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2. Il y a lieu de croire que les expositions seront désormais biennales. Il y a eu une exposition en 1859, il n'y en a pas eu en 1860. Celle qui aura lieu en 1861 a déjà été annoncée officiellement.
divers concours. Sans entrer dans l'examen approfondi de celte question, sans empiéter sur les droits de l'École, à qui appartient aussi Tétude des moyens pratiques, qui sont divers, d'établir cet enseignement, l'Académie pense qu'aujourd'hui l'examen de cette question serait du plus haut intérêt. A quelques exceptions près, qu'il faut d'autant plus s'empresser de signaler qu'elles sont plus rares, les ateliers se perdent, ou sont en dissolution. N'est-il pas bon, n'est-il pas opportun de reconstituer ces familles d'élèves dévoués, attachés à la fortune, à la gloire des maîtres, comme dans les beaux temps de l'Italie; comme en France au temps de Simon Vouet, dont l'école a produit Eiistache Lesueur; comme l'ont fait plus tard Vien, David, Kcgnault, Vincent, Gros; comme le font aujourd'hui quelques peintres heureux des succès de leurs élèves? Ne pourrait-on tenter de renouer ces liens qui faisaientd'un atelier une seule âme, uneseule pensée, une seule main, en demandant à un atelier quelque grand travail, exécuté par les disciples les plus capables de comprendre, de rendre la pensée du maître, sous ses yeux et sous sa direction ?
Nous dirons, pour nous résumer, qu'à notre avis, l'enseignement de l'art doit exister à quatre degrés, sous quatre faces différentes.
1^ L'enseignement élémentaire ou primaire, reçu dans les écoles communales. L'Académie ne pense pas qu'on doive, comme M. de Laborde le propose, présenter le dessin comme une sorte d'écriture, ou môme comme une étude disposant à une belle écriture. Il y a
de très-habiles, de très-excellents dessinateurs, qui n'ont été que très-mauvais calligraphes. Il y a d'habiles calligraphes qui pourraient bien n'être que dessinateurs médiocres. Ne s'exposerait-on pas d'ailleurs à introduire dans l'esprit des enfants une confusion fâcheuse, en leur donnant lieu de penser qu'il n'y a pas de différence entre un beau dessin et une belle page d'écriture^?
2° L'enseignement dans les lycées, pour former le goût des élèves, introduire dans les générations nouvelles le sentiment de l'art, exciter dans ces jeunes esprits, ardents et souples, l'amour du simple et du vrai, préparer à la France future un plus grand nombre d'hommes de goût, éclairés des lumières de l'art.
3" L'enseignement professionnel, destiné à la production industrielle, activée et fécondée par des expositions, afin que notre industrie, si intelligente, fasse son profit des progrès, des efforts, des fautes de tous.
Et enfin l'élude du grand art, vivant de sa propre vie, sans préoccupation vénale, sans arrière-pensée matérielle. C'est cet art que l'Académie est appelée à maintenir.
Oui, cela en vrai, il y a à Paris une Académie des Beaux-Arts, c'est-à-dire une réunion de quelques personnes dévouées, dont la mission est de lutter contre
1. Il y a de plus une distinction frappante, évidente, qu'il est nécessaire d'établir, et que M. de Laborde reconnaîtra avec nous. On peut mal écrire, il faut bien dessiner. Une mauvaise écriture est regrettable, fâcheuse, incommode; c'est un petit malheur commun à beaucoup d'honnôtes gens. Mais un mauvais dessin, un dessin incorrect est dangereux, il trompe, il nuit.
renvahissement des idées de lucre, de gain, qui menacent la sincérité de Tart; de faire pour les arts ce que les universités font pour les lettres, c'est-à-dire conserver la tradition du beau et transmettre l'héritage de l'antiquité^ précieux à plus d'un titre; les études de l'antique sont les humanités de l'art, elles unissent tous les peuples civilisés dans une communauté d'origine, dans une universelle communion de nobles et purs sentiments ; c'est là le principal devoir de l'Académie, sa raison d'être. Elle fait tous ses efforts pour accomplir ce devoir. En recommandant l'étude de l'antique et des grands maîtres, elle ne se borne pas à tracer une route banale, elle recommande aussi l'étude salutaire et véritablement inspiratrice des beautés si variées des œuvres de Dieu, des inépuisables merveilles de la création. Mais dépend-il d'elle de donner le génie qui comprend ( es merveilles? Les écoles font des hommes instruits, diserts, élevés dans l'amour du beau. Tous les élèves de l'École de droit ne deviennent pas des jurisconsultes célèbres; tous les élèves de l'École de médecine ne deviennent pas des Hippocrates; tous les élèves sortis de l'Université ne sont pas devenus de grands poètes, de grands historiens, de grands oi'ateurs. Les souverains, les cités, ouvrent, et fondent des écoles; Dieu seul donne le génie, que le travail, l'étude, la méditation fécondent. En dehors du cercle dans lequel elle se meut, que lui tracent ses devoirs et ses convictions, à quelles nouveautés, à quels efforts l'Académie oppose-t-elle des obstacles? Dans cette occasion conme dans toutes les autres, elle se met à la
disposition de tous. Elle est prête à donner son concours à toutes les tentatives favorables à Tart, à touteles entreprises utiles à l'industrie. M. de Laborde croit qu'il est bon d'augmenter le nombre des académiciens, il désire le rétablissement d'une Académie de peinture en dehors de l'Institut, comme il existe une Académie de médecine; nous croyons que, quel que soit le nombre des académiciens, il y aura toujours un quarante et unième fauteuil. M. de Laborde voudrait un plus grand nombre de récompenses pour les élèves des écoles; l'Académie sera toujours empressée de seconder les intentions bienveillantes du gouvernement, quoiqu'elle pense que les récompenses, les fondations dont elle dispose, que les encouragements de tout genre accordés par l'État suffisent aujourd'hui à Fémulation des artistes. L'Académie espère, elle a lieu d'espérer, grâce à des épreuves déjà brillamment subies, que parmi les jeunes lauréats qu'elle a eu le bonheur d'encourager et de récompenser, plusieurs marqueront leur place et soutiendront l'éclat dont à plusieurs époques les arts ont brillé dans notre pays. Il faut le reconnaître, en ce moment, dans le monde entier, les arts et l'industrie qui se rattache aux arls semblent chercher leur route; l'esprit de l'art se consume en tentatives trop souvent impuissantes; on dirait qu'il flotte sur l'abîme, demandant en vain au Ciel rétoile qui doit le guider. Trouvera-t-on des rivages nouveaux, ou marche-t-on vers le chaos? l'avenir nous l'appprendra. Nous souhaitons que des terres inconnues et hospitalières, que des cieux j lus éclalaiils
soient révélés, mais nous souhaitons aussi que, sur cette vieille terre toujours si féconde, sous ce vieux soleil encore si brillant, des hommes jeunes et pleins d'énergie, confiants dans l'avenir, confiants dans leur génie, cultivent les champs aimés de Dieu qui ont nourri le monde, et qui donneront encore longtemps de saines et verdoyantes moissons.
En terminant ce rapport, l'Académie déclai-e que l'ouvrage de M. de Laborde est un travail qui contient d'utiles observations, des recherches pleines d'intérêt, travail dans lequel l'idée jaillit avec abondance, trop d'abondance peut-être, et dont doivent lui savoir gré les industriels aussi bien que les artistes, pour le soin, les bonnes intentions qui ont présidé à la discussion et à l'examen de leurs divers intérêts.
Paris, le l^r février 1859.
Monsieur le ministre,
Vous avez chargé une commission « de rechercher les moyens d'établir en France un diapason musical uniforme, de déterminer un étalon sonore, qui puisse
1. Rapport présenté à S. Exc. le ministre d*État, par la commission chargée de rechercher les moyens d'établir en France un diapason musical uniforme i. (Arrêté du 17 juillet 1858.)