‹ Souvenirs et portraitsChapitre 22 sur 43 · VIntérieur d'un bureau · texte numérisé non relu

VIntérieur d'un bureau

tendue, il la savait par cœur : il ne l'aurait pas lue. Il va nous dire lui-même, dans des notes autobiographiques qu'il a laissées, comment il sortit de la position difficile où il se trouvait, et par quel procédé il devint bon lecteur.

(( A peine étais-je entré au Conservatoire, dit-il*, (( qu'un camarade un peu plus âgé que moi^, et ré- « pétiteur de solfège, me pria de tenir sa classe pendant (( qu'il serait en loge pour concourir à l'Institut. J'allai « m'installer à sa place comme répétiteur de solfège « avec un aplomb superbe; je n'étais pas en état de (( déchiffrer une romance, mais je devinais les accords (( de la basse chiffrée, et je m'en tirai si bien qu'on me (( donna une classe de solfège à diriger ; c'est là que j'ai (( appris à lire la musique en l'enseignant aux autres. »

Voilà donc Adam devenu bon lecteur, bon harmoniste, exercé au maniement de l'orgue. Cela ne lui suffisait pas : il voulut poursuivre ses études et étudier ce qu'on appelle le contre-point.

Oui, Adolphe Adam, ce compositeur brillant, joyeux, quia fait de si délicieux airs de danse, qui réussissait si bien dans la musique bouffe, il a étudié, bien plus, il a appris le contre-point. Ce mot est si lourd, si barbare, il a si miauvaise grâce, il semble si ennemi de l'art, qu'on hésite à le prononcer, et qu'on frémit en le prononçant. Mais, si on approche, si on ose le regarder en face, il paraît moins redoutable. Les fantômes, vus de prés, perdent beaucoup de la terreur qu'ils

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