Cette commission était composée de
MM. J. Pelletier, conseiller d'État, secrétaire général du ministère d'État, président ;
F. Halévy, membre de l'Institut, secrétaire perpétuel de l'Académie
des beaux-arts, rapporteur ; Auber, membre de l'Institut, directeur du Conservatoire impérial de
musique et de déclamation ; Berlioz, membre de l'Institut ;
Despretz, membre de l'Institut, professeur de physique à la Faculté des sciences;
Camille Doucet, chef de la division des théâtres au ministère d'État ; Lissajous, professeur de physique au lycée Saint-Louis, membre du
conseil de la Société d'encouragement pour l'industrie nationale ; Général Mellinet, chargé de l'organisation des musiques militaires; Meyerbeer, membre de l'Institut;
Ed. Monnais, commissaire impérial près les théâtres lyriques 6t le
Conservatoire ; Rossini, membre de l'Institut; Ambroise Thomas, membre de l'Institut.
servir de type invariable, et d'indiquer les mesures à prendre pour en assurer l'adoption et la conservation. »
Votre arrêté était fondé sur ces considérations : « Que l'élévation toujours croissante du diapason présente des inconvénients dont l'art musical, les compositeurs de musique, les artistes et les fabricants d'instruments ont également à souffrir; et que la différence qui existe entre les diapasons des divers pays, des divers établissements musicaux et des diverses maisons de facture, est une source constante d'embarras pour la musique d'ensemble, et de difficultés dans les relations commerciales. »
La commission a terminé son travail. Elle vous doit compte de ses opéi'ations, de la marche qu'elle a suivie; elle soumet à l'appréciation de Votre Excellence le résultat auquel elle est arrivée.
Il est certain que, dans le cours d un siècle, le diapason s'est élevé par une progression constante. Si l'étude des partitions de Gluck ne suffisait pas à démontrer, par la manière dont les voix sont disposées, que ces chefs-d'œuvre ont été écrits sous l'influence d'un diapason beaucoup moins élevé que le nôtre ^, le témoignage d'orgues construites à cette époque, et qui existent encore, en fournirait une preuve irrécusable.
1. Les partitions de Moiisigny et de Grétry donnent lieu à la niônic observation.
La commission a voulu cFabord se rendre compte de ce fait singulier, et, de même qu'un médecin prudent s'efforce de remonter aux sources du mal avant d'essayer de le guérir, elle a voulu rechercher, ou au moins examiner, les causes qui avaient pu amener Texhaussèment du diapason.
On possède les éléments nécessaires pour évaluer cet exhaussement. Les orgues dont nous avons parlé accusent une différence d'un ton au-dessous du diapason actuel. Mais ce diapason si modéré ne suffisait pas à la prudence de l'Opéra de cette époque. Rousseau, dans son dictionnaire de musique (article Ton), dit que le ton de l'Opéra à Paris était plus bas que le ton de chapelle. Par conséquent, le diapason, ou plutôt le ton* de l'Opéra était, au temps de Rousseau, de plus d'un ton inférieur au diapason d'aujourd'hui.
Cependant les chanteurs de ce temps, au rapport de beaucoup d'écrivains, forçaient leur voix. Soit défaut
1. Le mot diapason n'avait pas encore reçu le sens qu'on lui donne aujourd'hui, et le petit instrument dont on se sert pour donner le ton n'existait pas. « L'instrument qui sert à donner le ton de l'accord à tout un orchestre, et que quelques-uns appellent c/iom^<?^ est un sifflet qui, au moyen d'une espèce de piston gradué, par lequel on allonge ou raccourcit le tuyau à volonté, donne toujours à peu près le môme son sous la même division, etc.. » (Rousseau, Dictionnaire de musique, au mot Ton.) On donne encore aujourd'hui en Italie le nom de corista au diapason. W existe au cabinet de physique de la Sorbonne un de ces choristes dont parle Rousseau. — Le nom de corista a été donné en Italie au petit instrument nommé aujourd'hui diapason, parcequ'autrefois on faisait répéter les choristes sans accompagnement d'aucun instrument, et que le maître de chœur les mettait d'accord au moyen du son donné par le diapason, comme cela se pratique encore aujourd'hui dans les réunions chorales où l'on chante sans accompagnement.
342 SOUYEMRS ET POlITUAlTS.
d'études, soit défaut de goût, soit désir de plaire au public, ils criaient. Ces chanteurs, qui trouvaient moyen de crier si fort avec un diapason si bas, n'avaient aucun intérêt à demander un ton plus élevé, qui aurait exigé de plus gl ands efforts; et en général, à nulle époque, dans aucun pays, aujourd'hui comme alors, jamais le chanteur, qu'il chante bien ou mal, n'a d'intérêt à rencontrer un diapason élevé, qui altère sa voix, augmente sa fatigue et abrège sa carrière théâtrale. Les chanteurs sont donc hors de cause, et l'élévation du diapason ne peut leur être attribuée.
Les compositeurs, quoi qu'aient pu dire ou penser des personnes qui n'ont pas des choses de la musique une idée bien nette, ont un intérêt tout contraire à l'élévation du diapason. Trop élevé, il les gêne. Plus le diapason est haut, et plus tôt le chanteur arrive aux limites de sa voix dans les cordes aiguës; le développement de la phrase mélodique est donc entravé plutôt que secondé. Le compositeur a dans sa tête, dans son imagination, on peut dire dans son cœur, le type naturel des voix. La phrase qu'il écrit lui est dictée par un chanteur que lui seul entend, et ce chanteur chante toujours bien. Sa voix, souple, pure, intelligente et juste, est flxée d'après un diapason modéré et vrai, qui habite l'oreille du compositeur. Le compositeur a donc tout avantage à se mouvoir dans une gamme commode aux voix, qui le laisse plus libre, plus maître des effets qu'il veut produire, et seconde ainsi son inspiration. Et d'ailleurs, quel moyen possède-t-il d'élever le diapason? Fabrique-t-il, fait-il
fabriquer ces petits instruments perfides, ces boussoles qui égarent? est-ce lui qui vient de donner le la aux orchestres? Nous n'avons jamais appris ou entendu dire qu'un maestro, mécontent de la trop grande réserve du diapason, en ait fait fabriquer un à sa convenance, un diapason personel, à l'effet d'élever le ton d'un orchestre tout entier. 11 rencontrerait mille résistances, mille impossibilités. Non, le compositeur ne crée pas le diapason, il le subit. On ne peut donc non plus l'accuser d'avoir excité la marche ascensionnelle de la tonalité*.
Remarquons que cette marche ascensionnelle, en même temps qu'elle a été constante, a été générale; qu'elle ne s'est pas bornée à la France ; que les Alpes, les Pyrénées, l'Océan, n'y ont pas fait obstacle. Il ne faut donc pas, comme nous l'avons enlendu faire, en accuser spécialement la France, qu'on charge assez volontiers des méfaits qui se produisent de temps à autre dans le monde musical. Notre pays n'a eu que sa part dans cette grande invasion du diapason montant, et, s'il était complice du mal, il en était en même temps victime. Les causes de cette invasion, qui agissaient partout avec suite, ensemble, persévérance, on pourrait dire avec préméditation, ne sauraient être ni accidentelles, ni particulières à un pays. Elles devaient
1. Si l'on exécutait les partitions en se conformant au diapason en usage à l'époque où ces partitions ont été écrites, on verrait que les compositeurs ont rarement excédé la limite des voix, à moins qu'ils n'aient écrit pour un chanteur à voix exceptionnelle. Si beaucoup de partitions paraissent trop élevées, c'est que l'exhaussement con-* tinuel du diapason a déplacé l'intonation.
tenir à un principe déterminant, à un intérêt. En vertu d'un axiome bien connu, il faut donc rechercher ceux qui avaient un intérêt évident à surélever ainsi le la qu'espéraient nous léguer nos ancêtres.
Ceux qui fabriquent ou font fabriquer les diapasons, voilà les auteurs, les maîtres de la situation. Ce sont les facteurs d'instruments, et on comprend qu'ils ont à élever le diapason un intérêt légitime et honorable. Plus le ton sera élevé, plus le son sera brillant. Le facteur ne fabriquera donc pas toujours ses instruments d'après le diapason; il fera quelquefois son diapason d'après l'instrument qu'il aura jugé sonore et éclatant. Car il se passionne pour la sonorité, qui est la fin de son œuvre, et il cherche sans cesse à augmenter la force, la pureté, la transparence des voix qu'il sait créer. Le bois qu'il façonne, le métal qu'il forge, obéissant aux lois de la résonnance, prendront des timbres intelligents, qu'un artiste habile, et quelquefois inspiré, animera bientôt de son archet, de son souffle, de son doigté, léger, souple ou puissant. L'instrumentiste et le facteur sont donc deux alliés, leurs intérêts se combinent et se soutiennent. Introduits à l'orchestre, ils le dominent, ils y régnent, et l'entraînent facilement vers les hauteurs où ils se plaisent. En effet, l'orchestre est à eux, ou plutôt ils sont l'orchestre, et c'est l'instrumentiste qui, en donnant le tort, règle, sans le vouloir, les études, les efforts, les destinées du chanteur.
La grande sonorité acquise aux instruments à vent trouva bientôt une application directe, et en reçut un
LÉ DÎAPASON.
essor plus grand encore. La musique, qui se prête à tout et prend partout sa place, marche avec les régiments; elle chante aux: soldats ces airs qui les animent et leur rappellent la patrie. Il faut alors qu'elle résonne haut et ferme, et que sa voix retentisse au loin. Les corps de musique militaire, s'emparant du diapason pour l'élever encore, propagèrent dans toute l'Europe le mouvement qui l'entraînait sans cesse ^
Mais aujourd'hui la musique militaire pourrait, sans rien craindre, descendre quelque peu de ce diapason qu'elle a surexcité. Sa fierté n'en souffrirait pas, ses fanfares ne seraient ni moins martiales, ni moins éclatantes. Le grand nombre d'instruments de cuivre dont elle dispose maintenant lui ont donné plus de corps, plus de fermeté, et un relief à la fois solide et brillant, qui lui manquait autrefois. Espérons, d'ailleurs, que de nouveaux progrès dans la facture affranchiront bientôt certains instruments d'entraves regrettables, et leur
1. Nous lisons dans une lettre qui nous est adressée par M. Kittl, directeur du Conservatoire de Prague : « Il est fortement à désirer qu'on en arrive à une conclusion, car il y a des plaintes continuelles sur rélévation progressive du diapason, et l'Europe entière saura gré à la France d'avoir voulu s'en occuper, car le succès ne lui manquera pas.
« En Autriche, les orchestres militaires sont la cause de cette élévation, leur diapason différant d'un demi-ton d'avec celui des divers établissements musicaux. Cette différence date du temps de l'empereur Alexandre I^r; lorsqu'il devint propriétaire d'un régiment autrichien, il ordonna qu'on fît pour les musiciens du régiment des instruments nouveaux. Le luthier, pour donner du relief à cette musique, éleva le diapason des instruments, ce qui, comme de raison, prêta au son plus de fraîcheur et de brillant. Cette innovation excita r en vie des autres orchestres militaires, qui tous montèrent leur diapason. »
ouvriront l'accès des riches tonalités qui leur sont interdites. L'honorable général qui représente dans la commission l'organisation des corps de musique seconderait de tous ses efforts cette amélioration désirarable, ce progrès véritable, qui apporterait aux orchestres militaires des ressources nouvelles, et varierait l'éclat de leur sonorité.
Nous croyons avoir établi, monsieur le ministre, que Télévation du diapason est duo aux efforts de l'industrie et de l'exécution instrumentales ; que ni les compositeurs, ni les chanteurs n'y ont parlicipé en rien. La musique religieuse, la musique dramatique ont subi le mouvement sans pouvoir s'en défendre, ou sans chercher à s'y dérober. On pourrait donc, dans une certaine mesure, abaisser le diapason, avec la certitude de servir les véritables, les plus grands intérêts de l'art.
Nous avions l'assurance que ce fait (f de l'élévation toujours croissante du diapason » ne s'était pas produit en France seulement, que le monde musical tout entier avait subi cet entraînement ; mais il fallait en acquérir des preuves authentiques ; il fallait aussi savoir dans quelle mesure, à quels degrés différents s'était fait sentir cette influence dans les divers pays, dans les centres principaux. Nous avons donc pensé, monsieur le ministre, que, pour mener à bonne lin l'étude que Votre Excellence nous avait confiée, il fallait commen-
cer par nous renseigner au dehors et autour de nous, interroger Les chefs des établissements importants en France et à l'étranger, prendre connaissance de l'état général du diapason, . faire, en un mot, une sorte d'enquête. Cette conduite nous était, d'ailleurs, tracée par l'arrêté môme qui nous institue, dans lequel vous signalez avec juste raison « la différence qui existe entre les diapasons des divers pays comme une source constante d'embarras. »
Nous nous sommes donc adressés sous vos auspices, et par l'organe de notre président, partout où il y a un Opéra, un grand établissement musical, dans les villes où l'art est cultivé avec amour, avec succès, pratiqué avec éclat, et qu'on peut nommer les capitales de la musique, demandant qu'on voulût bien nous renseigner sur la marche du ton, nous envoyer les diapasons en usage aujourd'hui, et d'anciens diapasons, s'il était possible, pour en mesurer exactement l'écart. En même temps, nous demandions aux hommes éclairés à qui nous nous adressions de nous faire connaître leur opinion sur l'état actuel du diapason, et leurs dispositions favorables ou contraires à un abaissement, à une modération dans le ton, La musique est un art d'ensemble, une sorte de langue universelle. Toutes les nationalités disparaissent devant l'écriture musicale, puisqu'une notation unique suffit à tous les peuples, puisque des signes, partout les mêmes, représentent les sons qui dessinent la mélodie ou se groupent en accords, les rhythmes qui mesurent le temps, les nuances qui colorent la pensée; le silence même s'écrit dans cet
alphabet prévoyant. N'est-il pas désirable qu'un diapason uniforme et désormais invariable vienne ajouter un lien suprême à cette communauté intelligente, et qu'un la, toujours le même, résonnant sur toute la surface du globe avec les mêmes vibrations, facilite les relations musicales et les rende plus harmonieuses encore?
G'estdans ce sens que nous avons écrit en Allemagne, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Italie, jusqu'en Amérique, et nos correspondants nous ont envoyé des réponses consciencieuses, des renseignements utiles, des souvenirs intéressants Quelques-uns nous adressaient d'anciens diapasons âgés d'un demisiècle, aujourd'hui dépassés; d'autres des diapasons contemporains, variés dans leur intonation. Tous, reconnaissant et repoussant l'exagération actuelle, nous envoyaient leur cordiale adhésion. Trois d'entre eux, nos compatriotes \ tout en partageant l'opinion générale, demandent, il est vrai, qu'on fixe le diapason à l'état actuel de celui de Paris, mais c'est pour l'arrêter dans sa progression ascendante, et en faire un obstacle à de nouveaux envahissements; obstacle impuissant, à notre avis^ qui protège le mal, l'oppose à lui-même^ et le consacre au lieu de le détruire. Les autres sont unanimes à désirer un diapason moinsélevé, uniforme, inaltérable, véritable diapason international, autour duquel viendraient se rallier, dans un accord invariable, chanteurs, instrumentistes, facteurs de tous les
i. MM. Daussoigne-MéhuK Georges Hainl et Auguste Morel.
pays. La plupart de nos correspondants étrangers joignent à leur approbaîion Téloge de l'initiative : « Je vous dois des remercîments, nous écrit-on\ pour la cause importante que vous avez entrepris de plaider : il est bien temps d'arrêter les dérèglements auxquels on se laisse emporter. » — « J'adopte la somme entière de vos sages réflexions, nous dit un autre maître de chapelle des plus distingués^', en espérant que toute l'Europe applaudira vivement à la commission instituée par S. Exc. le ministre 4'État, à l'effet d'établir un diapason uniforme. La grande élévation du diapason détruit et efface l'effet et le caractère de la musique ancienne, des chefs-d'œuvre de Mozart, Gluck, Beethoven. » — « Je ne doute pas, écrit-on encore ^ que la commission ne réussisse dans cette question importante. Ce sera un nouveau service rendu par votre nation à l'art et au commerce. » — « L'élévation progressive du diapason, dit un autre de nos honorables correspondants ^, est non-seulement préjudiciable à la voix humaine, mais aussi à tous les instruments. Ce sont surtout les instruments à cordes qui ont beaucoup perdu pour le son, depuis que l'on est obligé, à cause de cette élévation, d'employer des cordes très-minces, les cordes fortes ne pouvant résister à
1. M. François Erkel, maître de chapelle du théâtre national à Pesth.
2. M. Reissiger, premier maître de chapelle à la cour de Dresde.
3. M. Joseph Abenheim, directeur de la chapelle de S. M. le roi de Wurtemberg.
4. Le maître de la cour, directeur de la chapelle impériale de Russie, M. de Lwoff, à Saint-Pétersbourg.
cette tension exagérée; de là ce son qui, au lieu de se rapprocher de la voix humaine, s'en éloigne de plus en plus. /) — (( Fixer le diapason une fois pour toutes, dit un cinquième ^ ce serait mettre lin à bien des doutes, à une multitude d'inconvénients et môme de caprices. Je vous témoigne le vif intérêt que nous portons, dans toute l'Allemagne musicale, à l'exécution de votre projet. » — « Vous avez bien dit, écrit-on encore^, que l'Europe entière estintéressée aux recherches des moyens d'établir un diapason uniforme. Le monde musical a senti depuis longtemps la nécessité urgente d'une réforme, et il remercie la France d'avoir pris l'initiative. — M. Drouet, maître de chapelle du grand-duc de Saxe-Gobourg-Gotha, nous a envoyé trois diapasons d'époque et d'élévation différentes, et une note intéressante. Enfin nous avons reçu de deux hommes très-compétents, M. Wieprecht, directeur de la musique militaire de Prusse, à Berlin, et M. le docteur Furke, des mémoires où la matière est traitée avec une véritable connaissance de cause. Les auteurs s'associent entièrement à la pensée qui a institué la commission.
Ces nombreuses adhésions, émanées d'autorités si considérables, nous donnent l'assurance qu'une proposition d'abaissement dans le diapason sera bien accueillie dans toute l'Allemagne. Il faut, d'ailleurs, rappeler ici que déjà, en 1834, des musiciens allemands réunis à Stuttgard avaient exprimé le vœu d'un alïai-
1. M. Ferdinand David, directeur du Conservatoire de Leipzig.
2. M. François Abl, maître de la chapelle ducale, à Brunswick.
blissement du diapason, et recommandé l'adoption d'un la sensiblement plus bas que notre la actuel K Certes, il y aara d'abord des difficultés qui naîtront surtout de la division de l'Allemagne en un si grand nombre d'États différents. C'est une opinion qui nous a été exprimée 2; mais il y a lieu de penser qu'après quelques oscillations, un type invariable et commun s'établira dans ce pays, qui pèse d'un grand poids dans les destinées de l'art musical.
Nous n'avons encore reçu d'Italie qu'une seule lettre. Elle est de M. Coccia, directeur de l'Académie philharmonique de Turin, maître de chapelle de la cathédrale de Novare. M. Coccia a bien voulu nous adresser le diapason usité à Turin ^ un peu plus bas que celui de Paris, et le plus doux (ilpiûmite), dit M. Coccia, qu'il ait rencontré jusqu'à présent. Il en recommande l'adoption. M. Coccia est donc aussi de l'avis d'un adoucissement dans le ton, et c'est d'un bon augure pour l'opinion de l'Italie, dont il faut tenir grand compte.
Nous avons reçu de Londres une communication de MM. Broadwood, célèbres facteurs de pianos. Ils ont eu
1. Le la proposé par la réunion de Stuttgard est à 880 vibrations. Le diapason actuel de Paris est à 896, celui de Berlin à 903.
2. M. François Lacliner, compositeur célèbre, directeur général de la musique de la cour de Bavière, s'exprime en ces termes : « Je désire vivement, dans l'intérêt de l'art, que la commission surmonte heureusement les difficultés qui se montreront sans doute dans l'exécution de ce projet. Recevez l'assurance que, pour ma part, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour réaliser votre idée. »
3. M. Coccia pense que le diapason de Turin qu'il nous envoie est aussi celui du théâtre de Vienne. Il le croit plus bas que celui de Venise et de Napîes.
352 SOUVE^MBS ET POUTHAITS.
l'obligeance de nous adresser trois diapasons, employés tous les trois dans leur établissement, chacun d'eux affecté à un service spécial Le premier, plus bas d'un grand quart de ton que le diapason de Paris, élait, il y a vingt-cinq ou trente ans, celui de la Société philharmonique de Londres. Il a été judicieusement conservé par MM. Broadwood comme le plas convenable aux voix, et ils accordent, d'après \e ton extrêmement modéré qu'il fournit, les pianos destinés à l'accompagnement des concerts vocaux. Le second, beaucoup plus haut, puisqu'il est plus élevé que le nôtre, est celui d'après lequel MM. Broadwood accordent, en général, leurs pianos, parce qu'il est à peu prés conforme à l'accord des harmoniums, des flûtes, etc.; c'est le diapason des inslrumentistes. Enfin, le Iroisième, encore plus élevé, est celui dont se sert aujourd'hui la Société philharmonique. Cette extrême liberté du diapason ^ doit avoir ses inconvénients, et peut bien faire courir quelques hasards à la justesse absolue. Aussi MM. Broadwood font-ils des vœux « pour la réussite de nos recherches, si intéressantes et si importantes pour tout le monde musical. »
M. Bender, directeur de la musique du roi des Belges et du régiment des guides, voudrait deux diapasons, à la distance d'un clemi-ton : le plus élevé à l'usage des musiques militaires; l'autre destiné aux théâtres.
1. Ces trois diapasons sonnent Vut, ainsi que celui envoyé de Saint- Pétersbourg par M. de Lwoff.
2. n y a près d'un demi-ton entre le diapason no 1 de MM. Broadwood et leur diapason n" 3.
M. Bender pratique son système; le diapason de la musique des guides n'est pas applicable à la musique vocale. C'est le plus élevé de tous ceux que nous avons reçus.
M. Daussoigne-Méhul, directeur du Conservatoire royal de Liège, n'adresse pas de diapason, celui qu'il emploie étant semblable à celui de Paris. Il est un des trois correspondants qui concluent à Tadoption définitive de ce diapason, comme limite extrême, comme sauvegarde, et ne fût-ce, dit M. Daussoigne-Méhul, que pour arrêter ses dispositions ascendantes.
M. deLubeck, directeur du Conservatoire royal de la Haye, en nous envoyant son diapason, un peu moins élevé que le nôtre, nous assure de son adhésion et de son concours ^ Vous voyez, monsieur le ministre, combien de sympathies et d'approbations rencontre votre désir de l'établissement d'un diapason uniforme.
Nous avions écrit en Amérique. New-York n'a pas encore répondu. M. E. Prévost, chef d'orchestre de rOpéra français de la Nouvelle-Orléans, nous a adressé une lettre d'adhésion et un diapason qui ne nous esl pas parvenu.
Nous avons reçu de quelques-unes des grandes villes de France, oii la musique est en honneur, des renseignements communiqués par des artistes distingués,
1. « J'ai eu aussi à combattre la hausse continuelle du diapason En instituant un diapason stable, vous rendrez un important service à l'art. Aussi ferai-je tout mon possible pour mettre en usage chez nous le diapason que vous lixerez pour la France. » (Lettre do M. de Lubeck.)
Le diapason qui nous a élô envoyé par M, Victor Magnien, directeur de l'Académie de musique de Lille*, est, après celui de M. BenJeret après ceux de Londres, le plus élevé des diapasons qu'on nous a adressés. Il est plus haut par conséquent que celui de Paris. Sans doute il a subi, par un procédé de bon voisinage, l'influence de la musique des guides de Bruxelles. Aussi M. Magnien se rallie-t-il avec empressement à la demande d'un diapason plus modéré.
M. Mézerai, chef d'orchestre du grand théâtre de Bordeaux, nous a communiqué son diapason, moins élevé que celui de Paris. M. Mézerai avait d'abord adopté celui-ci; mais, nous dit-il, il fatiguait trop les chanteurs.
Le diapason de Lyon est celui de Paris; celui de Marseille est très-peu plus bas. M. Georges Hainl, chef d'orchestre de Lyon, croit qu'il faut maintenir le diapason de Paris, malgré son élévation, dans la crainte d'affaiblir l'éclat de l'orchestre. M. Aug. More!, directeur de l'école communale de Marseille^, incline vers cet avis. Ces deux artistes forment, avec M. D. Méhul, le groupe que nous avons mentionné, proposant l'état actuel comme terme définitif.
Toulouse nous a adressé deux diapasons : celui du théâtre, moins élevé que le nôtre, presque semblable à celui de Bordeaux, et le diapason de l'école de mu-