‹ Souvenirs et portraits de jeunesseChapitre 41 sur 46 · LE RÉALISME. SES DIEUX ET SON TEMPLE · texte numérisé non relu

LE RÉALISME. SES DIEUX ET SON TEMPLE

Ce qui fit pendant quelques années la force de la doctrine du Réalisme vint de la bonne foi insouciante des prêtres, de la facilité d'entrer dans le sanctuaire et surtout de la bonne humeur qui y régnait. Tous ces prôneurs et ces chercheurs de Vrai étaient jeunes, gais, bien portants, et ne conservaient aucune trace des ornières (le la Bohême par lesquelles la plupart avaient passé.

Courbet, le premier, ouvrit, vers la fin de 1848, les portes du temple ; le hasard fit que Tintérieur avait un ijspect protestant et villageois qui répondait aux doctrines invoquées par les fidèles.

ISO LF RÉALISME, SES D I F. li X ET SON TEMPLE

C'était une brasserie tenue à la mode allemande : bancs et tables de bois, longue salle pavée, murs peints à la chaux, absence complète de glaces et de divans; mais la cuisine faisait oublier cette rusticité, digne d'une école de réformateurs. Jambons pendus au plafond, guirlandes de saucisses empilées, meules de fromage grandes comme des roues de moulins, tonneaux d'appétissante choucroute, semblaient appartenir à un réfectoire monacal où le libre examen était nourri et arrosé convenablement.

La Réforme avait du bon. Aussi le bruit de cette grosse nourriture, des colloques et des joyeux propos de table se répandit vite dans un certain Paris artistique, mais affamé. i

La vérité est qu'à la brasserie on inclinait fortement du côlé luthérien, c'est-à-dire que les joyeuses chansons, les fortes filles et la grosse gaieté y étaient bien venues.

Le Réalisme ainsi compris sembla fort agréable.

Le grand prêtre était d'humeux facile; je n'engendrais pas absolument la mélancolie et les enfants de chœur qui répondaient amen à toutes les affirmations des sectaires du Vrai étaient des étudiants qui trouvaient la religion assez joyeuse pour ne pas craindre d'y affilier leurs maîtresses.

De là était sorti VEnterrement d'Ornans, cette grande machine sans supercherie. Un véritable tableau d'église avec des détails qui pouvaient prêter à la plaisanterie ;

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