‹ Souvenirs et portraitsChapitre 16 sur 43 · Associé étranger de l'Académie des beaux-arts · texte numérisé non relu

Associé étranger de l'Académie des beaux-arts

ABEL ÈLOtiEl 201

Amaury-Daval, s'établirent au milieu dès décombres, près des fragments antiques, résolus d'arracher à cette ruine encore imposante le secret de son origine. Les travailleurs se partagèrent la lâche, chacun eut son empire et chaque empire ses limites ^ Il fallait d'abord délivrer le monument des sables, du terrain impur qui en entouraient la base, puis chercher dans la description laissée par Pausanias si quelques indices ne diraient pas quelle divinité avait là ses autels. Il fallait aussi à toute heure, avec la sagacité qui éclaire et l'intelligence qui féconde, comparer la ruine et le livre, lire le texte et mesurer le marbre. Mais chaque heure aussi apportait sa récompense. Après cinquante jours de travaux assidus, Blouet eut la fortune de trouver, sous hes quinze pieds de terre enlevés, de nombreux fragments des bas-reliefs décrits par Pausanias comme appartenant au temple de Jupiter Olympien M Dubois, de son côté, avait découvert d'autres fragments. Tous les doutes étaient levés, ces ruines avaient dit leur nom, on était au pied du temple. Blouet, s'emparant des sculptures retrouvées et des indications laissées par l'historien grec, put donner une restauration complète du monument célèbre. Une joie pure remplit le cœur des jeunes Français à la vue de ces sculptures 'Soriies du sépulcre; ils contemplèrent avec orgueil ces débris, contemporains du grand art de la Grèce.

1. M. Blouet avait choisi la face postérieure de la ruine, M. Dubois la face antérieure.

2. Rapport de M. Raoul-Rochette, lu dans la séance publique de rinstitut du 30 avril 1831,

qu'ilr .^aluaient les premiers. Cette terre, qu'ils avaient jetée au vent, c'était celle de la barbarie; le sol qu'ils avaient rendu à la lumière, comme il éîait rendu à la liberté, c'était le sol fécond propice à tous les arts. Un regret immense les poursuivait cependant. Que ne leur était-il permis d'achever la tâche commencée et de chercher d'autres enseiguements, encore cachés, sans doute, sous l'épaisseur de ce froid tombeau !

Blouet après un an, rentra dans son pays, riche d'une science nouvelle, de fragments précieux, d'inscriptions qu'avait recueillies M. Charles Lenormant; et de beaux dessins, matériaux de l'ouvrage dont la publication devait l'occuper pendant huit ans Sous les ruines dont la barbarie, les révoltes, les guerres avaient couvert la Morée, il avait retrouvé les riches et brillantes cités du Péloponèse. Les témoignages de satisfaction qu'il reçut des académies et du gouvernement, la haute approbation de M. Quatremère de Quincy, qui n'avait jamais cessé d'encourager, bien plus, d'aimer le jeune architecte, furent sa récompense ^. L'auteur du Jupiter Olympien ressentit une

1. Expédition scientifique de Morée ^ ordonnée par le gouverne^ ment français. — Architecture, sculptures, inscriptions et vues du Péloponèse, etc., mesurées, dessinées et publiées par Abel Blouet, 3 vol. in-folio. Paris, Didot, 1831-1839.

M. Philippe Le Ras donna son concours à la publication de cet ouvrage et interpréta tous les monuments d'épigraphie et d'antiquité figurée qu'il renferme.

2. M. Quatremère de Quincy habitait Pas^y, où était né, où avait été élevé Blouet, et frappé de l'intelligence de ce jeune homme qu'il avait eu occasion d'apprécier, il l'avait secondé dans le cours d ' SCS éludes.

amitié plus vive encore pour celui qui venait en quelque sorte d'ajouter une page à son magnifique ouvrage.

Une voix pleine d'autorité a déjà signalé dans cette enceinte Timportance de cette découverte, qui n'est pas contestée, et dont l'honneur appartient à la France, a Cette expédition, a dit M. Raoul-Uochette, dans son rapport aux académies, n'eùt-elle produit que la découverte du temple de Jupiter Olympien et la possession de quelques fragments des sculptures qui le décoraient, ce serait déjà un résultat si précieux, que l'Institut pourrait, après y avoir contribué de plus d'une mamanière, s'en féliciter à plue d'un titre. »

Ce voyage en Morée forme la partie la plus brillante, la plus heureuse de la vie de Blouet: tout^ en effet, dans ce voyage, était d'accord avec sps études, ses vœux, son dévouement au culte de l'art.

Tout le mond^e connaît la belle peinture de M. Paul Delaroche , qu'un burin plein de charme a popularisée \ et qui semble nous être devenue plus chère encore, depuis qu'il a fallu la disputer aux flammes qui la dévoraient ^, Noble peinture qui bientôt nous sera rendue, grâce à la sollicitude d'un ministre ami des arts, aux soins ingénieux qui président à sa restauration, grâce enfin à lauteur lui-môme, qui veille sur son ouvrage, et dont la main savanie saura cacher sous un éclat nouveau jusqu'à la trace des maux qu'il a

1. Tout le monde connaît aussi la belle gravure de M. Henriquel.

2. On sait que la peinture de Paul Deiaroche, à l'École des beauxnrt, a éu'^ atteinte par l'incendie en 1855.

soufferts K Dans cette belle composition, où les grands artistes de lous les temps et de tous les pays assistent à la distribution des couronne^ M. Delaroche nous montre Ictinus, Apelles, Phidias, présidant à la solennité. M. Delaroche a raison, ces trois noms où se personnifie et se résume pour nous Fart de l'antiquité, sont encore ceux de nos maîtres. Certes les académies et les écoles ne ferment pas les yeux aux beautés, aux hardiesses, aux élégances du moyen âge et de la renaissance; mais c'est leur devoir, leur mission de défendre et de fortifier Tétude de l'art des anciens maîtres, de cet art d'une beauté si simple qu'il est visible à tous qu'elle est le reflet d'une belle nature. Dieu a permis que des œuvres périssables aient survécu à l'écroulement des empires pour nous transmettre le secret de ces maîtres inspirés; partout le calme, la pureté, l'harmonie, partout l'ordre dans la grandeur.

Nous voyons à cette époque, Blouet, déjà chef d'une école ouverte presque à son retour de Rome, école florissante d'où sont sortis des architectes habiles et instruits, poursuivre la publication de son voyage et achever la construction de cet arc puissant qui ouvre P^ris du côté de l'Occident, de ce monument où sont inscrits les noms de tant de généraux célèbres, et qui avait usé les forces ou la vie de plusieurs générations d'architectes. Ghalgrin en avait jeté les fondements, Raymond et Goust avaient continué l'œuvre, Huyot,

1. Pai;] Delaroche est mort avant que !a restauration de l'hémicycle ait été achevée. [Voyez plus loin la notice sur Paul Delacrohe.)-

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après ravoir enrichie, avait renoncé à Fachever. Blouet eut riionneur de terminer ce monument, qui cependant attend encore le groupe sculptural qui doit le couronner K

En 1836, Tare de TEtoile était terminé, lorsqu'une seconde mission, conliée à Blouet par M. de Gasparin, ministre de l'intérieur, vint lui imposer des devoirs graves, des études spéciales dont il mesura l'étendue et dont il accepta le fardeau.

On s'occupait de la l éforme des prisons. Il s'agissait celte fois de franchir l'Atlantique, de visiter les prisons des États-Unis, d'étudier les systèmes nouveaux, de rapporter à Paris les vues et les plans des pénitenciers et des cellules destinées aux condamnés. Quel contraste avec son premier voyage! Adieu, vivantes traditions du passé! Adieu, monuments tout dorés d'une chaude lumière! Adieu, temples déserts, qui porterez toujours le nom de vos faux dieux! Sortez aujourd'hui de ma pensée! Un monde nouveau m'appelle, monde inconnu, où vos divinités n'ont jamais eu d'autels, et qu'ignorait Jupiter Olympien. Je franchis l'Océan terrible^ je vogue sur une mer profonde. Le vaisseau qui me porte eût effrayé Neptune. Apôtre d'un art austère, je vais demander à une terre lointaine et apporter aux législateurs de mon pays un enseignement plein d'humanité,

1. En 18/iO, lors de la translation des cendres de Napoléon, Blouet, chargé de décorer rare de l'I^toile, fit exécuter un projet de couronnement. L'idée en étnit simple et d'une grande noblesse. Del)out sur le monument, le héros entouré de trophées semblait présider luimême ;iux hoinK.!urs qifon !uî rendait.

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que n'auraient pu leur donner ni Minos, ni Solon, ni Lycurgue.

Blouet toucha la terre d'Amérique. Un intérêt particulier le suivit dès les premiers pas. On recherchait le Français né à l'ombre de l'humble clocher dont Franklin avait illustré le souvenir K A Philadelphie, Blouet trouva M. de Metz, conseiller à la cour royale, chargé d'une mission correspondant à la sienne et continuant les travaux de MM. de Beaumont et de Tocqueville. Quatre ans plus tard, MM. de Metz et Blouet devaient encore réunir leur dévouement dans une œuvre commune. Le magistrat fondait et dirigeait la colonie agricole de Mettray, l'architecte en donnait les plans et dirigeait la'construction des bâtiments.

Ils combinèrent sur-le-champ des études qui , par dob routes différentes, devaient atteindre au môme but. Dans l'examen de la question qui les réunissait, le nouveau monde avait devancé l'ancien; les essais tentés, les progrès obtenus se déroulèrent à leurs yeux. Un empressement unanime les seconda; ils reçurent du président, le vieux général Jackson, un accueil sympathique. Les sombres asiles qu'ils venaient consulter leur furent ouverts; iis en virerrt les tristes hôtes, et les deux systèmes qui se partageaient l'Amérique leur apparurent (out entiers, avec leurs châtiments sévères et leurs peines inflexibles. Quelques mots suffiront à en exposer les différences.

Dans le système d'Auburn ou de New-York, les con-

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