‹ Souvenirs et portraitsChapitre 15 sur 43 · M. de Martignac · texte numérisé non relu

M. de Martignac

M. Dubois Blouet, que ses études, son intelligence de l'antiquité, son succès récent désignaient d'avance au choix de l'Académie des beaux-arts, fui nommé chef de la section d'architecture et de sculpture. MM. Ravoisié, Amaury-Duval , Poirot, de Gournay et Trézel lui furent adjoints comme collaborateurs. Ils partirent, le cœur rempli de poésie, l'esprit nourri de sérieuses études; rien ne leur était étranger de la Grèce antique, et ils avaient suivi, la carte à la main, la trace des voyageurs modernes qui les avaient précédés

La commission, qui reçut le nom de commission scientifique de Morée, se trouva réunie tout entière à Toulon vers la fin de janvier 1829. Ofi mit à la voile le 10 février, et le 3 mars, aux premiers rayons du jour, la frégate la Cybèle entrait dans la rade de Navarin, encore émue de la bataille célèbre. Un beau spectacle attendait les voyageurs. Deux vaisseaux de haut bord, le Trident^ monté par l'amiral Rosamel, le Scipion^ commandé par M. Bougainville, et quatre frégates françaises y déployaient !eurs pavillons. L'amiral grec Miaulis recevait sur sa frégate VHellas le chef de l'armée libératrice, le général Maison, qui n'avait pas en-

1. M. L. J. J. Dubois, conservateur au musée du Louvre, mort en 18/|6.

M. Charles Lenormant, dont la mort vient d'exciter de si profonds regrets, se trouvait en Égypte quand la commission de Morée fut formée ; il fut désigné pour en faire partie, mais n'ayant pas cru devoir accepter, il fit le voyage de Grèce pour son propre compte, et à son retour en France, remit les matériaux qu'il avait rassemblés à M. Blouet, avec lequel il s'était lii5 à Uorn^ quelques années auparavant.

ABEL BLOUET. j99

core reçu l'honneur suprême qui fut sa récompense. Le vaisseau le Conquérant, monté par M. de Rigny, entrait dans la rade, tout couvert de voiles que le soleil remplissait de lumière, et ramenait l'amiral français sur le théâtre de la victoire, au bruit du canon qui tonnait de toutes parts et saluait son retour.

Nous ne suivrons pas Blouet dans son voyage. Nous le laisserons parcourir, au prix de mille fatigues que ne purent braver ses collaborateurs, puisqu'un seul, M. Ravoisié, lui resta fidèle jusqu'à la fin, la Messénie, Sparte et la Lacoriie, l'Arcadie, toutes ces poétiques contrées auxquelles une grande victoire et une politique pleine d'espérance rendaient l'avenir, la vie.

Et jusqu'aux noms divins qui charmaient nos oreilles.

Nous ne dirons pas son excursion à Athènes ruinée, misérable, encore au pouvoir des Turcs. Nous ne parlerons pas de ses promenades pittoresques, de ses dessins interrompus par les coups de fusil que lui adressaient les Albanais, chargés de protéger les étrangers et de veiller au bon ordre. Nous ne dirons rien du bon accueil que nos artistes reçurent de lousouf-Bey, gouverneur d'Athènes; du banquet que celui-ci leur donna ; de la grande musique du bey, composée, au grand coiiiplet, d'un violon, d'une guitare et d'un tambour de basque, et qui, pour honorer les voyageurs, les suivit pendant dix heures en jouant d'horribles mélodies

1. Blouet a laissé, des notes encore inédites sur son voyage en Morée ainsi que sur le voyage en Amérique qu'il fit plus tard. C'est dans ces notes que ces détails ont été puisés,

5lais il est impossible do passer sous silence les fouilles heureuses en (reprises à Olympie et la découverte qui en fut le résultat.

Il ne resle rien des monuments qui couvraient la vallée d'Olympie, qui remplissaient TAltis, bois sacré dédié à Jupiter. Les temples, les statues innombrables, les autels consacrés aux dieux, aux héros, aux Muses, aux grâces, aux nymphes, à toutes les divinités du paganisme, qui là, comme dans le ciel, faisaient cor!ége au maître des dieux et composaient sa cour, le stade. Thippodrome, l'atelier de Phidias, tout a disparu; les ruines mômes n'existent plus; le temps n'a pas respecté ces muets témoins des monuments écroulés; le marbre et la pierre ont péri, enfouis sous le sable, brisés par les orages, emportés par les eaux. Mais l'esprit de l'antiquité flotte sur la plaine déserte et remplit d'éloquence et de majesté le silence de cette solitude où l'Alphée et le Gladéus promènent encore leurs ondes délaissées.

Cependant, au milieu de débris d'une époque plus récente, un fragment important, seul souvenir vivant de l'ancienne splendeur d'Olympie, est encore debout. Pouqueville y avait vu un reste de l'Heraeum, temple consacré à Jiinon. MM. Gell et Cockerell ^ les premiers, avaient pensé que les proportions de ces fragments pouvaient s'accorder avec les mesures que donne Pausanias du grand temple de Jupiter.

MM. Dubois et Blonet, secondés par MM. Trézel et

Page 1