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Du vrai, du beau, du bien, p. 161 (7® édition

auteur dramatique, sans que cependant sa peinture ait rien d'affecté ou de théâtral , puisque dans le vocabulaire de l'art on nomme théâtral un style peu naturel et hors de la vérité; et ceci, soit dit en passant, est peu flatteur pour le théâtre, qui poursuit le naturel, cherche la vérité, et les trouve quelquefois dans un sujet heureux, quand l'auteur est un maître, l'exécution parfaite, le directeur habile, la critique généreuse et le public indulgent.

Delaroche est dramatique dans la bonne acception du mot. Il excelle à composer une scène, il en dispose avec art et convenance les personnages et les accessoires; on voit dans ses nombreux dessins, pieusement recueillis par ses enfants, le premier jet de presque toutes ses compositions; l'effet général y est indiqué, et fauteur est déjà maître de son sujet; mais le soin qu'il apporte plus tard aux détails ajoute beaucoup de puissance à la conception primitive. C'est par une étude patiente et réfléchie, par une analyse profonde et bien sentie, par une sorte d'intuition, qu'il arrive à la complète disposition de l'ensemble. L'action est vraie, les choses ont dû se passer de cette manière, les figure^ ont l'expression, l'attitude que leur donnerait l'acteur le plus intelligent. Et souvent, il n'y a pas d'acteur, les personnages eux - mêmes se sont montrés au peintre, il les a vus, il a été témoin de la scène qu'il retrace. Il était là, dans cette chambre où le crime s'est accompU;,le cadavre était ainsi. On trouve cette faculté d'évocation, servie par une main tour à tour élégante, gracieuse, savante ou ferme, dans des ta-

bleaux qu'il suffit de nommer pour réveiller des souvenirs pleins d'intérêt : Richelieu conduisant au supplice Cinq-Mars et de Thou; Mazarin à son lit de mort; Cromwell contemplant le cadavre de Charles P^; les Enfants d'Edouard, qui deux fois l'ont inspiré; le jeune Caumont-La Force; Strafford; Charles I^'' insulté; et surtout dans son célèbre tableau de la Mort du duc de Guise, tableaux saisissants, récits animés, où l'histoire vit dans sa simplicité, avec la vérité de la chronique ; où le peintre, nous l'avons déjà dit, écrit avec le pinceau et parle à la pensée avec le charme de l'art.

Delaroche, à l'exemple de plusieurs peintres, pour mieux se rendre compte de son travail, exécutait souvent en cire des modèles de ses personnages. Il se proposait de faire un grand tableau : Saint Georges terrassant le dragon. Il en fit un petit modèle en cire si bien réussi, que M. de Pastoret, qui à cette époque exerçait une grande influence sur les beaux-arts, lui demanda de l'exécuter en grand, et de faire un monument de sculpture qu'on aurait placé dans un des carrés des Champs-Elysées ^ Le peintre fut séduit; il allait partir pour étudier en Italie les statuaires florentins, lorsque la révolution de 1830 vint mettre fin à ces projets.

Ce n'est que quatre ans plus tard qu'il fit son premier voyage en Italie, mais dans des vues toutes différentes et qu'il faut faire connaître.

1. Il reste deux épreuves en bronze des modèles exécutés alors par Delaroche : Tune a passé de la galerie de M. le duc d'Orléans dans le cabinet de M. Thiers, l'autre faisait partie de la collection de M. Paul Rattier.

PAUL DELAROCHE. â55

En 1833, sous le ministère de M. Tliiers, la chambre vota un crédit considérable, destiné à de grands travaux publics et à l'aclièvement de la Madeleine, de l'arc de l'Étoile et du parais du quai d'Orsay. Le ministre, qui tenait en haute estime le talent de Paul Delaroche, lui demanda de décorer la Madeleine.

Paul Delaroche avait alors atteint Tâge de cette jeune maturité, féconde, lorsqu'un passé déjà brillant lui a apporté un utile tribut d'expérience, heureuse, parce qu'elle peut espérer un avenir plus brillant encore : il avait trente-six ans; c'est Fâgede la force croissante, et des études fructueuses. De nombreux tableaux avaient témoigné de sa valeur et marqué son rang'parmi ses maîtres et ses émules. Déjà décoré de la Légion d'honneur en 1828, il avait été en 1832 élu membre de l'Institut, et en 1833 professeur à l'École des beaux-arts. La critique, qui chagrine les meilleurs esprits, surtout quand elle est juste, ne l'avait pas ménagé; il n'avait pas repoussé cette lumière qui importune, mais qui éclaire. La critique amère, injuste, passionnée, afflige seule l'artiste; elle frappe l'ouvrier plus que l'œuvre; elle blesse et ne corrige pas. La proposition qui ouvrait à Delaroche la peinture monumentale l'effraya d'abord; il fallait sortir du genre qu'il avait choisi, où il avait réussi, qui convenait à son esprit et à son temps ; il accepta cependant, et résolut alors de faire le voyage dont 1830 avait empêché l'accomplisse- \aent « Je vous avoue, écrivait-il alors ^ qu'à pre-

1. Lettre citée par M. Henri Delaroche, dans son excellente notice sur Paul Delaroche {Revue des Deux-Mondes^ l^f mars 1857).

mière vue la proposition m'a fait peur. J'ai si bien compris ce qui me manquait pour accomplir une pareille tâche, que je me suis laissé aller d'abord à la tentation de refuser. Tout bien considéré pourtant, j'ai changé d'avis. Je suis peintre; je dois à l'art et je dois à moi-même de ne reculer devant aucun effort. J'irai faire mon noviciat en Italie^ et quand je me sentirai bien approvisionné, je reviendrai me mettre à l'œuvre. » Il partit au mois de juin 1834, avec deux de ses amis, MM. Edouard Bertin et Henri Delaborde. Il venait de terminer son Duc de Guise, qui lui avait valu la croix d'officier de la Légion d'honneur.

Mais ce n'était pas encore l'Itahe de Raphaël et de Michel-Ange que Delaroche allait étudier. Son esprit curieux, investigateur, voulait remonter aux origines de l'art itahen; et de môme qu'un artiste de la Rome des Césars qui, voyageant en Grèce, aurait voulu saluer les souvenirs d'Égine avant de s'incliner devant le Parthénon et Jupiter Olympien, Delaroche alla visiter Florence et la Toscane pour y chercher l'esprit du Dante empreint dans les fresques des maîtres du quatorzième siècle; et quand il eut pénétré assez avant dans le secret de ces pâles figures qui vivent encore sur les murs des vieilles cathédrales, il alla s'enfermer avec ses deux amis dans une retraite ignorée, pour peindre, loin des regards profanes, les esquisses des compositions qu'il avait projetées pour la Madeleine, et qu'il avait déjà, avant son départ, arrêtées dans son atelier, essayées sur les murs de l'église. On eût dit qu'il voulait, tout rempli des belles, images qu'il venait de con-

templer, s'en emparer, en foriifier son esprit, en sanctifier son âme, et, supprimant les siècles écoulés, effaçant de sa pensée les types accomplis d'une perfection qu'il n'était plus donné au génie de l'homme d'égaler désormais, prendre pour guides dans la voie difficile qu'il allait suivre les maîtres naïfs et austères dont il invoquait le souvenir.

Il y a au sommet des Apennins un couvent qui n'est plus habité que par quelques moines : c'est le monastère des Camaldules, fondé au onzième siècle par saint Romuald, et berceau de cet ordre sévère. On le nomme dans le pays le saint ermitage des Gamaldules, il sacro eremo dei Camalcloli. Ce n'est pas, comme la Chartreuse de Pavie, comme les Gamaldules de Naples, un temple au pavé de marbre, une de ces merveilles où l'art, déployant toutes ses richesses, couvre de sa magnificence la rigueur de la règle, et enferme la pauvreté et le silence dans des murs splendides; c'est une humble demeure, tout empreinte de la dureté de son origine. La pierre y est nue et le sol grossier. C'est là que Delaroche alla se cacher avec ses compagnons. Un ami commun \ amateur distingué, les y avait précédés. Un cinquième Français^ M. Ampère, qui accomphssait en Italie son voyage dantesque, vint bientôt les rejoindre. On eut alors ce spectacle vraiment digne d'intérêt, de cinq jeunes hommes, habitués à l'élégance de la vie parisienne, exilés de leur plein gré dans cette pauvreté et vivant de la dure existence des anachorètes

l. M. Édouard Odier.

qui leur doiiiiaieul riiuspUalilo. Une seule loi avail été cependant retranchée de la règle commune. Camaldules volontaires et temporaires, ils s'étaient réservé le droit illimité de la parole. Ils charmaient le^, travaux des longues journées par de doux entretiens, par les récits de la patrie absente. Du haut de la montagne solitaire, Paris leur apparaissait avec son tumulte et ses orages. « 0 mon paysl disaient-ils comme le poëte sacré, si jamais je t'oubhe, que ma langue desséchée s'attache à mon palais! C'est pour toi que nous sommes ici; c'est à toi que notre peintre bien-aimé consacre ses efforts, à toi qu'il destine ces fleurs mystiques nées dans le désert d'une thébaïde nouvelle I »

Delaroche se reposait du travail de ses compositions en faisant de temps en temps quelques études d'après ses hôtes Il flt le portrait du père supérieur, D. Bernardo Rigogh; celui du père camerlingue, D. Vincenzo FriUi; tous deux étaient déjà courbés par Tàge, tous deux reposent aujourd'hui dans la paix du cloître silencieux. Je crois rendre hommage à la mémoire de Paul Delaroche en prononçant ici le nom de ces deux vieillards oubhés qui ont aimé notre ami. D'ailleurs, le père Bernardo Rigogli est pour nous une ancienne connaissance. Il figure dans un tableau de M. Robert- Fleury, tableau devenu populaire, VEnlèvement des moines par des brigands, et il avait été en effet un des acteurs de cette scène sanglante 2; un coup de feu

1. Quelques-uns de ces portraits sont au musée de Nantes, légués par M. le comte de Feltre.

2. Le père Bernardo Rigogli était en 1821 au couvent des Camal-

Favait grièvement blessé. Ces bons pères, qui s'étaient pris d'une affection véritable pour nos compatriotes, montrèrent une douleur sincère lorsque après deux mois les jeunes Français durent enfin les quitter, emportant avec eux toute la joie du pauvre couvent. Ils demandèrent à Delaroche de laisser un témoignage de son séjour, et il dessina sur le mur de la cellule qu'il avait occupée une madone de grandeur naturelle. On dit que les soins des moines reconnaissants l'ont conservée, que le temps ne l'a pas effacée, et que ceux qui feront aujourd'hui le pèlerinage du saint ermitage, des Gamaldules y trouveront encore ce souvenir du peintre français.

Le grand-duc de Toscane vint faire une visite au monastère pendant le séjour de la petite colonie française, et voici à quelle occasion. On reprochait, dit-on, aux bons pères quelques coupes irréguhères dans des bois qui ne leur appartenaient pas. L'hiver est dur au sommet des Apennins, le vent y souffle, la neige y persiste, et les bons pères étaient prévoyants. On les chagrinait pour cette bagatelle. Le grand-duc voulut arranger luimême cette petite affaire. Lorsqu'il apprit qu'un peintre français séjournait aux Gamaldules, il voulut le voir, et le père Bernardo Rigogh le lui présenta. Delaroche

dules de Frascati : des brigands vinrent assaillir le couvent, emmenèrent les moines dans la montagne et les forcèrent d'écrire au pape pour demander leur rançon : le père Bernardo, tout blessé qu'il était, écrivit la lettre ; c'est cette scène que M. Robert-Fleury a représentée lorsqu'il vint à Rome quelques années après; le père Bernardo, qui avait dû rester à Rome, où on avait guéri sa blessure, posa pour ce tableau. Il entra plus tard aux Gamaldules de Florence.

racontait avec une naïveté charmante qu'il pensait que le prince connaissait son nom, que c'était bien lui, Paul Delaroclie, que le grand-duc avait demandé. Il se trompait : le prince ne le connaissait pas, et voyait seulement en lui un artiste français décoré de la Légion d'honneur. Delaroche comprit alors combien l'éclat de la renommée est lent et difficile à acquérir, combien il faut de temps, de travaux, de succès pour apprendre un nom à l'Europe. Quatorze ans n'y avaient pas suffi. Son nom, célèbre en France, n'avait pas franchi les Alpes. Aujourd'hui le temps a fait son œuvre de consécration : Paul Delaroche est illustre partout; ses ouvrages, répandus dans toute l'Europe, ont popularisé son nom. La nouvelle de sa mort a attristé tous les amis de l'art, et dans plus d'une capitale des services funèbres ont été célébrés en l'honneur de notre compatriote ^ ; des graveurs célèbres l'ont secondé, et ont joint leur popularité à la sienne. MM. Forster, Martinet, Calamatta, Mercuri, Jesi, d'autres, et des plus habiles, l'ont traduit de leur burin savant. Qu'il nous soit permis de citer encore son ami M. Henriquel, qui lui a prêté si souvent le concours d'une science profonde, d'un art élégant, d'un burin plein de charme, et qui a attaché son nom à une grande partie de l'œuvre si varié de Paul Delaroche. En quittant les Gamaldules, Delaroche partit pour

1. A Florence, Anvers, etc. MM. Guillaume et Nicolas Nacciarone, de Naples, ont adressé à l'Académie des beaux-arts une marche funèbre et plusieurs morceaux de musique religieuse composés par eux en riionneur de Delaroche. Il était membre d'un grand nombre d'académies étrangères, décoré de V ordre pour le ^nérile de Prusse, etc.

Rome; il avait compris qu'il devait voir enfm les œuvres de ces maîtres qui ont le calme, la beauté, la pureté, la grandeur, qui planent dans des régions pleines de sérénité, et, semblables à des prophètes, ouvrent les portes du ciel. En présence de ces grands modèles, il travailla avec ardeur à ses compositions pour la Madeleine.

C'est à Rome, en 1835, au milieu de ces études, dont quelques beaux témoignages sont venus jusqu'à nous 1 (tout le reste a été perdu ou détruit), qu'il apprit tout à coup que, par suite d'un malentendu, une décision nouvelle lui enleyait une partie des travaux, objets de tant de soins. 11 ne crut pas devoir consentir à des dispositions imprévues, qui venaient changer tout le cours de ses idées, et faisaient disparaître l'unité de style qui devait caractériser l'ensemble de la décoration. Il resta sourd à toutes les soUicitations, aux regrets sincères qui lui furent exprimés, aux empressements dont il fut l'objet, et, refusant de poursuivre l'œuvre commencée, il rendit une somme importante qu'il aurait pu conserver en toute loyauté, puisqu'elle n'était que la juste rémunération de travaux continués pendant deux ans.

Il devait plus tard donner encore de remarquables exemples de désintéressement. Après la révolution de 1848, il refusa, par un scrupule généreux, de recevoir une somme, considérable pour un artiste, légitimement

1. Delaroche, en quittant Rome, donna plusieurs fragments de ses cartons à M. Lemoyne, statuaire. Nous avons vu un beau fragment de peinture à Paris, chez M. Jalabert, qui a été son élève.

m SOUVEiMRS ET PORTUAITS.

acquise à de grands ouvrages en cours d'exécution, demandés pour le musée de Versailles. Il ne voulut pas non plus accepter les travaux qui lui furent proposés à cette époque * : « Non, dit-il, je refuse par sympathie pour les misères de mes camarades ^; il n'est pas permis de penser à quelques-uns, alors que tous meurent de faim. Plus tard, ce sera peut-être possible; aujourd'hui, ce serait insensé. Je suis décidé à refucer ce qu'on voudrait bien m'offrir. Ma situation m'en fait un devoir, et j'y obéirai en souvenir de ce qui s'csL passé pour moi en 1830. Alors MM. Gérard, Gros, Guérin, se sont effacés pour nous aider à arriver; je ne puis mieux faire que de tâcher de les imiter. » En parlant ainsi, en rendant cet hommage à la mémoire des hommes célèbres dont il n'avait pas oubhé le dévouement, il diminuait en quelque sorte, par un sentiment d'exquise délicatesse, le mérite de sa noble conduite.

Le désintéressement est si naturel aux belles âmes que la louange lui semble importune. Nous devons dire cependant qu'en 1835 Delaroche, sans fortune, sé trouvait dans une situation qui donnait plus de valeur encore au sacrifice qu'il s'était imposé. C'est alors qu'il épousait mademoiselle Louise Vernet, si tôt enlevée au monde, aux tendresses de la famille, aux joies de la maternité I II associait à son nom, déjà célèbre, un nom glorieux pour la France, que trois générations ont il-

1. 11 s'agissait de projets de décoration pour les Invalides, le palais de justice, les salles du Louvre, etc.

2. Voyez la notice de M. H. Delabordc déjà citée, et celle qu'il a placée en tôtc de VOEuvre de Delaroche^ publié par M. Çoupil.

lustré, et que le grand artiste qui le porte aujourd'hui a rendu plus cher et plus illustre encore.

Delaroche revint à Paris et reprit le cours de ses travaux. Il exécuta à cette époque plusieurs des tableaux dont nous avons parlé, et quelques portraits , parmi lesquels il faut citer le beau portrait de M. Guizot. Mais il trouva bientôt l'occasion de se souvenir de son voyage d'Italie. Ces grands artistes dont il avait admiré les ouvrages, il allait pour ainsi dire se trouver face à face avec eux : il allait peindre l'hémicycle du palais des Beaux-Arts.

On raconte que le Dominiquin, travaillant à la Flagellation de saint André, « et peignant l'un des bourreaux, cherchait un jour à exciter en lui-même un sentiment de colère, qu'il parlait seul en faisant des gestes menaçants, et qu'Annibal Carrache, l'ayant surpris en ce moment, l'embrassa en lui disant : « Do- « minique, tu m'enseignes aujourd'hui quelque chose,» tant il lui parut frappant et vrai que le peintre, ainsi que l'orateur, dût sentir en lui-même ce qu'il veut faire éprouver aux autres ^ » Delaroche, dans la mesure sincère de son caractère ami du vrai, était guidé pendant l'exécution de ce grand travail par un sentiment analogue; éprouvant lui-même ce qu'il voulait faire éprouver, il faisait vivre ces grands modèles, et son esprit conversait avec eux : quoique plusieurs de leurs portraits nous soient connus, quelle tâche difficile de représenter ces génies illustres, tout brillants d'un im-

1. Lum^Storia pittorka délia Italia, t. ÎV, p. 111. Milan, 1825,

mortel reflet ! ces interprètes de l'art à des époques si diverses; de leur donner le mouvement, l'atlitude, la force ou la grâce qui conviennent à leur nom, à leur caractère, à leurs travaux, à leurs passions! Car ce sont des hommes que Delaroche voulait peindre, et non de purs esprits. Il les montre sur la terre, non dans le ciel. Semblable en quelque chose à ce grand historien de la nature qui devinait des créatures disparues^ sortant pour lui du sein profond de la terre, Delaroche a rendu la vie à ces morts, la lumière à ces ombres, la flamme à ces cendres. Entrons à l'école des beaux-arts, pénétrons dans cette tribune nouvelle, si ingénieusement ouverte par l'habile architecte ^ et d'où la peinture apparaît dans toute sa gloire; il est impossible de ne pas être frappé de l'aspect général du tableau, de la belle ordonnance des groupes, de l'heureuse distribution de la lumière, de la majesté simple de cette histoire vivante de l'art, depuis Périclès jusqu'à Louis XIV. Ceux qui viendront après nous auront à continuer cette histoire, ils y inscriront plus d'un nom déjà fameux. Espérons que la France sera digne d'elle-même, et qu'elle fournira encore de nobles modèles au peintre des âges futurs, comme elle en a fourni au peintre des siècles écoulés. Quelle joie pure et vraie devait briller dans le cœur de Paul Delaroche quand il traçait les chères images du Poussin, de Le Sueur, de Jean Goujon, du Puget, de Philibert de Lorme! Certes, le génie, quehe que soit sa patrie, a droit aux hommages du monde

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