais la lutte a pour effet de retremper ceux qui doivent devenir des hommes : si dure et poignante que soit la lutte, elle est nécessaire.

D'ailleurs, quelques joies ne naissent-elles pas plus vives des rares sympathies qui se font jour à travers la mêlée ?

Bonvin vécut longtemps comme un alchimiste dans de grands ateliers du faubourg Saint- Jacques, pour se trouver au milieu des personnages qu'il aimait à peindre : à peine savait-il où était situé le boulevard des Italiens! Travaillant jour et nuit pour rattraper le temp perdu dans les bureaux, son grand souci était de faire bien pour lui et non pour les autres. La conscience des véritables artistes

d52 BON VIN

est si singulièrement constituée qu'elle tient lieu de fortune, de commandes, d'honneurs.

Salisfais-toi toi-même fut la devise de Bonvin, préoccupé de son art, sentant que Taspiration ne remplace pas les premières études et que Thomme le mieux doué est celui qui, vis-à-vis de lui-même, devient le plus sévère des juges.

Page 1