Le sujet du concours était un palais de justice
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l'inspiration du goût. Le bois, la pierre, le fer, le marbre sont l'instrument de sa pensée; il en ordonne la forme, la coupe, l'exacte proportion; il dicte le trajet de la poudre puissante et marque la place de l'ornement délicat qu'il dessine. Ces lignes s'élèveront dans les airs; ces colonnes, ces arcades décoreront le sol que pénétreront leurs profondes racines. Malheureusement pour l'architecte, il trouve difficilement, même dans le cours d'une longue vie, l'occasion d'élever un de ces monumenis qui traversent les siècles. Vitruve voulait que l'architecte étudiât la philosophie. C'est sans doute pour le préparer à la résignation, lorsqu'il lui faudra, descendant de ses hauteurs, s'éveillant de ses rêves, consacrer ses veilles, sa science, son goût, à la construction de quelque habitation vulgaire, objet des sages calculs d'un propriétaire prudent, qui mesure le génie de l'artiste aux revenus de ses appartements. Mais d'habiles généraux n'ont pu trouver non plus l'occasion de gagner des batailles, et nous avons vu de braves officiers, nourris dans les camps, très-forts sur la stratégie, marcher avec orgueil à la tête de nos compagnies de garde nationale.
Chaque année l'Académie des beaux-arts distribue ses couronnes. Il semble alors qu'une noble et sainte alliance se forme entre cinq jeunes hommes, pleins de foi et de vaillance. « Moi, je couvrirai ces toiles, ces murailles de mes peintures vivantes : graveur, prépare ton burin, et répands mon œuvre dans le monde entier. — Je ferai respirer l'argile, dit le statuaire, et le marbre tremblera devant moi, comme il tremblait de-
vant le Puget. Moi, je saurai créei* des mélodies sublimes, el mes chants inspirés se marieront aux belles harmonies de l'orchestre obéissant. » L'architecte prend la parole, et dit : « Moi, je conslruirai le temple oii vivront tes peintures, où respireront tes statues; je bâtirai le théâtre immense où frémira le public sous l'empire de tes chants!... » Accomplissez- vous, présages heureux ! Partez pleins de joie, jeunes soldats de l'art ! Mais si ces rêves séduisants ne se réalisent pas toujours, si le graveur ne peut graver le tableau que le peintre n'aura pas fait, si l'architecte n'élève pas le théâtre immense où n'aurait pu retentir une partition qui n'est pas écrite, n'accusez pas toujours le sort. Sachez quelquefois vous accuser vous-mêmes. Marchez avec constance jusqu'au bout de la carrière difficile. Regardez devant vous, contemplez l'avenir qui vous appartient. Mais jetez aussi les yeux sur le passé ! Combien de noms glorieux inscrits dans l'histoire de cette belle école de Rome, ouverte par un grand ministre, sous la protection d'un grand roi! Puisez une force nouvelle dans cette liste éclatante, et méritez que vos noms, qui déjà n'appartiennent plus à vous seuls', puisqu'ils prennent place dès aujourd'hui dans les fastes de l'école, figurent parmi les plus fameux !
Un historien illustre* raconte que dans un combat mémorable, épisode d'une lutte sanglante, trois cents jeunes soldats restèrent perdus, oubliés au milieu du feu. On les croyait écrasés sous la mitraille et morts
1. M. Tliiers, Histoire du consulat et de Vempire, t. XIV, p. 141 et suivantes. Combat Uvré le 27 juillet 1812, en avant de Wiieb^k.
pour la patrie, comme les soldais des Thermopyles, qu'ils égalaient par le courage comme par le nombre. Mais quand la fumée se fut dissipée, on les vit debout. « L'armée, qui assistait à ce spectacle avec une vive émotion, » dit M. Thiers, « vit avec joie le petit groupe des voltigeurs du 9^ sortir sain et sauf de cette effrayante mêlée. Napoléon, qui n'avait pas cessé de l'observer avec sa lunette, quitta la position qu'il occupait, franchit le ravin, et passant à cheval devant ces braves voltigeurs . « Qui êtes -vous, mes amis? leur dit-il. — Voltigeurs du 9« de ligne, et tous enfants de Paris ! répondirent ces vaillants soldats. — Eh bien ! vous êtes des braves, et vous avez tous mérité la croix î »
Certes le courage de l'artiste n'est pas le courage brillant ou magnanime du soldat; mais il faut que l'artiste porte aussi un cœur ferme et résolu. Il est seul, et dans les mauvais jours, lorsque nulle voix amie ne vient le soutenir, s'il s'abandonne lui-môme, s'il déserte sa propre cause, il succombe, i^e danger qu'il court est grand, et si la mort n'est pas le châtiment de sa faiblesse, son talent, ses études, tout périt s'il fuit devant le choc ennemi.
Je supplie qu'on me pardonne les longueurs où je me suis égaré. Nous allons revenir à notre héros, qui est né à Passy, et peut bien passer pour un enfant de Paris.
Blouet remplit avec une grande distinction toutes les obligations imposées aux lauréats, et consacra les deux dernières années de son séjour à Rome à l'achèvement (l'un graucl travail, la restauration des Thermes de Ca-
SOUVENIB? ET PORTRAITS.
racalla. Ce travail, pour rexéculion duquel il avait obtenu l'encouragement de TAcadémie et les fonds nécessaires à la continuation de fouilles importantes, fut envoyé à Paris en 1826> L'Académie en témoigna publiquement sa satisfaction et obtint pour l'auteur un honneur rarement accordé : l'œuvre du jeune pensionnaire fut publiée aux frais de l'État. Cette récompense méritée, ce travail justement apprécié, lui valurent bientôt un honneur plus grand encore, qui ouvrait une carrière nouvelle à ses travaux et à ses espérances.
Aujourd'hui, les.jeunes architectes lauréats de l'Académie, après avoir étudié les monuments de Rome, sont envoyés à Athènes, dans la mère patrie. Ils t trouvent une autre école due à une généreuse inspiration * 'bl placée sous la tutelle de l'Académie des incriptions, comme l'école cle Rome est confiée à la surveillance de l'Académie des beaux-arts. L'art et la science s'y donnent la main et y confondent leurs études. Nobles études, déjà fécondes, puisque c'est de cette école nouvelle qu'est sorti le jeune savant^ qui a su rendre au jour le marbre des degrés qu'avaîent franchis Périclès et Phidias.
Lorsque Blouet obtint la récompense qui aujourd'hui ouvre les deux sanctuaires, la Grèce, encore esclave,
1. L'école française d'Athènes, fondée en 18/i6 par M. de Salvandy, ministre de Tinstruction publique.
2. M. Beulé, qui a découvert Tescalier de l'Acropole d'Athènes. M. Beulé vient d'être récemment élu membre de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
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était fermée à l'étude; mais en 1828, quand il revint à Paris, l'expédition commandée par le général Maison ^ avait délivré le Péloponèse. Un ministre, qui avait le goût des lettres et des arts 2, confia au drapeau de la France, fidèle à d'héroïques traditions, le soin de protéger des recherches nouvelles sur ce sol antique. C'est le destin de la civilisation moderne d'interroger sans cesse la Grèce. Fils respectueux, nous nous inclinons devant les tombes des ancêtres; nous y cherchons dés enseignements nouveaux à la clarté du flambeau qu'ils ont allumé. Les Académies des sciences, des inscriptions, des beaux-arts, furent chargées de dicter la direction que devraient recevoir ces études. Quel enseignement était encore caché au sein de cette terre, déjà tant dB fois fouillée? Quels débris restaient à saluer parmi tant de ruines? Quels secrets cachait encore cette mère commune? Le sphynx avait-il laissé quelque énigme à deviner?
Les académies, déposèrent leurs pouvoirs entre des mains illustres et respectées. MM. Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire, Hase, Raoul-Rochetle, Huyot et Letronne furent invités à préparer les travaux de l'expédition. Certes on ne pouvait la placer sous le patronage de noms plus élevés, plus glorieux, plus chers à la France, plus honorés du monde entier.
L'expédition fut divisée en trois sections. M. Bory de Saint- Vincent dirigea la section des sciences physiques : celle d'archéologie fut placée sous la direction de