‹ Souvenirs et problèmes spiritesChapitre 10 sur 18 · SIXIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SIXIÈME ENTRETIEN

Moi. — Pourquoi ne faites-vous pas remarquer davantage les défauts de ceux qui vous invoquent (par « vous », j’entends tous les bons Esprits)? Je connais bien des spirites qui, malgré les belles communications obtenues et publiées, ne mènent pas moins une vie frivole, du moins peu en conformité avec les principes sublimes du spiritisme chrétien.

Le curé d’Ars. — Ma chère enfant, nous ne pouvons pas toujours dire ce que nous voulons. Vous comprenez bien que nous sommes obligés, pour nous communiquer,

de nous servir de médiums intermédiaires ; comment voulez-vous que nous puissions toujours dire ce qui devrait être dit

D'ailleurs, vous ne pouvez comprendre que d'entraves nous trouvons dans cette façon d’agir. Nous ne sommes pas dans le cas qui se produirait, si nous pouvions vous laisser, plus souvent, de l’écriture directe. — Que de cerveaux de médiums sont encombrés des souvenirs d’une quantité d’existences! Tout cela s'agite, nous barre la route et fait dévier notre pensée.

Moi. — Pourquoi certains Esprits disent-ils qu’ils ne peuvent nous donner telle ou telle explication ; qu’est-ce qui les en empêche?

LeTcurÉ d’Ars. — Des lois; il y en a partout . Elles sont dans notre âme; elles y sont déposées par le Créateur et il y a des Esprits chargés de les faire respecter .

Moi. — Ainsi, d’après ce que je vois, il existe une hiérarchie chez les Esprits; par conséquent, il me semblerait facile de prouver l’existence de Dieu, par voie de déduction. Voudriez-vous me dire quelque chose sur ce sujet qui serait utile à publier, afin de donner à la masse des convictions religieuses supérieures, si utiles à l’intérêt particulier et général ?

Le curé d’Ars. — Ma chère fille, vous ne pouvez m’adresser une pareille question; je ne suis pas un logicien; je n’ai fait aucune étude de ce genre. D’ailleurs, si un logicien céleste venait satisfaire à votre demande, vous seriez effrayée du chaos d’idées. Vous comprendriez de moins en moins,car le cerveau humain

n’est pas construit pour la compréhension de toute chose extraplanétaire.

Moi. —Je n’insiste donc pas. Mais serait-il indiscret de vous demander par quel moyen vous êtes arrivé à la position élevée que vous occupez ? Ce n’est pas à cause de votre foi catholique, si développée pendant votre vie sacerdotale, puisque j’apprends par vousmême que la théologie catholique contient de nombreuses et graves erreurs?

Le curé d’Ars. — Je vous l’ai déjà dit: notre élévation n'a pas de rapport avec nos croyances, mais avec nos actes y nos sentiments et nos intentions . J ai vécu pauvrement , comme mon divin Maître, et f ai répandu la charité autour de moi.

Moi. — Mais ceux qui ne peuvent vous imiter dans la voie que vous avez suivie, que peuvent-ils faire pour s’élever après leur mort?

Le CURÉ d’Ars. — Tout le monde n’est point obligé de suivre la même voie. Tout est proportionné aux forces physiques et morales.

La meilleure de toutes les pénitences et de toutes les mortifications, ce n est pas celle qzie nous cherchons ou que nous 7ious 77nposo7is par notre volonté , c est elle que la vie 7ious inflige . Ainsi, vivre saintement, c'est s’oublier sans cesse, sacrifier sa volonté à celle d’autrui, accepter avec résignation les épreuves physiques ou morales, n’en concevoir ni ennui, ni douleur aigre et savoir trouver à toute heure et en toute circonstance le bonheur dans la joie de faire selon la

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volonté de Dieu et selon la douce morale du Christ.

Moi. — Pourquoi certains Esprits paraissant très avancés ne sont-ils pas parvenus jusqu’à Jésus, d’après leur propre dire?

Le curé d’Ars. — Parce que beaucoup d’Esprits, même du plus grand avancement, n’ont pas le côté mystique aussi développé les uns que les autres. Les aspirations de ceux-ci ou de ceux-là ne sont pas et d’ailleurs ne doivent pas être les mêmes.

Quelques-uns désirent vivre encore et souvent d’une vie matérielle, pour porter leur lumière de planète en planète et en acquérir d’autres, tandis que quelques autres ne désirent que le côté mystique et n’ont pour objectif que la vue du Christ.

Ceci, ma chère fille, vous expliquera la parole de Jésus, lorsque Marthe et Marie le reçurent. Cependant l’Eglise ne l’a point interprétée comme elle devait l’être.

Marie représente le côté mystique, l'amour cherché toujours dans cette vie de pécheresse aimante qui ne pouvait vivre sans cela et n'aspirait qu’à la tendresse et l'amour.

Elle avait vécu librement, joyeusement, entraînée par l’amour; son âme, faisant évolution , ne pouvait raccomplir quen aimant encore passionnément .

Marthe représente, au contraire, la nature dévouée, cherchant à se dépenser, sans en demander récompense, voulant être utile et faire œuvre charitable.

Ainsi, tant d'Esprits se réincarnent sur Terre, ou ailleurs, toujours par amour des âmes et pour servir

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leurs frères, tandis que d’autres n’aspirent qu ’au repos mystique. Celles-là arrivent plus vite dans les grandes sphères et c’est pourquoi Jésus a appelé cela la meilleure part.

Croyez, cependant, que les autres ont leurs joies, car ils sentent le bien qu’ils font et en ressentent un grand bonheur; seulement, étant plus longtemps dans la chair, ils se dématérialisent moins vite .

Moi. — Par conséquent, Marthe n’avait pas tort, comme l’Eglise le prétend?

Le curé d’Ars. — Non, du tout.

Moi. — J’ai remarqué que, presque dans toutes vos communications, vous parlez de la réincarnation comme d’un fait absolu; comment se fait-il que beaucoup d’Esprits, surtout ceux qui se manifestent en Amé rique, prétendent qu’il n’y a pas de réincarnation?

Le curé d'ArS. — Beaucoup d’Esprits ignorent la loi des vies successives. En sortant d’une vie matérielle, ils ne gardent qu’un souvenir vague, vivant longtemps dans le trouble.Leurconfusionest,d'ailleurs, salutaire; s'ils se souvenaient trop, ils redouteraient trop la Terre qui est un monde expiatoire, à moins qu'on y ait une mission à remplir.

Moi. — Vous-même, vous souvenez vous d’une vie terrestre, précédant la dernière?

Le curé d’Ars. — Oh! oui. Ma piété, étant enfant, était le résultat d’un mysticisme rapporté de l’erraticité où j’avais beaucoup progressé, grâce à un guide éclairé.

Les six entretiens ci-dessus qui ne sont que des fragments d’une faible partie des communications du curé d’Ars, je les obtins à des intervalles plus ou moins longs où d’autres entités se manifestaient, avec des écritures différentes et quelquefois dans des langues étrangères, comme j’ai eu l’occasion de le dire.

Entre temps, les magnétisations quotidiennes de l’Esprit continuèrent régulièrement et quoique je dusse encore toujours faire attention au choix de ma nourriture, mon état de santé s’améliora à vue d’oeil, au point que notre médecin habituel, ayant été appelé pour mon mari, quelques mois après ma première magnétisation hyperphysique, s’exclama d'étonnement en me voyant si rajeunie et me demanda le nom du remède employé enfin avec tant de succès. Je ne le lui indiquai pas.

Mais afin de n'avoir pas toujours à cacher mon mystérieux traitement à mon mari, surtout en ville, où les siestes, à heure fixe, devaient paraître étranges, je demandai à l’Esprit l’autorisation d’en divulguer le secret. Il me l’accorda ; cependant avec certaines restrictions. « Vous pouvez en parler maintenant à votre

mari », dit-il, « il n’y a plus d’inconvénient à craindre ; également aux personnes suffisamment avancées en sciences psychiques pour comprendre. »

Intriguée par « l'inconvénient » que l’Esprit pouvait avoir trouvé à ce que mon mari sût la vérité dès l’origine, je fis part à celui-ci de la réponse telle que je l’avais obtenue. A ma surprise il me répondit : « Si j'avais connu le rendez-vous, donné par l’Esprit, dès l'origine je m’y serais opposé. »

Ainsi la prudence de mon invisible bienfaiteur avait été fondée. Sans elle, dans ma franchise primesautière, j’aurais tout dit et... tout gâté.

Toujours désireuse de convaincre, je profitai de la permission de l’Esprit pour faire part de ma mystérieuse cure (et des curieux enseignements chrétiens obtenus par les communications reproduites ci-dessus) à un écrivain qui, quoique catholique soumis, est un homme d’une intelligence lumineuse, d’une âme élevée et d’une piété sincère (i). Il m’opposa une incrédulité absolue quant à l’identité du curé d’Ars, à cause de ses enseignements, pas toujours orthodoxes. I ne véritable controverse s’engagea entre lui et moi. Comme elle est la clef des dialogues spirites qui vont suivre et de quelques-uns qui ont précédé, je crois utile de reproduire une partie de nos lettres, d’autant plus quelles serviront, peut-être, d’aide à la recherche

(1) Albert fonnet, directeur de la Résurrection , revue catho lique d'avant-garde, et ancien directeur de 1 *Eloile ï auteur de nombreux ouvrages catholiques et occultistes.

désintéressée de la vérité, en matière spirite et religieuse.

PREMIÈRE LETTRE (i)

« Madame,

28 janvier 1896

« J’ai lu avec grand intérêt votre lettre si franche et si attrayante. Elle n’a pas changé mes convictions, pas plus que la mienne n’avait changé les vôtres. Je ne vous aurais donc pas fatiguée de nouvelles observations, si je ne me croyais obligé, par devoir, à vous soumettre quelques idées que m’a suggérées ma lecture. D'abord je ne suis pas certain que ce soit le curé d'Ars lui-même avec qui vous êtes en rapport spirituel. Notez que je respecte vos convictions et suis absolument certain de votre sincérité.

« Vous me direz qu’à distance, il est assez hasardé de se prononcer. Je ne le nie pas. Mais j’ai ressenti une impression fort nette qui m’a fait douter que vous soyez en rapport avec le curé d’Ars lui-même. Vous pourriez donc faire une expérience. Demandez à l’Esprit, au nom du Verbe fait chair> s’il ne vous trompe pas, s’il est bien véritablement le curé d’Ars. Saint Jean dit que les Esprits trompeurs ne peuvent confesser Jésus-Christ , venu en chair . C’est un contrôle facile et je me crois obligé de vous l’indiquer.

« Je réponds brièvement aux objections, renfermées

(1) Ces lettres n'étaient pas destinées à être publiées.

dans votre lettre, contre la doctrine catholique :

« I. Existence des Anges. — 11 ne me semble aucunement irrationnel d’admettre l’existence d’êtres spirituels autres que les hommes. C’est une croyance qui se retrouve dans toutes les religions orientales où la science psychique était développée.

« Qu’il y ait un ange gardien, c’est-à-dire un être spirituel, lié à chaque homme, mais n’entrant pas dans la chair, comme lame de ce dernier, cette conception me paraît, même en dehors de la foi et au point de'vue de la science psychique, parfaitement admissible.

« Et ce qu’on admet pour l’homme, on peut l’admettre pour les êtres collectifs : nations, planètes, astres, etc.

« Aussi, comme je vous l ai expliqué, mes conceptions n’étaient jamais en désaccord sur ce point avec la doctrine catholique. Seule, ma pratique, se rattachant à l’occultisme, était entachée d’hétérodoxie. J’attribue à cette hétérodoxie la différence que j’ai constatée entre la puissance des saints et celle des anges. Mais j’avais reconnu cependant une puissance réelle dans ces derniers. Vous pensez bien que si je n’avais eu absolument aucun résultat, je n’aurais pas continué à les invoquer pendant des années. Je pense donc que les anges existent, mais qu’il faut les invoquer selon le rite catholique, afin d’éviter l’immixtion de mauvais Esprits — angéliques ou humains.

« II. Contrition parfaite et contrition imparfaite. — Vous savez mieux que moi que la contrition

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parfaite, le repentir d’avoir offensé la perfection de Dieu et l’horreur du péché est la seule qui, d’après l'Eglise, puisse suffire à obtenir le pardon sans la confession. Mais si une âme faible, peu capable de sentir la perfection de Dieu, mais redoutant sa justice, fait l’effort d’aller se confesser et a la volonté de se soumettre à Dieu, en s’humiliant par un aveu, alors la contrition imparfaite, unie à l’absolution, peut obtenir le pardon. Il y a tant de mauvais instincts dans beaucoup de natures humaines qne cette crainte de Dieu, mêlée à la bonne volonté, est déjà pour elles un véritable effort pour s'arracher au mal. Il est donc juste et humain de le reconnaître.

« III. Chute d’Adam et d’Ève. — Au point de vue scientifique rigoureux , il est impossible, actuellement, d’atteindre la question des origines.

« Comme on dit familièrement : nous n’y étions pas. Mais le fait absolument et quotidiennement visible, c’est la mauvaise nature et le mauvais instinct qui dominent dans un grand nombre d ames humaines, et cela dès la naissance — et qui existent même dans les âmes où ils ne dominent pas, puisqu’il faut toujours une lutte contre soi-même pour pratiquer la vertu.

« Le péché originel comme Jait , est donc absolument incontestable.

« Il est évident que la race humaine, et pas seulement tel ou tel homme en particulier, porte les traces d’une altération profonde. Le dogme tnaintenu par l’Église d’un péché originel et d’une chute des prin-

cipeshumains, de l'homme etde lafemme types, estdonc une vérité très importante, si important eque les révolutionnaires qui la méconnaissent supposent que 1 homme est naturellement bon et aboutissent ainsi aux folies de la Terreur de 93 et de l’anarchie contemporaine.

« Lorsqu'on déchaîne l'instinct humain , la vente du péché originel se montre très clairement.

« Maintenant, quelle a été la nature exacte du premier couple et de son péché ?

« Saint Jérôme et saint Augustin disent que les premiers chapitres de la Genèse sont des allégories en même temps que des récits réels.

« Il appartiendra à la science de l’avenir et surtout à la science psychique d’approfondir ce problème, mais l’Église, dont la mission est de conserver les traditions nécessaires au salut et non de proposer des explications scientifiques, doit se borner à maintenir, sous sa forme symbolique, la vérité du péché originel, précisément pour qu elle ne disparaisse pas. Car les vérités qui déplaisent à l’orgueil humain et qui ne sont pas du domaine de la science rigoureuse et positive, disparaîtraient vite de l’esprit humain, chassées par les hypothèses de la philosophie, si une tradition inflexible ne les maintenait pas.

« IV. Réincarnation. — Je vois que nous sommes d’accord sur le point essentiel, à savoir, qu'il est préjérable de ne pas revenir et par conséquent de vivre selon la doctrine catholique et comme si cette vie était la seule et la dernière.

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« Mais, d’autre part, il est fort possible que la justice de Dieu ait d’autres moyens de se satisfaire que de nous faire renaître sur la Terre.

« Quant à l’explication des inégalités de naissance, elles peuvent s’expliquer par autre chose que par une existence terrestre antérieure, soit préexistence de l’âme dans un milieu fluidique (La préexistence n’a été condamnée qu’à certains points de vue spéciaux par les conciles, mais non en elle-même. J’ai eu là-dessus l’opinion d’un théologien catholique, prêtre fort distingué), soit pour obtenir dans l’autre monde une variété plus grande, les inégalités devant se compenser par la solidarité et la différence de points de départ, créant une variété de mérites, de tempéraments qui, sans détruire l’égalité de perfectionnement en Dieu, donnerait aux âmes des marques particulières.

« V. L’éternité de l’Enfer. — Dans une revue catholique, j'ai vu que certains apologistes catholiques n’admettaient pas l'éternité rigoureuse des peines de l'Enfer. Je dois à la vérité de dire que la revue n’approuvait point ces apologistes, mais enfin, ils existent et la revue les désigne, elle-même, comme catholiques. Un théologien très distingué m’a dit également que, d’après son opinion, l’éternité rigoureuse des peines de l’Enfer ne lui semblait pas admissible.

« Cependant nous sommes d’accord que l’Enfer et l’éternité de l’Enfer étaient, à un certain point de vue, de grandes vérités.

« Dieu étant la perfection absolue, est incompatible

SOCVEN IMS ET PUOBI.KMKS SPIRITES

avec le plus léger mal. Dieu ne peut pas transiger avec le mal. 11 faut donc, ou devenir bon, ou se séparer de Dieu, et si l’on s’obstine à rester dans le mal, on se séparera de Dieu complètement — et si 1 on s’obstine toujours, on se séparera toujours.

« Mais dans l’autre vie où l’on connaîtra Dieu, être séparé de sa perfection sera la plus cruelle souffrance.

« Celui qui s’obstinerait donc dans le mal éternel, s’obstinerait dans la séparation éternelle et dans la souffrance éternelle.

« Ce que je vous dis là n’a rien de mystérieux ; c’est la raison toute pure. Du moment qu on admet que Dieu ne peut, ni faire, ni aimer le mal et que l’àme est libre de faire et aimer le bien ou le mal, il en résulte la séparation possible d’avec Dieu de l’àme qui veut toujours faire et toujours aimer le mal. Telle est la loi .

« Maintenant, en fait, je crois qu’il faudrait être une àme absolument folle pour s’obstiner dans le mal, en voyant qu’il vous conduit à la souffrance éternelle et que le bien est, en même temps, l’éternelle perfection et le bonheur éternel.

« Vous me répondrez à cela que les hommes agissent dans l’ignorance et qu’ils ne voient pas clairement les conséquences du mal et du bien.

« Mais je vous répondrai, à mon tour, que Suarez, un théologien célèbre et nullement moderne, admet, qu’avant sa séparation totale du corps, lame reçoit une illumination de Dieu qui lui montre, avec une

entière clarté, Dieu lui-mème, le Bien, le Mal, les conséquences de l’un et de l’autre, de sorte que Pâme fait son choix en parfaite connaissance de cause.

« Dans ces conditions , la. damnation rigoureuse ne me paraît pas facilement réalisable .

« Du reste, dans l’Église contemporaine, Pidée que le nombre des sauvés Pemporte infiniment sur celui des perdus est déjà admise.

« Et même, certains théologiens, entre autres un homme que j’aimais beaucoup et qui est allé mourir dans les colonies où il voulait se dévouer au salut des soldats malades, porta la chose si loin, qu’on peut dire qu’il faudrait bien peu pour qu’ils admissent le salut universel.

« Seulement, je vous le répète, il .y a dans ce dogme de l’Enfer éternel une vérité profonde et sublime : l’intransigeance absolue de Dieu dont la perfection ne peut souffrir la moindre relation intime avec le mal, l’éternelle impossibilité pour Dieu d’ètre, à aucun degré, le complice du mal et, par conséquent, de revoir dans sa gloire Pâme qui aime le mal.

« Vous savez que le Christ a dit : « La lettre tue et « l’esprit vivifie. »

« Il faut donc, à la fois, respecter les dogmes et tâcher de les comprendre. Les philosophes, poètes comme Hugo et d’autres qui ont attaqué le dogme de l’Enfer, ont presque toujours montré, soit dans leurs idées, soit dans leur vie, une sorte de relâchement qui prouve bien qu’il y a, dans ce dogme, une secrète vérité !

« Il en est presque toujours ainsi. Je crois que si l’esprit humain demandait à Dieu une révélation plus claire de la vérité, mais dans une intention d’humilité et de désintéressement véritable, en ne cherchant, pas secrètement à rendre la religion plus commode , la vérité divine, moins haute et moins vraie, plus humaine et moins divine, je crois que Dieu illuminerait alors l’Eglise et l’Humanité ensemble, rendrait l'enseignement de l’Église plus généreux et l’Humanité^ plus intelligente des hauts mystères.

« Mais tant que l’Humanité cherchera, au fond , dans sa révolte, à rendre l’idéal chrétien plus facile, moins pur, moins absolu, tant que l’Humanité n’acceptera pas la sainteté et la divinité de Dieu avec toutes ses conséquences, la vérité intellectuelle, malgré les beautés apparentes, ne créera, au fond, qu’un abaissement d’idéal — et Dieu l’abandonnera et la laissera toute brisée aux pieds du dogme obscur, mais qui a, du moins, le mérite de conserver l’idéal entier, de créer encore çà et là des saints et des héros chrétiens, comme le curé d’Ars et bien d’autres, ce que la révolte intellectuelle ne fait point, car, jusqu’à nouvel ordre, les curé d’Ars, les François d’Assise, les sainte Claire, les Vincent de Paul, les François Xavier, etc., du spiritisme et de l’occultisme sont encore à naître.

« Excusez ma franchise, mais je sens si profondément que le salut est dans l’Eglise, comprise dans son âme de sainteté, acceptée dans toute la rigueur sublime de l’idéal chrétien, pureté, sacrifice et foi, et

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