‹ Souvenirs et portraitsChapitre 26 sur 43 · En 1809, mademoiselle Taglioiii partit pour la Russie · texte numérisé non relu

En 1809, mademoiselle Taglioiii partit pour la Russie

gué, et malade h ce point qu'il fit un jour ses adieux à ce Paris si cher, qu'il n'espérait plus revoir. Les soins de quelques amis le ranimèrent. Mais ce qui le rétablit tout à fait, ce fut la demande d'un opéra, que le comte Rœdern vint lui faire de la part du roi. On lui envoyait un piano, il l'ouvrit, et fut guéri; la mélodie était revenue, et avec elle l'espoir et la gaieté. En moins de trois semaines, un opéra en deux actes, les Hamadryades, fut composé, appris et représenté. Le succès commença dès la répétition générale, où le roi assista. Adam devait partir le lendemain, après la représentation, et faisait déjà ses apprêts; tout à coup, mille clartés percent les ténèbres, des accords brillants retentissent; c'étaient les Hamadryades qui chanfaient sous sa fenêtre. Il n'en pouvait douter, on lui donnait une sérénade, on lui décernait le triomphe^

Ce triomphe bienveillant n'altéra pas sa modestie, et le remplit de reconnaissance pour la ville hospitalière. Heureux de^ bons souvenirs qu'il emportait, de deux succès nouveaux, du sulïrage de deux monarques, il revint à Paris, où l'on ne parlait plus de lui, mais où l'on jouait toujours le Chalet,

On jouait aussi deux opéras, dont nous n'avons pas encore parlé, et qu'il avait composés avant son voyage: le Postillon de Lonjumeau et le Brasseur de Preston. Ils accusent une autre forme de son talent. Une bonne humeur communicative, un accent de gaieté franche, écho joyeux de la vieille chanson française, voilà ce qui fit le succès de ces deux ouvrages, dont le second pourtant est inférieur au premier: On trouve les

mômes qualités^ mais avec plus d'éclat, de puissance et d'entrain, dans le Toréador, qu'il donna plus tard, en 1849; dans ce genre d'ouvrages, qu'Adam réussissait parfaitement, si on ne reconnaît pas toujours la musique vivement colorée, où excelle le génie italien, et qui porte en elle-même l'accent et la verve comiques, on trouve au moins toujours une sorte de causerie musicale, spirituelle, moqueuse , qui rit avec la parole, rend la pointe plus piquante, et traduit la saillie.

Le Français, né malin, créa le vaudeville;

le vaudeville, en chantant, créa l'opéra-comique, qui conserva longtemps des traces de son origine. Les maîtres vinrent plus tard. Monsigny, Grétry lui donnèrent la vie qui lui est propre, et trouvèrent des accents simples et vrais, qui chantent et qui expriment.

Adam, de retour à Paris*, continua son œuvre et composa, au milieu de beaucoup d'autres travaux, Giselle et la Jolie fille de Gand. Ce sont deux charmants ballets; le premier, tout empreint de poésie, augmenta sa réputation et compte parmi ses meilleurs ouvrages; puis il donna le Roi d'Yvetot et Cagliostro, Nous ne citons que ses principaux travaux.

Nous touchons à une époque douloureuse de la vie d'Adolphe Adam. Nous avons à parler do l'entreprise dans laquelle il se lança follement, lorsqu'il voukit, résistant aux conseils de quelques amis, établir un théâtre nouveau, dont il serait maître. Il obtint en effet

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