‹ Souvenirs et portraits de la révolutionChapitre 25 sur 40 · LES COLONELS ÎOLRMER ET FOY · texte numérisé non relu

LES COLONELS ÎOLRMER ET FOY

peuple , et qu'elle ne concourut que très-passivement à l'agrandissement de son chef. Quand il eut tué la République à grands coups de trahisons et de sénatusconsultes, la force militaire lui prêta cette puissance machinale qui est l'élément essentiel de son institution, et qui consiste dans une subordination infrangible et illimitée, dont tous les avantages politiques seroient perdus si elle s'avisoit un seul instant de devenir rationnelle. Dès lors il put régner, mais il régna du droit de commandement et de discipline sur des inimitiés plus ou moins incurables. Le prestige de la gloire lui donna plus tard des enthousiastes ; l'amitié lui dévoua quelques unies douces et reconnoissantes ; la crainte des réactions sanglantes de la démagogie , celle qu'inspiroit le retour de l'ancien régime sans restriction , comme il s'annonçoit par la bouche insensée de ses adeptes, achevèrent de lui concilier presque tout le reste ; mais le jour de son couronnement , et pendant les deux ou trois années qui le suivirent, il n'eut de l'armée que ses armes et son obéissance. Il n'y avoit pas alors en France un cœur françois qui palpitât pour un empereur. Au commencement du règne de Napoléon , il arriva quelque chose de pareil à ce qu'on avoit vu sous celui du Comité de salut public , lorsque l'humanité chercha un asile dans les camps. La liberté aussi se réfugia sous le drapeau.

Je ne parle ici ni de cette opposition de salle à manger qui rendit Moreau lui-même si redoutable aux Tuileries, ni de cette opposition de boudoirs qui transforma tout à coup tant de brillants Alcibiades en soucieux Calilinas; celles-là marchoient tellement à découvert dans leur audace puérile , qu'elles durent troubler rarement les veilles du nouveau souverain. Un jugement bien

motivé , ou un ordre du ministre de la guerre qui n'avoit pas besoin de l'être, en faisoit justice en vingtquatre heures, les rares talents militaires de Morcau , qui éloient Uoreau tout entier, dévoient nécessairement fixer sur ce général les espérances d'un peuple opprimé par l'épée. Moreau se trouva donc, sans s'y attendre, et par un bénéfice gratuit de position, le tuteur de la liberté. Ce ministère , mesuré sur son importance extérieure et non sur ses forces morales, se trouva trop grand pour lui , comme ses meilleurs amis l'avoient prévu. Il ne le mena qu'à tremper timidement dans des inirigues équivoques, à échanger Sainte-Pélagie ou Bicê.re contre l'exil et l'oubli , et à mourir sans gloire , et, qui pis est, sans honneur, dans les rangs d'une armée étrangère. C'est qu'à une singulière habileté stratégique qu'on ne peut lui refuser, il ne joignoit pas une pensée forte, pas une vue profonde, rien de cet élan fier et impétueux qui fait les héros, et que toute cette fermeté de caractère dont l'opinion trop libérale vouloit bien le gratifier se réduisoit à l'obstination ordinaire de l'impéritie et de la foiblesse , qui s'enfoncent dans leurs résolutions par la seule impossibilité d'en sortir. Nous le comparions alors à Fabius et à Scipion. C'est une des niaiseries de l'esprit de parti, qui est prodigue de grandes comparaisons pour les petits hommes quand il a besoin de les opposer à de hautes et légitimes renommées. Scipion fut, en elïet, menacé d'un jugement , mais il n'alla ni au prétoire ni aux gémonies : il alla au Capitole.

Le colonel Fournier, qui cominandoil le 12e régiment de hussards, ne pnmoit être, à vingt-huit ans, ni un grand homme de guenc, ni un grand homme d'Ftal ; c'était un homme du monde, qui jouissoit parmi les

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