L*auteui' de cette notice
inspirent. Approclions donc du contre-point^ ôtonslui son masque, c'est-à-dire son nom^ et voyons ce qu'il cache. Qu'on se rassure : nous ne ferons pas un cours de contre-point; nous tâcherons de dire, le plus rapidement possible, ce qu'il a été, ce qu'il n'est plus, quelle place il occupe dans l'étude de la composition.
En écoutant les riches résonnances qui s'élèvent des chœurs et de l'orchestre, il semble que la musique a dû être toujours ce qu'elle est aujourd'hui; que, si les moyens d'exécution ont toujours été se perfectionnant, si les instruments sont plus nombreux, plus variés, plus éclatants, l'art a de tout temps disposé de ces accords, trame brillante ou légère où se dessine la mélodie. On sait qu'il n'en est rien, que l'harmonie est restée longtemps inconnue, captive, obscurcie, qu'il lui a fallu des siècles pour se révéler, pour se dégager des ténèbres.
L'harmonie est la lumière des sons, elle les pénètre et les anime, elle les enlace et les féconde; elle ordonne que des sons différents, réunis en faisceau suivant des lois qu'elle a dictées, vivent d'une vie commune, frappent à la fois d'une seule étincelle l'oreille et l'intelligence, et ne forment plus qu'un rayon et qu'une flamme. Ce n'est pas ici le lieu de parler des travaux persévérants des hommes qui, dévoués à cette œuvre et guidés par un sentiment profond, cherchaient avec passion le secret désintéressé de l'harmonie, comme d'autres cherchaient le secret de faire de l'or. L'enfantement de l'harmonie a été un des travaux les plus constants du moyen âge, et ces musiciens, ces docteurs, ces abbés.
ces moines, qu'on pourrait appeler les alchimistes, les astrologues de la musique, se sont succédé pendant de longues générations; la plume à la main, ils cherchaient à combiner les sons, et se perdaient dans des calculs bizarres, dans des analogies mystérieuses. Cependant, de ces efforts sans cesse renouvelés devaient sortir les premiers principes de Tétude de l'harmonie et de la composition à plusieurs voix. Il fallait un nom à cette science naissante; chaque siècle proposa lésion. Mais un nom apparut vers le quatorzième siècle, qui fit fortune, peut-être parce qu'il était vrai et conforme à la réalité. Comme les sons étaient à cette époque représentés sur le papier par des points, que le point jouait le rôle le plus important dans la pratique de ces études, qu'il se trouvait sans cesse en conjonction avec lui-même, le nom nouveau : contrapunctum S sorti de la cellule d'un religieux, s'élança de monastère en monastère, eut cours dans toute l'Europe, et fut traduit dans toutes les langues. C'est ainsi qu'il est venu jusqu'à nous, héritage de ces temps obscurs, écho de ces chants oubliés, hommage involontaire rendu à la mémoire des travailleurs patients qui préparaient l'harmonie, et voyaient dans le lointain la terre féconde où ils ne devaient pas pénétrer.
Pendant que ces musiciens, dispersés dans l'Europe entière, parlaient entre eux de musique dans la langue des savants, les peuples chantaient en langue vulgaire. C'est alors que naquit l'alliance de la mélodie et de