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Succursale du Conservatoire impérial de Paris

2. L'école de Marseille ainsi que l'école de Toulouse, dont il est question quelques lij^nes plus bas, sont succursales du Conservatoiro impérial de Paris.

sique ^ plus bas d'environ un quart de ton; différence remarquable, qu'il importe d'autant plus de constater, que Toulouse est une de ces villes à l'instinct musical, où le chant est populaire, où l'harmonie abonde, et qui, de tout temps, a fourni à nos théâtres des artistes à la voix mélodieuse et sonore.

Le diapason de l'école de Toulouse est, avec celui du théâtre grand-ducal de Carlsruhe, dont il ne diffère que de quatre vibrations, le plus bas de tous les diapasons qui nous ont été communiqués. Celui de la musique des guides de Bruxelles, qui compte 911 vibrations par seconde, est, à Faigu, le terme extrême de ces diapasons; celui de Carlsruhe, qui ne fait que 870 vibrations, en est le terme au grave ^. Entre cet écart, qui n'est pas beaucoup moindre d'un demi4on, se meuvent les diapasons en usage aujourd'hui, et, par conséquent, les orchestres, les corps de musique, les ensembles de voix dont ils sont la règle et la loi, et dont ils résument pour ainsi dire l'expression.

Ainsi la France compte à ses deux extrémités un des ' diapasons les plus élevés, celui de Lille, un des diapasons les plus graves, celui de l'école de Toulouse. On

1. Ces deux diapasons ont été adressés par M. Mériel, directeur de Fécole de Toulouse.

2. Le diapason 1 de MM. Broadwood (ancien diapason de la Société philharmonique de Londres) est un peu plus grave que celui de Carlsruhe; il ne donne que 868 vibrations.

M. Jos. Strauss, maître de chapelle à la cour, à Carlsruhe, en nous exprimant son adhésion, reconnaît que le diapason qu'il emploie est celui qui fatigue le moins les chanteurs et les cantatrices, et qui convient le mieux pour l'exécution des opéras tant anciens que modernes.

peut suivre sur la carte la route que suit en France le diapason; il s'élève et s'abaisse avec la latitude. De Paris à Lille, il monte; il descend de Paris à Toulouse. Nous voyons le Nord soumis évidemment au contact, à la prédominance de l'art instrumental, tandis que le Midi reste fidèle aux convenances et aux bonnes traditions des études vocales.

Nous vous avons présenté, monsieur le ministre, le résumé fidèle des informations qui nous ont été transmises : nous vous avons fait connaître les impressions que nous en avons reçues. En présence des opinions presque unanimes exprimées pour une modération dans le ton, et des opinions unanimes pour l'adoption d'un diapason uniforme, c'est-à-dire pour un nivellement général du diapason, librement consenti; en présence des différences remarquables qui existent entre les divers diapasons que nous avons pu comparer, différences mesurées avec toute la précision de la science en nombre de vibrations, et consignées dans un des tableaux annexés à ce rapport la commission, après avoir discuté, a adopté en principe, et à l'unanimité des voix, les deux propositions suivantes :

Il est désirable que le diapason soit abaissé.

Il est désirable que le diapason abaissé soit adopté généralement comme régulateur invariable.

1. C'est le tableau A. Le tableau R constate Télévation progressive du diapason dans divers pays. Ces deux tableaux ont été dressés par MM. Despretz et Lissajous, membres de lu commission.

n restait à déterminer la quantité dont le diapason pourrait être abaissé, en lui ménageant les meilleures chances probables d'une adoption générale comme régulateur invariable.

Il était évident que le plus grand abaissement possible était d'un demi-ton, qu'un écart plus considérable n'était ni praticable, ni nécessaire, et sur ce point la commission se montrait unanime. Mais le demi-ton rencontra des adversaires, et trois systèmes se trouvèrent en présence : abaissement d'un demiton, abaissement d'un quart de ton, abaissement moindre que ce dernier.

Un seul membre proposait l'abaissement moindre que le quart de ton. Craignant surtout de voir les relations commerciales troublées, il proposait un abaissement très-modéré, et qui devait tout au plus, dans sa plus grande amplitude, atteindre un demi-quart de ton.

La question des relations commerciales est assez importanle pour qu'on s'y arrête un inslant. D'ailleurs, monsieur le ministre, en nous instituant, vous Tavez signalée à notre attention.

Parmi les documents qui nous ont été remis ligure une lettre sig-née de nos principaux, de nos plus célèbres facteurs d'instruments de tout genre. Dans cette lettre, adressée à Votre Excellence, sont exposés tous les embarras résultant <( de l'élévation toujours crois-

santé du diapason et de la différence des diapasons. » On vous demande de mettre un terme à ces embarras en établissant un système uniforme de diapason. « Il appartient à Votre Excellence, disent les signataires, de faire cesser cette sorte d'anarchie, et de rendre au monde musical un service aussi important que celui rendu autrefois au monde industriel par la création d'un système uniforme de mesures. »

La commission prend en haute considération les intérêts de notre grande fabrication d'instruments; c'est une des richesses de France, une industrie intelligente dans ses produits, heureuse dans ses résultats. Les hommes habiles qui la dirigent et l'ont élevée au premier rang ne peuvent douter de notre sollicitude, ils savent que nous sommes amis de cette industrie, qui fournit à quelques-uns des membres de la commission de précieux et charmants auxiliaires.

Mais si, parmi ces maîtres facteurs qui ont si bien signalé à Votre Excellence « les embarras résultant de la divergence et de l'élévation toujours croissante, quelques-uns, comme il nous a été dit, craignent maintenant (( les embarras » résultant des mesures qu'on veut prendre pour les contenter, que faudra-t-il faire? Puisqu'ils ont demandé, « avec tout le monde musical, » un diapason uniforme, comment le choix d'un diapason, destiné, dans nos espérances et dans les leurs, à devenir uniforme, peut-il troubler « les relations commerciales, » déjà troublées, à leur avis, par la divergence des diapasons? L'établissement d'un diapason uniforme implique nécessairement le choix d'un diapason, d'un

seul. Or nous avons reçu, entendu, comparé, mesuré vingt-cinq diapasons différents, tous en activité, tous usités aujourd'hui. De tant de la, lequel choisir? Le nôtre apparemment. Mais pourquoi? De ces vingt-cinq diapasons, aucun ne demande à monter, beaucoup aspirent à descendre, et quinze sont plus bas que celui de Paris. De quel droit dirions-nous à ces quinze diapasons : Montez jusqu'à nous? N'est-ce pas alors que les relations commerciales courraient grand risque d'être troublées? N'est-il pas plus logique, plus raisonnable, plus sage, dans l'iatérêt de la grande conciliation que nous voulons tenter, de descendre vers cette majorité, et n'est-ce pas ainsi que nous avons la plus grande chance d'être écoutés des artistes étrangers dont nous avons réclamé le concours, et que nous remercions ici d'avoir répondu à notre appel avec tant de cordialité et de sympathie?

Pour donner à l'industrie instrumentale un témoignage de sa sollicitude, la commission convoqua les principaux facteurs, ceux qui avaient obtenu les premières récompenses à l'exposition universelle de 1855, c'est-à-dire ceux mêmes qui avaient écrit à Votre Excellence S et ce n'est qu'après avoir conféré avec eux et plusieurs de nos chefs d'orchestre ^ que la commission

1. MM. Triébert, Buffet, Ad. Sax, facteurs d'instruments à vent; M, Gavaillé-Goll, facteur d'orgues; M. le représentant de la maison Érard; MM. Pleyel-Wolff, H. Herz, facteurs de pianos; M. Alexan* dre, facteur d'orgues-uiéiodium ; M. Williaume, facteur d'instruments à cordes.

2. M. G irard, chef d'orchestre de l'Académie impériale de musique et de la société des concerts du Gonservatoirc; M. Mohr, chef

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délibéra sur la quantité dont pourrait êlre abaissé le diapason.

Dans celte discussion, l'abaissement du quart de ton a réuni la grande majorité des suffrages; apportant une modération sensible aux études et aux travaux des chanteurs, sans jeter une trop grande perturbation dans les habitudes, il s'insiuuerait pour ainsi dire incognito en présence du public; il rendrait plus facile l'exécution des anciens chefs-d'œuvre; il nous ramènerait au diapason employé il y a environ trente ans, époque de la production d'ouvrages restés pour la plupart au répertoire, lesquels se retrouveraient dans leurs conditions premières de composition et de représentation. Il serait plus facilement accepté à l'étranger que l'abaissement d'un demi-ton ^ Ainsi amendé, le diapason se rapprocherait de beaucoup du diapason élu, en 1834, à Stutlgard. Il aurait déjà pour lui l'avantage d'une pratique restreinte, il est vrai, mais dont on peut apprécier les résultats^.

de musique dans la garde impériale; M. Deloffre, chef d'orchestre du Théâtre-Lyrique.

1. « Convaincu de l'utilité de votre projet, je ferai mon possible pour faire accepter votre diapason chez nous, si, d'après les recherches de votre commission, le changement à faire ne se trouve pas être trop grand. » (Lettre de M. Ferdinand David, directeur du Conservatoire de Leipzig.)

2. Le théâtre grand-ducal de Carlsruhe, et Técole de Toulouse, d'où les voix sortent fraîches, souples et bien disposées, emploient le diapason que nous proposons; et à. cette occasion on a fait remarquer que les jeunes élèves venant de cette école éprouvaient de sérieuses difficultés, et quelquefois une altération notable de la voix, lorsqu'il leur fallait sortir de ce diapason modéré pour se mettre à l'unisson de celui de Paris.

La commission a donc l'honneur de proposer à Votre Excellence d'instituer un diapason uniforme pour tous les établissements musicaux de France, et de décider que ce diapason, donnant le la, sera fixé à 870 vibrations par seconde.

Quant aux mesures à prendre pour assurer l'adoption et la conseryation du nouveau diapason, la commission a pensé, monsieur le ministre, qu'il conviendrait :

1<> Qu'un diapason type, exécutant 870 vibrations par seconde à la température de 15 degrés centigrades, fût construit sous la direction d'hommes compétents désignés par Yotre Excellence.

2° Que Voire Excellence déterminât, pour Paris et les départements, une époque à partir de laquelle le nouveau diapason deviendrait obligatoire.

3° Que l'état des diapasons et instruments dans tous les théâtres, écoles et autres établissements musicaux, fût constamment soumis à des vérifications administratives.

Nous espérons que vous voudrez bien, monsieur le ministre, dans l'intérêt de l'unité du diapason, pour compléter autant que possible l'ensemble de ces mesures, intervenir auprès de S. Exc. le ministre de la guerre, pour l'adoption du diapason ainsi amendé dans les régiments; auprès de S. Exc. le ministre du commerce, pour qli'à l'avenir, aux expositions de l'industrie, les instruments de musique conformes à ce diapason soient seuls admis à concourir pour les ré-compenses; nous sollicitons aussi l'intervention de

Votre Excellence pour qu'il soit seul autorisé et employé dans toutes les écoles communales de la France où l'on enseigne la musique.

Enfin la commission vous demande encore, monsieur le ministre, de vouloir bien intervenir auprès de S. Exc. le ministre de l'instruction publique et des cultes, pour qu'à l'avenir les orgues dont il ordonnera la construction ou la réparation soient mises au ton du nouveau diapason.

Telles sont, monsieur le ministre, les mesures qui paraissent nécessaires à la commission pour assurer et consolider le succès du changement que l'adoption d'un diapason uniforme introduirait dans nos mœurs musicales. L'ordre et la régularité s'établiraient oii régnent parfois le hasard, le caprice ou l'insouciance; l'étude du chant s'accomplirait dans des conditions plus favorables; la voix humaine, dont l'ambition serait moins exciîée, serait soumise h de moins rudes épreuves. L'industrie des instruments, en s'associant à ces mesures, trouverait peut-être le moyen de perfectionner encore ses produits, déjà si recherchés. Il n'est pas indigne du gouvernement d'une grande nation de s'occuper de ces questions, qui peuvent paraître futiles, mais qui ont leur importance réelle. L'art n'est pas indifférent aux soins qu'on a de lui ; il a besoin qu'on l'aime pour fructifier, s'étendre, élever les cœurs et les esprits. Tout le monde sait avec quel amour, avec quelle inquiétude ardente et rigoureuse les Grecs, qu'animait un sentiment de l'art si vif et si profond, veillaient au maintien des lois de leur musique. En

se préoccupant des dangers que peut faire courir à l'art masicai Famour excessif de la sonorité, en cherchant à établir une règle^ une mesure, un principe, Voir3 Excellence a donné une preuve nouvelle de l'intérêt éclairé qu'elle porte aux beaux-arts. Les amis de la musique vous remercient, monsieur le ministre, ceux qui lui ont donné leur vie entière^ et ceux qui lui donnent leurs loisirs, ceux qui parlent la langue harmonieuse des sons, et ceux qui en comprennent les beautés.

Nous avons l'honneur d'être avec respect, monsieur le ministre, de Votre Excellence, les très-dévoués serviteurs,

J. Pelletier, président; F. Halew^, rapporteur; AuBEK, Berlioz, Despretz, Camille DouGET, Lissajous, général Mellïnet, Meyerbeer, Edouard Monnais, Rossini, Ambroise Thomas.

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