‹ Souvenirs et problèmes spiritesChapitre 9 sur 18 · CINQUIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ENTRETIEN

Mot. — Voulez-vous me donner quelques pensées sur Dieu ?

Le CURÉ d’Ars. — Oh ! Dieu, il est si grand qu’on ne peut le saisir. Quand on s’élance vers lui, il nous plonge dans l’extase de ses perfections et de sa bonté admirable.

Moi. — Comment se représenter Dieu comme créateur? L’Univers a-t-il pu avoir un commencement? Dieu ayant la force créatrice, inhérente à sa nature, a-t-il pu rester dans l’inaction pendant cette éternité qni se serait écoulée avant le Fiat lux ?

Le curé d’Ars. — Non. Dieu est un créateur éternel.

(1) Je pense que cet éloge est pris dans un sens général, c’est pourquoi je le reproduis.

Moi. — Dans votre monde, concevez-vous un Dieu personnel, comme l’Eglise l’enseigne sur Terre ?

Le CURÉ d’Ars. — Non. Dieu n’existe ni en une , ni en trois personnes. L’essence divine pénètre l’Univers entier. Il est dans chacun des Messies. Il est si grand que ce n’est pas avec les yeux qu’on peut jamais arriver à le voir, mais à mesure qu’on avance vers lui, on le perçoit par l’âme qui finit par le sentir dans chaque parcelle d’elle.

Moi. — Alors, qu’entendait le Christ en appelant Dieu son Père ?

Le curé d'Ars. — Dieu est le Père de tous les humains; seulement, le Christ était une parcelle divine plus développée que les autres Esprits qui viennent sur Terre.

Moi. — Dieu étant notre Père, un Père de bonté infinie, comment peut-il permettre qu’on enseigne la damnation éternelle de ceux qui ont erré sur Terre?

Le curé d Ars. — Les erreurs n’ont qu’un temps. Dieu est trop grand pour intervenir directement. Il a fait la loi de l’évolution et tout progrès vient à heure fixe. En attendant, personne n’est damné ; seulement, ceux qui croient aux doctrines catholiques se croient quelquefois damnés et comme on leur a dit que le repentir était interdit aux damnés, ils augmentent leur temps d’épreuve par le désespoir.

Moi. — En effet, j’ai eu des rapports avec des Esprits qui m’ont soutenu qu'ils étaient damnés et qui, du reste, se plaignaient de leurs souffrances. Mais

pourquoi, s’ils sont dans l’erreur, ne les éclairez-vous pas ; pourquoi n’allez-vous pas à leur secours ?

LE CURÉ d’Ars. — Nous le faisons, croyez-le bien. De votre côté, il faut toujours prier pour les morts.

Moi. — La société a-t-elle raison de maintenir la peine de mort ?

Le CURÉ d’Ars. — Elle a tort. Une société chrétienne ne saurait qu’abolir la peine de mort. Tout ce qui s’éloigne de la doctrine de Jésus-Christ est mauvais. Or, notre cher Maître n’a jamais condamné personne à mort. Toute sa vie était un exemple de charité, tout son enseignement la divulgation du principe de charité.

MOI. — Cependant, à moins que ce ne soit une interpolation, l’Évangile contient ce texte : « Qui se sera servi de l’épée, périra par l’épée. »

Le CURÉ I)’ArS. — Cette parole que vous me citez est mal interprétée. Jésus, en sa qualité de médium puissant, de médium divin, savait bien des choses ; il voulait donc dire que c'était une conséquence du crime, d’ètre soi-mème, dans une autre et prochaine existence, victime d’un crime. On supprimera donc la peine de mort , dans une humanité plus avancée ; c’est forcé, parce que c'est inique de s'arroger un droit qui n appartient qu'à Dieu .

Moi. — Beaucoup d’humains, de diverses religions, croient que les âmes sont jugées par Dieu lui-mème, en sortant de la vie ?

Le curé d’Ars. — Non. Je vous le répète : Dieu a

fait des lois immuables et ce sont ces lois qui régissent tout. Chacun est son propre juge.

Moi. — Cependant, vous avez dit que les Esprits élevés aussi bien que les prières des humains peuvent secourir les âmes souffrantes, après leur désincarnation?

Le CURÉ d’Ars. — Oui. Mais c’est toujours lame elle-même qui prépare ce secours.

MOI. — Dans une de vos communications, vous m’avez dit que vous n’agissez qu’avec le secours de sainte Philomène, votre âme sœur ; dans une autre, vous m’avez dit que sainte Philomène est beaucoup plus haut que vous. Comment faut-il comprendre ces deux affirmations qui semblent inconciliables?

Le CURÉ d’Ars. — En effet, je n’agis jamais seul. Sainte Philomène m’aide toujours à porter mon secours. Elle m’entoure dans ce sens que, nos âmes étant sœurs, sont en constante communication, mais elle est beaucoup plus haut que moi. Ma pauvre chère fille, vous ne pouvez tout comprendre, et quelque clairs que puissent être nos enseignements, ils ne peuvent ôter le voile que la mort seule déchire .

Moi. -— Aurais-je le droit d’apprendre, du moins, si l’on gagne ou siYon perd par la mort ? Je veux dire, si l’on diminue sa personnalité par la séparation de son enveloppe matérielle ? Puisque la matière influence nos actes dans cette vie, il semblerait qu’on amoindrit tout au moins les forces motrices agissantes en nous ?

Le curé d’Ars. — Non, chère enfant. On gagne toujours par la mort . Le corps étant peu chargé de la

matière, ne souffre pas de ce qui influence, mais la volition étant la même, l’individualité ne diminue pas.

Les degrés de béatitude augmentent précisément en raison directe de la diminution des attaches matérielles que l’àme conserve après la mort.

Dans les couches inférieures, le périsprit étant entouré d’êtres inférieurs, l’être souffre de leur contact, de leur grossièreté ; mais une fois l’âme arrivée dans les couches élevées, la société, si je puis m'exprimer ainsi, est tellement d’élite, que rien ne froisse plus le corps fluidique. Pour me mettre à votre portée, je vous ferai une simple comparaison.

Qu'un homme du peuple, brutal et grossier, vous saisisse la main, c’est une souffrance; cette main est dure, rugueuse, elle a une force telle, qu’une pression semble vous briser la vôtre, en ne vous laissant qu’une douleur ; —si, au contraire, c’est un homme doux et bien élevé qui vous touche, sa pression ressemblera à une caresse et sera agréable à votre épiderme. Or, il en est de même de i’état de nos corps fluidiques. Ils sont dans la souffrance ou dans le bien-être, selon que le milieu où nous sommes attachés est plus ou moins délicat ou avancé.

Moi. — Vous disiez que chacun est son propre juge après la mort, mais comme nous avons tous des tendances à nous absoudre, nous ne nous dicterons jamais des peines à nous-mêmes ; cependant des Esprits se sont communiqués disant qu’ils souffraient de froid

SOrVKNIHS ET IMlOHl.KMES SPIRITES

glacial, d’autres de brûlure, etc. ; quelle est l’explication de ces assertions ?

Le curé d’Ars. — C’est bien simple. Plus le milieu est élevé, plus il est sérieux, pieux et... ennuyeux pour les Esprits qui ne sont pas à cette hauteur morale. Plus le corps est resté attaché à la matière, plus il est lourd et, par conséquent, plus il souffre des misères de la Terre : du froid en hiver et de tous les maux.

Souvent, cependant, ce n’est qu’un effet de leur imagination.

Quelquefois, les mauvaises sociétés qu’ils font, au sortir de la vie, les enchaînent dans les volcans pour les faire souffrir.

Du reste, je vous ai déjà expliqué tout cela, mais vous me comprenez mal.

Je vous ai dit que les âmes qui mourraient véritablement mauvaises chercheraient leurs semblables, au lieu d’avoir une aspiration vers les sphères élevées et de demander l’assistance des bons Esprits. Celles-là se laissent dominer par des mauvais Esprits, ou démons, qui ne désirent que le mal, les entraînent tantôt dans les régions glaciales, tantôt dans les feux souterrains, et les corps lluidiques de ces hsprits étant très matériels, à cause de leur état d àme, ils en souftrent.

Je vous ai ait aussi que les Esprits du mal pouvaient se concentrer dans cette impénitence, sans vouloir prier, sans vou/oir demander la javeur d’une réincarnation , et c’est ce qui a fait les visions de sainte

SOUVENIRS ET PROHU-l-MES SPIRITES

Thérèse et qui a donné lieu de croire à l’enfer éternel, alors que l'enfer n est réellement quttn état dYime qui peut cependant se compliquer de souffrances matérielles, si l’on fait sa société des Esprits mauvais et endurcis ; tandis que ce fameux enfer de l’àme ne devient qu'un purgatoire, si Von prie , si I on cherche les enseignements des Esprits plus heureux et si l'on veut s'élever par la pénitence .

Moi. — Mais c’est affreux de penser que Dieu donne le droit aux mauvais Esprits de faire ainsi souffrir d’autres !

Le curé d’Ars. — Ma chère fille, n’avez-vous pas dans la vie affaire à des gens qui, en dépit de toutes les lois humaines ou religieuses, vous font souffrir, vous volent, vous assassinent." Ces Esprits fi ont pas un rôle vis-à-vis des autres, ils sont morts « mauvais » et ils continuent à l’être après la mort ».

Page 1