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manufacture de meubles de toute espèce que Louis XIV et Colbert avaient installée aux Gobelins, sous la direction de Le Brun. M. de Laborde signale cet établissement dans V Appendice qui termine son ouvrage, et dans lequel la fécondité de son imagination et la richesse de ses souvenirs ont semé avec profusion de nombreux projets au milieu desquels il n'est pas toujours facile de le suivre. La création d'une institution analogue rencontrerait aujourd'hui de grandes difficultés; mais on peut se représenter cependant quelques-uns des avantages qu'offrirait une sorte de manufacture générale s'exerçant dans la juste mesure du possible, et réunissant les industries diverses qui concourent à produire le mobilier nécessaire aux différents palais du souverain, à ceux des grands corps de l'État, aux riches habitations, aux grands établissements nationaux. L'architecte, le sculpteur, le peintre, appelés à fournir des modèles soumis à l'appréciation de juges compétents, trouveraient, pour les exécuter, des ouvriers habiles, instruits et bien dirigés; il résulterait de la réunion de ces éléments bien mis en œuvre d'utiles et beaux travaux d'ensemble. Le mouvement parti de haut se propagerait, et l'on devrait plus tard à cette manufacture-école, sorte d'Académie pratique d'où sortiraient à la fois le précepte et l'exemple, une heureuse émulation, de nouveaux perfectionnements dans diverses branches de l'industrie, et des modèles bien étudiés, d'un goût bien caractérisé. « Un gouvernement, dit M. de Laborde S peut et doit prendre l'initiative.., 1. Page/i32.

Donner l'impulsion au bon goût, au prix de grands sacrifices facilement supportés par la caisse commune, c'est de la sage et prévoyante administration. » Mais nous devons dire aussi que de bons esprits pensent qu'une institution de ce genre aurait à combattre de sérieux obstacles dans la pratique, parce qu'en beaucoup de circonstances la liberté de l'artiste et celle de l'industriel se trouveraient enchaînées.

Des membres de l'Académie ont exprimé l'opinion qu'une exposition permanente des plus beaux produits de l'industrie française (nous voulons parler de l'industrie qui se rattache aux arts) serait utile aux progrés et aux intérêts des fabricants. Cette exposition aurait lieu à Paris, dans un des palais de l'État, sous la surveillance et d'après le choix d'un jury désigné par MM. les ministres d'État, de l'intérieur et des travaux publics. Ce jury pourrait aussi, dans certaines circonstances, former une sorte de conseil appelé à délibérer sur les questions si importantes et si pleines d'intérêt de l'application des arts aux diverses branches de l'industrie. Des prix pourraient être décernés à des époques déterminées.

La France doit aujourd'hui se montrer attentive à ce qui se passe autour d'elle, et redoubler d'efforts pour conserver la place qu'elle occupe dans l'industrie des nations. L'Angleterre, éclairée par les deux expositions universelles de 1851 et de 1855, demande maintenant à son industrie qui, jusqu'ici, ne visait qu'à l'utile, au confortable, le secours et le charme de l'art. On a fondé récemment à Londres une École qui peut de-

venir redoutable, l'École normale de South-Kensington. On lira avec un grand intérêt, dans un excellent travail de M. Mérimée quelles sont les ressources, les richesses, les études variées, quelle est l'organisation déjà puissante de cette École. Établie d'abord par une association de particuliers, bientôt soutenue par le parlement, qui lui a accordé une subvention de 16,000 livres sterling (400,000 francs), l'École de Kensington est aujourd'hui en pleine prospérité. Nous avons la confiance que M. le ministre d'État, dont la sollicitude éclairée nous est connue^ voudra, par une plus grande extension, une impulsion plus vigoureuse encore donnée en France aux études de l'art, seconder les efforts de nos habiles industriels^ et profiter de cette concurrence, dont il faut tenir compte, pour leur offrir des moyens nouveaux de porter plus haut encore le goût, l'élégance, la variété de leurs produits intelligents.

M. de Laborde désire que l'enseignement des arts fasse partie de l'enseignement général, et nous nous unissons à lui dans l'expression de ce vœu, que l'Académie serait heureuse de voir réalisé. Nous sommes certains d'obtenir la sympathie de M. le ministre de l'instruction publique et des cultes en lui demandant de faire la place un peu plus grande à l'étude du des-

1. Les beaux-arts en Angleterre {Revue des Deux-Mondes, 15 octobre 1857). Voyez aussi : Science and art department of the cornmittee of council on éducation, South-Kensington, etc., et Intro^ ductory address on the science and art department and the South-Kensington muséum, etc. Londres, Chapmann ar.d Hall.

sin et du chant choral. L'Académie demande que ces jeunes élèves, qui sont Tavenir de la France, soient inities aux beautés de l'art, qu'ils connaissent les nom.s, les travaux des grands arlistes de tous les pays, soit par les œuvres mômes, soit par des reproductions que fournissent si abondamment, si facilement aujourd'hui la gravure, la lithographie, la photographie. Des visites dans nos musées tout remplis de chefs-d'œuvre, sous la conduite d'hommes intelligents, pourraient éveiller en eux le goût de l'art qu'on laisse sommeiller trop longtemps. Pour l'étude du dessin, nous recommandons aussi le choix attentif des modèles K

L'étude régulière du chant choral, dans les établissements d'instruction publique, nous paraît mériter un intérêt spécial. Les élèves acquerraient, dans cet exercice, le sentiment de l'harmonie, encore trop peu excité en France, si ce n'est dans quelques départements de l'est et du nord, et si généralement développé en Allemagne et en Belgique.

La musique, cela est vrai, ne peut s'appliquer à rien

1. Ces modèles, suivant l'avis de l'Académie, devraient consister en un trait légèrement ombré, sans estompe, d'après rantique et d'après les grands maîtres. Le modèle primitif devra avoir été fait exprès pour la destination qu'il doit recevoir, et par des dessinateurs habiles et exercés. Lorsqu'il aura été approuvé, il sera reproduit par la gravure en fac-similé sur acier. Les épreuves pourront ainsi être tirées en nombre illimité, à un prix modique. De cette façon l'enseignement du dessin serait le môme dans toutes les écoles, et reposerait sur les meilleures bases. La lithographie pourrait aussi être admise pour la reproduction des modèles, mais seulement lorsque cette reproduction serait obtenue de môme en facsimilé, par le report de l'original sur la pierre.

d'utile^ dans le sens rigoureux de ce mot. Elle ne s'attache à aucune forme visible, et son domaine n'est pas de ce monde matériel, tangible, qui nous enserre de toutes parts. C'est pourquoi on est quelquefois disposé à en regarder l'étude comme futile. Mais la musique touche en cela à ce qu'il y a de plus élevé dans Texpression des beaux-arts, à la poésie, qui les couronne tous. La musique est partout, et lorsqu'on en applique l'étude bien dirigée à ces grands effets d'ensemble, oii les voix et les cœurs se réunissent dans l'expression d'un seul sentiment, d'un seul vœu, d'une seule pensée, elle rend plus grand l'éclat des fêtes, et plus brillante la splendeur des solennités. Lorsqu'elle s'exhale dans le temple, il semble qu'elle ait été donnée à l'homme pour que ses vœux franchissent les bornes du sanctuaire, et pour porter à Dieu les prières de la terre unies dans un rhythme harmonieux. C'est parce que nous sommes pénétrés des bons effets de l'étude de la musique chorale que nous voudrions que cette étude parvînt à occuper une place dans nos habitudes générales d'éducation .

L'Orphéon de Paris, fondé par Wilhem, prospère et marche dans une bonne voie. Depuis quelques années ^ de nombreuses sociétés chorales, dues évidemment à l'installation, à l'organisation et aux progrès de l'Orphéon, se sont formées, par une libre inspiration, non-

1. Depuis que ce travail a été écrit, l'étude du chant choral a fait en France de nouveaux et très-rapides progrès. On compte aujourd'hui, tant à Paris que dans les départements, plus de sept cents sociétés chorales.

seulement à Paris, mais clans beaucoup de villes de France. Il est à désirer que ces réunions pleines d'intérêt, destinées surtout aux ouvriers laborieux qui ont le goût des plaisirs intelligenis, se propai^ent et se multiplient. Dans le midi de la France, elles seconderaient un heureux instinct musical, et favoriseraient facilement le développement du vif sentiment mélodique répandu dans ces contrées comme en Italie. Le maître habile chargé aujourd'hui de l'enseignement de l'Orphéon de Paris * ne se borne pas à enseigner à ses nombreux élèves à lire la musique, il s'efforce de leur faire comprendre le sens, l'expression de la mélodie, et de donner à tous, dans l'exécution de l'ensemble, cette sorte de distinction dont M. de Laborde regrettait justement l'absence. Les efforts de cet enseignement n'ont pas été perdus, et de notables progrès ont été signalés. Le Conservatoire de musique de Paris a aussi, depuis quelques années, institué une classe de chant choral^ fréquentée annuellement par plus de deux cents élèves adultes ^ étrangers aux autres leçons du Conservatoire, et que l'étude de la musique, qui n'est pour eux qu'un délassement, n'enlève pas à leurs occupations habituelles. Les Conservatoires de musique de

1. M. Gounod était à cette époque chargé de cet enseignement. l\ a depuis résigné ses fonctions, et a été remplacé par MM. Bazin et Pasdeloup. L'agrandissement de, Paris a nécessité la division de renseignement, auquel l'édilité de Paris porte toujours le plus vif intérêt.

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