RÉPONSE
Paris, 5 février 1896.
« Monsieur,
« Merci de votre bonne intention à mon égard. Cependant, je dois vous avouer que vos objections m’ont un peu étonnée.
« Vous doutez de l’identité du curéd’Ars, parce que vous avez éprouvé une impression ! 11 n’v a pas d’argument contre les impressions !
« Les miennes me convainquent et les vôtres vous font douter ! Qui a raison ?
« J’ai lieu de croire que c’est moi (pardon de ma franchise), puisque je ressens l’effet bienfaisant des magnétisations de l’Esprit, autant sur mon corps que sur mon âm e,touf mon état général s'étant sensiblement amélioré .
« Prétendre que ce n’est pas le curéd’Ars qui m’écoute quand je l’appelle, c’est prouver qu’il est inutile d’invoquer les saints, comme l’Eglise le recommande, notre prière n’arrivant pas fatalement à celui à qui nous l'adressons, mais est interceptée parle premier Esprit venu (quand toutefois ce n’est pas un mauvais Esprit) qui e 7 i fait ce qu il vêtit. Ne semble-t-il pas que vous
renversiez par votre doute l’enseignement de l’Église, au moment même oit j’acquiers la certitude qu’elle a raison de préconiser l’invocation des saints?
« Ce qui fait votre opinion, c’est le doute que vous inspirent les enseignements de l’Esprit instructeur.
« Si je vous suivais, je douterais, à mon tour, de la bonté de Dieu et, par conséquent, de Dieu même. Car, qui pourrait justifier la conduite de l’Etre suprême si, pendant que je lui demande instamment la vérité ou, du moins, un rayon, il me plongeait dans les pires ténèbres, en me livrant à un Esprit du mal ?
« En effet, comment expliquer les influx bienfaisants que je ressens, après l’invocation du curé d'Ars, si c’est un Esprit trompeur qui répond à mon appel ?
« Ne vous souvenez-vous pas des paroles du Christ ayant été accusé de chasser les démons, au moyen du « Belzébuth», ces paroles qui sont: « Un royaume qui « est contre lui-même », etc. ?
« Mais j’ai d’autres arguments à vous opposer par la continuation et la variété des faits extraordinaires dont je suis témoin.
« Voici ce qui s’est passé la semaine dernière :
« En arrivant chez ma sœur, comme vous savez, souffrante d’un cancer, j’ai trouvé la malheureuse étendue sur son lit, la face gonflée, les yeux contractés, par suite de maux de tête, violents à l’excès, j ’eus un grand chagrin, car je sais combien elle souffre déjà de ses douleurs habituelles dans la poitrine. C’est alors que j’eus une idée.
« Je m'assis sur son lit et, sans la prévenir de ce que j'allais faire, je lui imposai mes deux mains sur la figure. Dans cette position, j invoquai le curé d’Ars de toutes mes forces. Au bout d’environ cinq à dix minutes, je sentis un si puissant jet de fluides, que je fus courbée sur ma pauvre malade qui, elle, me dit à son tour :
« Quelle singulière, mais exquise chaleur, je ressens subitement à travers tout mon corps! Ah! comme je me sens mieux! Mes douleurs sont parties, ma tête est dégagée.
« Je lui dis alors que j’avais invoqué le curé d’Ars. Elle en eut une grande joie et se sentit si bien, relativement, qu’elle put se lever et causer tout le reste de l'après-midi.
« Et cette preuve de l’efficacité de ma prière, adressée au curé d’Ars, ne vient-elle pas corroborer celle que je vous ai donnée récemment ?
a Vouloir nier quand même, en tant que catholique, n’est-ce pas prouver qu’un autre Esprit, et meilleur que le curé d’Ars, fait ce que « lui » ne fait pas, tandis que c’est à lui que je m’adresse ?
« Mais par ce raisonnement, ne tournons-nous dans un maquis complet d’hypothèses qui se contredisent elles-mêmes ?
« D’ailleurs, monsieur, quelle différence y a-t-il entre invoquer celle que vous appelez « la sainte « Vierge » et le curé d’Ars ? Et quand vous êtes exaucé, qu’est-ce qui vous prouve que c'est plutôt par elle que par un autre Esprit ?
« Far cette analogie, il me semble résulter que le doute, dans mon cas , éloigne des enseignements de votre Eglise, au lieu de nous en rapprocher.
« Vous-même seriez convaincu de l’action bienfaissante du curé d’Ars, si je ne vous avais pas transmis les instructions médianimiques de cet Esprit. Ce qui vous a choqué, c’est qu'un curé d’Ars ait pu me dire « qu’il était inutile que j’aille à confesse ».
« Mais qu’y a-t-il détonnant que cet Esprit ait des idées plus larges dans les sphères élevées qu’il a atteintes ?
« Ne dites-vous pas vous même que la contrition parfaite peut remplacer la confession ?
« Eh bien, il me semble, ou plutôt, je suis convaincue que la confession sans la contrition parfaite n’est qu’une cérémonie sans valeur , un trompe-l’œil psychique qui crée les âmes hypocrites, dans la plupart des cas.
« Alors comment un Esprit, parvenu à un degré supérieur de vérité, pourrait-il confondre la forme avec le fond et recommander un rite dont il sait pertinemment qu’il est inefficace ?
« L'Église catholique est peut-être un puissant levier pour certaines âmes, soit naïves, soit assez évoluées, pour trouver le fond réel au milieu de multiples formes nuisibles, ou grotesques, mais en tous cas elle n'est pas indispensable au salut , comme elle le prétend .
«De telles intransigeances mènent au matérialisme
par l'affranchissement de la pensée opprimée et torturée.
<c II ne faut donc pas l’enseigner et l’on ne saurait s’étonner qu’un esprit de bonté, comme doit l’être le curé d’Ars, ne professe pas de ces erreurs néfastes à plus d‘un point de vue.
« Toutes les intentions pures mènent à Dieu, par ou sans l’Eglise catholique ; on ne peut donc pas dire qu’il y a des voies plus commodes les unes que les autres.
« D'ailleurs, les voies de l’Eglise sont extrêmement commodes , beaucoup trop commodes, pour l’état actuel de l’évolution humaine.
« C’est pourquoi nous voyons certaines âmes indolentes, surtout chez les privilégiés de la société, se servir des rites et formules catholiques, pour s'assurer leur salut (sic) ) en omettant ce qui est seul indispensable : les œuvres et surtout les sentiments de charité .
« Mais ici, je m’arrête. Comme je n’ai pas la prétention de vous faire changer d’opinion ou de croyance, mais seulement de justifier les miennes, je crois avoir assez prouvé.
« Ci-inclus, vous trouverez, monsieur, un extrait de la communication du curé d’Ars. Je n’ai obtenu celle-ci qu'après plusieurs jours d'attente et de prières.
* En effet, en dehors des soins magnétiques, je n’obtiens que de temps en temps la faveur d’un entretien avec le curé d'Ars. Je ne vous cacherai pas que j’ap-
SOUVENUE ET PROIILÈMES SIMHITES
préhendais un peu de demander à l’Esprit le serment que vous m’avez proposé. N était-ce pas comme une injure que je voulais faire à mon bienfaiteur
« Mon excuse a été de vous nommer, et c est ce que j’ai fait.
« En copiant la communication obtenue, j’ai sauté tous les passages qui n’ont pas trait au sujet en question. Nous n’aurez donc que les réponses à nos divergences d’opinions.
« Il y aura des choses qui vous choqueront, mais si vous voulez juger par vous-mème, sans vous arrêter aux connaissances de l’Église qui n'englobe pas la vérité tout entière, quoi qu’elle en dise, vous verrez et comprendrez que ces enseignements ont beaucoup de logique pour eux, s’ils ne peuvent être prouvés comme absolument vrais. En effet, tous les spirites avancés savent que les Esprits ,même les bons , peuvent, à un certain point de vue, se tromper, tout comme les humains les plus sincères et les plus intelligents. Il m’a même semblé que souvent les Esprits ne parlent que par déduction. Il n'y a de vérïié absolue qu'en Dieu . Les Esprits perçoivent et ne transmettent que de petites lueurs de vérité, en rapport avec leurs propres facultés acquises et avec celles auxquelles ils s’adressent.
« Pour cette raison, et en dehors de cette raison, ne vous scandalisez donc pas des paroles de l’Esprit se rapportant à la pluralité des enfants de Marie (i).
(1) Voir un des entretiens précédents.
« Ce fait n’est-il pas écrit en toutes lettres dans l'Évangile ?
« Et n est-ce pas absurde de prendre la virginité de Marie à la lettre dans un sens matériel , à la façon des Pères de l’Église? Quoi de plus ennoblissant pour la jemme que la maternité !
« Avant de terminer, je tiens encore à vous faire remarquer, qu'au fond , votre conception sur l'Eternité de l'Enfer correspond à l’enseignement des Esprits, bien plutôt qu’à celui de l’Église catholique ; je dirai meme que vos idées généreuses ne sont nullement orthodoxes.
« Vous dites : « La perfection divine est incompa- « tible avec le mal le plus léger ; qui s’y perpétue « s’éloigne éternellement de Dieu et se plonge dans la « douleur. » Mais cette conception n’exclut pas la faculté de lame d’aspirer vers le bien, encore après cette vie terrestre et. . . y arriver à la longue, ce que PEglise n’admet pas officiellement , par un effet de coupable erreur. Car ce que certains prêtres zélés et éclairés enseignent ne doit pas compter, pas plus que ce que je dis, moi, qui ai aussi professé la foi catholique dans le temps. D’ailleurs, ces hommes que j’admire pour leur franchise et loyauté courent grand risque d'être interdits ; nous en avons de nombreux et regrettables exemples.
« J’espère, monsieur, que vous serez indulgent en face de ma franchise et que vous croirez à mes sentiments, etc. »
SOUVENIRS ET PRORLlvMES SPIRITES
Nouveau fragment d’un entretien avec le curé d’Ars
Moi. —Je ne me permettrais pas de douter de votre identité après les preuves matérielles de votre bienveillance que vous me prodiguez sans cesse, mais d'autres doutent et c’est pourquoi jose vous demander de jurer, au nom dît Verbe jait chair , que vous êtes bien le curé d’Ars. C'est à ce serment qu on attache une grande importance.
Lui. — Je puis vous le jurer, au notn du Verbe fait chair ; cependant, ma chère fille, je ne voudrais pas que, parce serment, vous comprissiez que Dieu, ce grand Esprit, s’est fait chair, mais seulement que Dieu, le Tout-Puissant, pour faire parvenir ses lois et faire avancer les âmes, a chargé un Messie d aller porter sa parole à l’humanité.
Moi. — M. *** dit que la meilleure voie pour arriver à la perfection est, sans contredit, la voie catholique, puisque, dans aucune autre religion, il n y a de saints et surtout pas parmi les spirites, les occultistes, etc.
Lui. — On peut être saint dans toutes les religions ; la sainteté ne dépend pas des croyances. Je crois vous l’avoir déjà dit. Rien n’empêche les spirites et occultistes d’être des saints. Ils ne seront pas reconnus par lÉglise, qui ne canonise que ceux qui se soumettent à ses enseignements. Je veux dire que 1 Eglise catholique possède un saint-siège où 1 on s occupe de rechercher les belles actions et les vertus de ceux qui
ont passé sur la Terre et y ont vécu dans la / eligion catholique , mais elle ignore et ignorera toujours les autres. Coligny est un saint; il est même très élevé. Jeanne d’Arc, qui a été condamnée par l’Église, est une grande sainte. Je pourrais vous nommer beaucoup de saints, mais ces noms ne vous diraient rien. L’Église orthodoxe russe a beaucoup de saints; et que de saints missionnaires évangéliques! Que de femmes obscures, mais dévouées jusqu’à l’héroïsme, sont des saintes, inconnues de l’Église!
Moi. — M. *** dit que les saints du catholicisme l’ont exaucé dans sa prière et dans ce fait il voit une preuve en leur faveur.
Lui. — S’il avait prié les saints comme des Esprits élevés, il eut été exaucé de même. Les bons Esprits protègent ceux qui les invoquent, mais malgré leur bonne volonté, ils ne peuvent pas toujours porter secours, encore bien moins changer les destinées.
« Madame,
7 février 1896.
« Je vous remercie de votre lettre et je vous assure que je suis ému de la loyauté avec laquelle vous avez posé à l’Esprit, que vous croyez être celui du curé d’Ars, la question que j’avais pensé de mon devoir de
vous suggérer. Je ne voudrais pas de nouveau blesser vos convictions. Je sens que la vérité n’est pas pour vous une affaire de mots et de cervelle seulement, mais que vous la cherchez de tout votre cœur et de toute
SOUVENIRS ET PHOHLÈMES SMIUTKS
votre âme. C’est pourquoi vous donnez votre cœur et votre âme à ce que bien sincèrement vous croyez la vérité. Toucher à cela, c’est toucher votre cœur et votre âme; vous avez eu la délicatesse de n'en rien dire dans votre réponse, mais je l’ai senti et me voila assez cruellement embarrassé.
« Si je vous dis ce qui me reste sur le cœur, je froisserai peut-être ce qu’il y a de plus délicat dans votre âme. Si je me tais, je serai certainement déloyal. Car, laisser votre lettre sans réponse sur cette question spéciale du curé d’Ars, ce sera vous laisser croire que je pense maintenant comme vous sur l’identité de l’Esprit. Hélas! il n’en est rien.
« |e vous supplie donc de ne voir dans ce que je vais vous dire rien d'intolérant ou de blessant, mais un suprême devoir de loyauté envers tous. Cela dit, je ne vous parlerai plus de cette question.
« Eh bien, si vous, dans votre question à l’Esprit, avez été d’une loyauté parfaite, je trouve que l’Esprit, lui (pardonnez-moi si je froisse vos convictions), s’est dérobé à l’épreuve. Il dit : « Je suis prêt à jurer au nom du Verbe fait chair. » Mais il se garde bien de « jurer au nom du Verbe fait chair » qu’il est bien réellement Tâme du curé d'Ars. De sorte que je ne suis pas convaincu.
« La difficulté qu'il soulève sur l'interprétation du Verbe fait chair me semble un moyen d’éviter le serment. Vous me direz à cela qu’il tient à ne pas donner à cette expression un sens qui, d’après lui, est inexact.
Mais il y a un moyen bien simple de rassurer sur ce point ses scrupules et cependant de faire le serment et de ne point l’éviter ; ce moyen était de dire : « Je jure, au nom du Verbe fait chair, tel que Dieu le connaît, que je suis bien réellement l’âme du curé d’Ars. » Dieu connaît certainement la vérité quelle qu’elle soit ; il connaît donc, en particulier, la vérité vraie sur l’Incarnation. Dire: Le Verbe fait chair tel que Dieu le connaît, c’est donc acquiescer à la vérité quelle qu'elle soit. Il n’y a donc plus aucun prétexte philosophique pour éviter le serment et je ne crois pas qu’un Esprit qui ne serait pas le curé d’Ars, oserait prononcer la formule, même ainsi arrangée, car Dieu , je le crois fermement , ne permettrait pas que P on abusât , en son nom y de la parole sacrée et divine au nom du Verbe fait chair .
« J’ai dû vous écrire cela pour ne pas mentir et vous laisser croire que la communication m’avait convaincu de 1 identité de l’Esprit. Mais, je vous répète, qu’en ce qui vous concerne, vous avez agi avec une loyauté admirable, émouvante, étant données vos convictions, et j’en suis bien touché.
« Au reste, je suis convaincu, autant que vous, que toutes les intentions pures mènent à Dieu. C’est la doctrine de l’Eglise. Les païens, les hérétiques de bonne foi sont sauvés. A plus forte raison, des spiritualistes, tels que vous. Tant qu’on n’a pas de doutes sur ses convictions, tant que l’on croit avoir raison contre l’Eglise, on est sauvé, si, d’autre part, on vit
selon la morale. Tout cela est simple et clair. Il faut seulement faire attention, lorsqu'on commence à avoir des doutes, lorsqu’on se demande: Ai-je vraiment raison? Car, alors on a le devoir de s informer, d examiner, de ne pas se décider, sans bien regarder dans son âme, afin de ne pas repousser la grâce par attachement à des idées que 1 on n est plus absolument certain de croire absolument véritables.
« C'est encore une question de bonne foi intérieure vis-à-vis de soi-même et vis-à-vis de Dieu. Mais vous savez tout cela, car c est à la fois renseignement de la raison et de la conscience et aussi de l'Eglise.
« Maintenant, que vous dirais-je: \ ous n avez pas la prétention, m’écrivez-vous, de changer mes convictions. Je vous assure que moi non plus je n ai pas cette prétention. Ces changements ne peuvent s opérer que par Dieu. Ea vérité religieuse est un don de Dieu à la conscience. Il y a là un mystère sacré et nos pauvres paroles humaines n’y peuvent pas grand chose.
« J’ai lu avec intérêt la communication que vous avez bien voulu m’envoyer. Je ne vous fatiguerai pas à vous répondre en détail, car je ne veux pas abuser de votre patience. Je ne le ferai que si vous m y autorisez. Je ne vous répondrai donc que très peu de mots sur deux ou trois points essentiels. Je crois parfaitement qu’il peut y avoir des pasteurs missionnaires très élevés dans le ciel. C’est toujours le principe de 1 âme de l'Église, du salut par la bonne foi et la vertu. Cependant, il est certain que le protestantisme n ex-
l'MOHI.KMES SPIRITES
horte pas comme le catholicisme aux efforts de spiritualité et de mystique absolus et surhumains.
« Les grands saints catholiques, tels que ceux que je vous ai cités, ne semblent pas avoir leur équivalent dans le protestantisme.
« Virginité de Marie . — Ceux qui interprètent par Jrères dans le sens positif le mot hébreu à double sens (frère ou cousin) employé dans l’Evangile, reconnaissent du moins que (ésus est le premier-né de Marie. Il est facile de le voir en lisant l’Evangile. Je suis donc absolument étonné de voir le curé d'Ars dans sa communication dire: « Ayant eu plusieurs enfants, l’ange Gabriel est venu, accompagné du Christ, la voir avant l’Incarnation, afin qu elle sut que cet enfant à qui elle allait donner le jour était le Messie. » Ce passage de la communication affirme, par conséquent, la naissance des Jrères de Jésus avant Jésus .
« Or, même si l’on n’admet pas la virginité de Marie, il faut toujours admettre que Jésus est le premier-né, lisez l’Evangile. C'est là une erreur de fait qui, en dehors de toute interprétation théologique, m'étonne de la part du curé d'Ars.
« Pour moi, j'admets la virginité de Marie ; l'enfantement sans le concours du mâle existe chez certaines espèces d’animaux. 11 est donc possible au point de vue naturel et scientifique. Je ne vois pas pourquoi Dieu n’aurait pas accordé à une femme, spécialement digne et pure, une faveur que sa loi accorde à de simples insectes (et peut être ce fait naturel existe-t-il
SOL’VENIltS ET PHOItEEMES SIMUITES
justement pour nous rendre plus compréhensible 1 enfantement virginal ; car la nature est un miroir brisé, où se lisent, en fragments dispersés, les secrets de Dieu).
« [e crois, comme vous, que la maternité est un ennoblissement pour la femme. Mais en quoi la virginité a-t-elle pu diminuer la noblesse de la maternité :
« Origine du mal . — Mais ce qui m a le plus surpris dans sa communication et ne semble pas venir d un bon Esprit, c’est la réponse: « Le mal est comme
Dieu, éternel; il a toujours existé et il n a pas été
créé. »
a C’est mettre le mal sur le même pied que Dieu, en lui donnant ses attributs divins, l'éternité et l'existence par soi-même ! C’est la déification du mal. C est la doctrine du manichéisme extrêmement dangereuse et fausse.
« Vous savez que, d’après la doctrine catholique, Dieu seul est réellement éternel. Le mal a commencé ; Dieu ne l’a pas créé, car Dieu ne peut faire le mal. Dieu a créé la liberté, ce bien des biens. Mais l’abus de la liberté, la faute de la liberté a créé le mal. Cette doctrine est la seule qui explique le mal sans porter atteinte ni à la bonté de Dieu, ni à sa divinité et à sa puissance. Dire que le mal vient de Dieu directement serait nier la bonté de Dieu. Mais dire que le mal n a pas été créé par la liberté coupable, dire qu’il a toujours existé, qu’il est éternel comme Dieu, c’est nier la puissance et la divinité de Dieu, car c’est mettre en
face de lui un mal sur lequel il ne peut rien, un mal divin, éternel, incréé, un mal Dieu.
« Je vous avoue que cette réponse, très inattendue, a encore augmenté ma défiance, car une insinuation qui, par deux attributs essentiels: existence par soimême et éternité, place le mal sur la même ligne que Dieu, ne me semble pas venir d’un Esprit qui serait l'adversaire du mal.
« Je me laisse entraîner par la logique et je vous blesse peut-être encore, moi qui aurais voulu ne pas le faire. Mais si je ne m'intéressais ni à la vérité, ni à vous, je vous aurais répondu quelques phrases banales sur notre mutuelle sincérité et sur notre mutuelle sympathie, et il me semble que cela n’aurait pas été digne, ni de la vérité, ni de vous, ni de moi. Au reste, vous cherchez la vérité de bonne foi. En ce qui vous concerne, vous faites tout ce que vous pouvez. Il est impossible que Dieu vous abandonne. Je le crois très bon. Ce qu’il importe, c’est de nous confier en lui ; dire intérieurement et en toute franchise et humilité : « Mon Dieu, j’accepte la vérité telle que vous la connaissez ; quand je serai près de vous, je la connaîtrai mieux. En attendant, je fais ce que je peux; mais quelles que soient les idées qui me paraissent vraies, c’est en vous que j’ai confiance et pas en moi, car vous pouvez me montrer la vérité, puisque vous êtes la vérité ; mais moi, je ne puis rien changer à la vérité, qui est en vous ; ce n’est pas moi qui l’ai faite, ce n’est pas moi qui peux la faire. Elle est éternellement.
SOUVENIRS ET RRORI.KMES SPIRITES
Montrez-la-moi quand vous voudrez! Je tâche moimême de me maintenir dans ces dispositions, car c’est ainsi seulement qu’on peut avoir la paix de 1 âme ; chercher sans orgueil, douter sans désespoir, se tromper sans mauvaise intention et trouver enfin par le cœur. »
« J’ai lu votre communication de Renan dans V ***. l’aurais quelques observations et critiques à vous présenter. Mais je ne veux ni être indiscret, ni abuser de votre patience. Je ne vous présenterai donc ces observations que si vous me les demandez.
« Quant au soulagement de votre sœur par l’influence fluidique, il pourrait très bien s’expliquer, même si l’Esprit qui s’adresse à vous, n’était pas le curé d’Ars. Car Dieu est d'une impartialité complète et s’il permet, peut-être, que vous tombiez dans l’erreur en faisant des explorations dans l’invisible, ce qui est le risque de tout savant et de tout explorateur, il ne permet pas que le mal vous prenne quand c’est le bien que vous demandez. C’est donc à la grâce de Dieu, par l’intermédiaire d’un ange ou d’uneâme sainte ou peut-être même par l’influence lointaine du vrai curé d’Ars que j’attribue les bons effets que vous ressentez et que vous constatez. Si un Esprit trompeur s’est glissé là-dedans, il ne s’est pas découvert franchement à vous, sachant que vous êtes bonne et pure et que vous le repousseriez. Il tire ses plans de loin et tâche de se mêler à la bonne influence, de vous insinuer que le mal est éternel, comme Dieu. Ensuite, il
tâcherait de vous amener à d’autres erreurs sur la nature de Dieu, sur la nature de l’union mystique avec Dieu, et ce n’est que lorsqu'il vous aurait ainsi préparée qu’il commencerait à se découvrir. Mais alors, vous l aurez vite jugé et tout son édifice s’écroulera certainement, car la bonne foi et le bon cœur, c'est invincible! Les mauvais Esprits sont très rusés, mais la simplicité de la bonne foi finit toujours par les confondre; d'ailleurs, ils ne peuvent pas savoir ce qui se passe au fond de notre âme, mais seulement ce qui se passe dans notre imagination et dans nos passions.
« Dieu soit avec vous et croyez, madame, à tous mes sentiments dévoués et chrétiens en lui, et à ma profonde estime pour votre loyauté spirituelle. »