‹ Souvenirs et problèmes spiritesChapitre 3 sur 18 · I.3. — Que pensez-vous du libre-arbiire · texte numérisé non relu

I.3. — Que pensez-vous du libre-arbiire

R. — |e dois vous dire que beaucoup d’Espritsle nient. D. — Et vous ?

R.'—- |e crois dans son existence .

I). — En niant le libre-arbitre, on nie la responsabilité, partant la justice. Alors, comment pourrait-il y avoir récompense et punition ?

R. — Il ri y a récompense que parce qu'il y a pro -

gression .

D. — Puis-je vous demander une explication sur les rêves? Je trouve que celles que nous avons sont toutes insuffisantes.

R. —- Il y a plusieurs manières d’expliquer les rêves.

Je ne parlerai pas du cas absolument physique où la digestion est seule en cause. Il y a le rêve incompréhensible, le rêve somnambulique, le rêve médianimique.

Le premier est incompréhensible parce qu’il est du au mélange des souvenirs . L’âme profitant de l’affaissement corporel flotte et confond les images et les souvenirs de plusieurs existences . C'est le rêve le plus fréquent.

Le second est dû aux: facultés somnambuliques ; celui-là, il faut, pour le percevoir, avoir un désagrégeaient assez complet pour suivre l’âme vers le point où elle s’élance, sans être arrêté par les souvenirs ou les préoccupations. Dans ce cas, l’âme de la personne qui rêve se rend à un point déterminé pour voir ce qui s’y passe.

En troisième lieu, le rêve médianimique est le résultat d’une communication entre la personne qui rêve et les Esprits qui, quelquefois, vous font, par permission spéciale, percevoir les événements à venir, tantôt d’une manière directe, tantôt d’une façon symbolique.

D. — Pour terminer cet entretien, je me permettrai de vous demander comment, après plus de deux cents ans, vous vous souvenez de votre rancune contre les Jésuites, vous qui devez être un Esprit si chrétien ?

R. — Aussi, je ri ai pas de rancune ; mais je les ai beaucoup observés et je vois qu’ils ont et auront toujours une manière religieuse que je réprouve.

D. —Mais votre aversion n’est-elle pas un obstacle à votre avancement ?

R. — Il ri y a pas aversion ; mais je déplore de voir la religion en de telles mains.

En terminant ma première série d'entretiens spirites, afin de les soumettre à une critique impartiale, je ne veux manquer de déclarer que, quelle que soit mon opinion personnelle, je ne les donne pas comme fournissant la preuve absolue d'autant cl'identités ; car une telle prétention serait téméraire de ma part. Mon but est, comme je ne cesse de le dire, de prouver la réalité des messages reçus par des personnalités distinctes , réelles quoiqu 'invisibles, et en aucune façon solidaires de la mentalité du médium ou de la mienne.

Leurs discours, quelqu’intelligibles qu’ils soient et surtout quelqu’ adaptables à ce qui nous est connu de leur psychologie personnelle (pendant leur dernière existence terrestre), rencontreront maints sourires sceptiques, d’ailleurs excusables, si l’on considère l’impossibilité d'expliquer pourquoi ces esprits distingués m’auraient fait l’honneur d’une entrevue intellectuelle post mortem. Je ne me flatte point du contraire et reconnais un droit légitime au doute ; cependant je demande — aux sceptiques, bien entendu, — si une si parfaite substitution de mentalité par des intelligences autres que celles des entités indiquées, n’est pas encore

plus difficile à expliquer que leur propre et directe intervention. Et en attendant la réponse à cette question soulevée, je vais citer un fait où l’identité du communiquant s'est prouvée d'une façon aussi complète que lors de l’évocation de ma mère, au commencement de mes expériences, avec mon premier médium et dont, à juste titre, on peut soutenir qu’il remplit de nouveau toutes les conditions exigées par le plus sévère des contrôles.

Cette fois-ci, il s’agit de l’évocation d’un spirite, mort alors depuis peu de temps et avec lequel j’étais en correspondance, sans le connaître personnellement, ni lui, ni sa famille. (Le médium ne savait de lui que son nom pour me l’avoir entendu nommer.) Pour des raisons d’ordre privé, je ne le désignerai que par l’initiale X...

Donc X. .. ayant été annoncé par le « Guide », la main du médium qui, avec certains Esprits, écrivait avec tant de facilité, même quelquefois avec une vitesse extraordinaire, se ralentit soudainement pour ne plus tracer que de9 lettres informes et avec une visible difficulté. Enfin, après une longue attente, l’écriture redevint nette. A ma surprise très grande, c’est entièrement celle du défunt (i). C’est son nom qui se

(1) Ce fait est très rare, même avec un médium à grande variété de graphismes. A cause de la difficulté du procédé, les Esprits n'arrivent pas souvent à reproduire leur écriture d’autrefois ; c’est pourquoi j’avais été frappée également de la ressemblance de certaines particularités dans l’écriture de Pie IX que j’avais remarquées.

trace, mais avec un prénom que je n’avais jamais vu joint à sa signature. Me méfiant, je demande à l’invisible pourquoi cette variante. Il me répond: «A/on nom à moi;celui que vous connaissez est le nom de mon père . » Non satisfaite, je demande d’autres preuves de son identité.

Le médium écrit : « Lesquelles ? »

Je réponds : « Ecrivez le nom de famille de votre beau-frère, les noms de baptême de votre sœur, de votre neveu et le nom de votre maison de campagne. » L’entité s’en acquitte, quoiqu’avec une notable difficulté ; seul le petit nom du neveu ne voulait suivre, quel que fût l’effort employé ; cependant voici encore quelques essais de majuscules et puis la main du médium écrit les mots suivants : « Je ne puis en venir à bout ; je suis fatigué et d’autres Esprits me gênent. » En effet, l’écriture devint de nouveau illisible ; enfin, elle cessa complètement.

Croyant la séance terminée, Mlle R... et moi nous nous mîmes à causer, tandis que d’une façon distraite la main de celle-ci avait gardé le crayon appuyé sur le papier. Tout à coup, voici la petite écriture ronde de l’Esprit-Guide qui revient pour me gronder.

« Vous voulez, dit-il, des preuves et encore des preuves î Vous êtes insatiable de preuves. Il ne faut pas être si exigeante, si méfiante avec les invisibles. Ils ne sont pas obligés de passer par votre contrôle. Vous avez beaucoup fatigué votre ami. Maintenant il se repose. »

Je répondis : « Je ne puis lui parler, à moins d’être, autant que possible, certaine que c’est lui et non un autre ; notre entretien n’aurait pas d’intérêt pour moi, car ce n'est pas sur des généralités que je voudrais le voir se dérouler. »

Le GUIDE. — Je le sais, mais il a déjà donné tant de preuves qu’il est en droit d'attendre qu’on ne lui réclame plus son passeport.

Moi. — Oh! voilà que vous plaisantez.

Le Guide. — Non, je ne plaisante jamais sur les choses sérieuses.

Moi. — Mais alors que faire maintenant? Tâchez donc de nous ramener X...

Le Guide. — C’est impossible. Je crois que vous avez indisposé votre ami. Il est vrai que c’est méconnaître la grandeur de sa mission et la hauteur de son âme que de lui faire perdre son temps en détails de méfiance, alors que ses sages conseils seraient si précieux pour l’avancement de la cause spirite. Cependant ne vous troublez pas, il est assez bon pour ne point vous en garder rancune et venir une autre fois avec la même bienveillance.

Moi. — Je ne me serais pas doutée que mon procédé pût le blesser, car j’aurais supposé qu’il comprît ma légitime défiance. Vous-même, ne m’avez-vous pas avertie que j’ai déjà été trompée ?

Le Guide. —Je ne le nie pas, mais cette fois-ci, je puis vous certifier que c est bien X... qui s est manifesté. Je l’ai vu moi-même.

Moi. — Dans ce cas, décrivez-moi son périsprit. Je suppose qu'il doit ressembler à son enveloppe terrestre, d'autant plus qu’il l a quittée depuis trois mois seulement.

Le Guide. — fe veux m’y mettre pour vous débarrasser du doute.

Etayant fait la description détaillée d'un homme âgé, avec une particularité caractéristique de famille, sur laquelle il insistait, il dit : « Maintenant, informezvous ! »

J’eus la chance de pouvoir me procurer la photographie du défunt, avant notre prochaine séance, par l’entremise d’une amie.

Elle correspondait en tous points au portrait fait par ïinvisible. Renseignements pris, tous les noms des divers membres de la famille , y inclus le no?n propre de VEsprit évoqué , je veux dire celui que, ni moi ni le médium, ne connaissions, étaient daccord, même le nom impossible à deviner , de la maison de campagne !

En face de tant de coïncidences, comment douter encore? Aussi quand, huit jours après, à l'heure de nos évocations habituelles, l'écriture si connue de X... réapparut, je me gardai de le fatiguer parla demande de nouvelles preuves d’identité.

Ma confiance fut récompensée.

X... se communiqua avec une grande clarté, sans aucune de ces incohérences qu’on rencontre fréquemment avec les Esprits nouvellement désincarnés et qui déroutent souvent les mieux disposés au spiritisme.

SOI'VEXIUS i*:t phohi.kmks SIMIUTKS

Il me dit, en substance, qu’il était contrarié sur beaucoup de choses qui s’étaient passées depuis son départ, notamment de la mésaventure de la Revue qu’il dirigeait, de l’indifférence de ceux sur lesquels il avait compté pour la continuer, et il acheva en s’exclamant : « Je vois, mes amis ne feront rien pour cette publication qui me tenait tant au cœur ; ils sont trop intéressés ! »

Et, lui ayant parlé de sa mort, il écrivit :

« On a répandu toute espèce de bruits sur les intrigues religieuses qu'on aurait faites auprès de mon lit de mort. On exagère bien. Je n’ai pas été persécuté comme on le dit. Il faut se rendre compte des idées catholiques pour comprendre que j’ai eu des encouragements à la confession, mais dans la certitude de mes croyances , cela n'a pas pu me troubler . On ne ma pas non plus montré mon cercueil, comme on 1 a prétendu. Tout cela est faux. Dites-le. »

Je ne connaissais pas tous ces racontars ,* renseignements pris , je vis tous les détails se confirmer .

Très encouragée par ce succès, je rappelai X... plusieurs semaines de suite.

Toujours la même écriture se reproduisit avec de moins en moins de difficultés. Alors me souvenant d’un article où, dans le temps, X... avait émis son opinion sur le procédé des Esprits dans l’écriture automaticomédianimique, je lui demandai si ses hypothèses d’alors se confirmaient par son expérience personnelle. 11 répondit: « Non, je vois maintenant que nous n’agis-

sons pas, comme je le croyais, sur les médiums. Le cerveau n’est pas si facile à conduire. Il faut distinguer à quel médium on a affaire. Ainst\ pour me communiquer, je guide la main du médium du bras de mon péris prit,

— Pourriez-vous, lui demandai-je, vous servir d’une plume et de l'encre, comme d’un crayon ? Si vous réussissez, j’aurai tout à fait l’impression de recevoir une lettre de vous comme jadis, quoique par la poste interplanétaire.

— Je vais essayer », répliqua-t-il.

(Jusqu’à présent, dans toutes nos séances et avec toutes les entités manifestées, le médium s’était toujours servi d’un crayon, ce moyen offrant moins de chance de déperdition de fluides que par l’écriture à l’encre qui cause fatalement des interruptions.)

Mlle R... posa donc sur le papier sa main, munie d’une plume remplie d’encre, et nous attendîmes le message. X..., après quelques secondes d’intervalle, écrivit ce qui suit :

« Ma chère soeur en croyance,

« Je puis aujourd’hui venir encore plus facilement qu’hier, car maintenant je suis complètement en rapport fluidique avec votre médium que j’apprécie beaucoup. J’en profite pour vous annoncer que je suis beaucoup plus heureux que je ne Tétais dernièrement car j’ai déjà progressé, grâce aux prières de mon ami l’abbé R... et aux vôtres. Vous vous étonnez que je ne

parle pas des prières de X... (i). Mais elles sont tellement tristes qu elles ne peuvent me soulager, ce sont celles qui déplorent qu'une âme soit perdue.

« Il est fâcheux que je ne puisse lui faire savoir que celui que nous servions, tous deux, sur terre, a bien voulu ne pas laisser son serviteur longtemps dans la peine et qu’il m’a déjà donné beaucoup plus de bonheur que je n’en avais jamais eu dans votre monde. Il est vrai, le bonheur n’est pas encore régulier et constant. Il arrive par alternative. Le bonheur dans ce que vous appelez l'au-delà, est entièrement moral , bien différent du vôtre, aussi il m’est difficile de vous le décrire. Je dirai donc seulement que, quand je parle d’alternatives, je fais allusion à une sorte d’angoisse qu’éprouvent les Esprits de suite après leur désincarnation, quoique par intervalles, et qui vient des liens brisés si nouvellement.

« Mais vous voudriez aussi connaître mes derniers jours sur la terre ? Ah ! ils ont été bien douloureux ! Mais je n'aime pas trop m’en souvenir. Je vous dirai seulement que j’ai été dévoré d’une soif ardente ; — car, c’est surtout cette souffrance qui est restée présente à mon esprit , parce que c’était la dernière . Oui, j’ai été bien malmené par ces gens de science ! Ils ont été très maladroits ( 2 ).

(1) Ici le nom en toutes lettres d’un ami et associé qui s’était converti au catholicisme, quoique très avancé spiritualiste.

(2) Il avait subi une double opération avant de mourir.

SOCVKNIRS KT PUOHLKMKS SlMUITfclS

« Quant au dernier moment de ma vie, il ne reviendra à ma mémoire que petit à petit. Tout ce que je sais à l heure actuelle, c’est que j’attendais la mort patiemment et sans frayeur, comme un vrai spirite qui a confiance et qui sait que la punition est dans ïincarnation et pas dans la vie libre de l'âme. »

Ici le médium fatigué, et l’Esprit peut-être aussi, s’arrêtèrent.

A l’évocation suivante, comme s’il voulait continuer sa lettre, restée inachevée, X... écrivit spontanément ce qui suit :

« Au moment où mon âme s’est dégagée de mon corps, il me semblait que j’étais, à la fois, sur terre et extra muros . Je n’ai pas vu de suite mes amis, mais je me suis senti immédiatement flotter dans l’espace, comme un ballon captif; c'est-à-dire flotter avec une attache . J’ai vu alors des vapeurs blanches qui semblaient environnées de nuit et qui peu à peu s’éclaircissaient, s’illuminaient tellement que je pouvais distinguer au centre des figures amies, mais ces figures paraissaient et disparaissaient sans que je pusse encore les atteindre. C’est ce qui fait l’angoisse première ; car ces visions ressemblent à un mirage qu’on ne peut jamais saisir. Ce n’est qu’au bout de quelques jours qu’on s’en rapproche, ou du moins qu'on est assez dégagé pour pénétrer complètement cette première sphère, qui est à un degré seulement au-dessus de la

terre.

« Dites cela à L... (Ici le nom de la personne que H. avait idéalisée sur terre), et aussi que je suis maintenant déjà plus haut. Dites-lui aussi qtietle soit plus spirite , parce que c est vraiment la seule croyance intelligente et qui ne vous donne pas de déceptions aie sortir de la vie . Oui, oui, ne vous étonnez pas, c est bien de la douce àme de L. d. X... que je veux parler. (La main du médium traça en toutes lettres un nom qu’elle ne connaissait pas.) Je voudrais encore lui donner un bon conseil. Il faudrait qu elle feignît de céder (si elle ne le peut réellement), de revenir aux choses matérielles et prosaïques, parce que le devoir de toute âme est de s 'enfoncer dans le chemin que sa réincarnation présente lui trace, Si elle ne le fait pas, si elle néglige sa tâche, elle en subira les conséquences dès cette incarnation. C’est pourquoi je disais que je la voudrais plus spirite, parce que les vrais spirites cherchent avant tout le but ...

« Maintenant, vous voudriez que je vous parle encore de ma Revue ? Nous en causerons une autre fois, car il faut que je réfléchisse.

« Bien fraternellement à vous, de toute mon àme.

Ici, pour la clarté de la communication, il faut que je mentionne que X... de son vivant m avait fait faire la connaissance de la personne désignée par la lettre L... et pour laquelle il me chargea du message reproduit. M’en étant acquitée, L. de X... me répondit que

S OU VENU {S ST OHOHLHM ES SIUIOTES

c'en n’était plus justifié que les conseils de X... ; qu’ils s’adaptaient absolument à sa personne et à sa situation, ce qtie j*ignorais alors .

A notre prochaine séance qui, par suite d’incidents fâcheux, devait être la dernière avec le médium Mlle R..., l’esprit de X... me déclara vouloir écrire une lettre à son ancien ami et associé dont les divergences d’opinions religieuses l’avaient séparé. Cette lettre fort curieuse, la voici dans son texte intégral :

Mon cher X. X...

« Je vous remercie du bon souvenir que vous avez gardé à ma mémoire. Je savais, du reste, quel homme bon et juste vous étiez et je n’ignorais pas que votre amitié m’était restée, bien que je me sois refusé à vous suivre dans la voie catholique.

« Dans une de nos dernières discussions, nous avions élaboré la question de la communion, et depuis que je suis passé dans la vie de l’espace, je me suis informé de la vérité à ce point de vue. Je ne veux cependant point chercher à troubler votre âme, et si je vous dis aujourd’hui : ce n’est qu’un symbole, ce n’est pas pour vous engager à ne plus communier, mais plutôt pour vous rassurer sur le sort de mon âme. Je suis aussi heureux que le comporte ma récente désincarnation et je le serai plus au fur et à mesure. Quant à vous, votre belle âme trouvera sa récompense, puisque l'intelligence suprême ne s \arrête pas à des conventions dogmatiques. Chacun de nous peut être sur le chemin de la

SOUVKN IMS Kl' KROULKMKS SIMHITKS !(>«>

paix et de la béatitude, il suffit qu’il ait aimé ses frères et qu’il ait compris l’idée de Dieu dans sa grandeur et sa vérité.

« Je reste votre frère dévoué.

« 6 août 1896. »

Ici s’arrêtent donc les communications si typiques de X... (1). Dans les deux lettres, on voit transperser la mentalité de leur auteur à tel point que j éprom e quelque scrupule à les publier, de peur que les deux anciens amis ne soient trop facilement reconnus. Je m’y décide cependant dans l’intérêt de la vérité, dont la cause prime les considérations secondaires.

(1) Avant de continuer mes récits, il faut que je déclare que les évocations qui vont suivre doivent se placer, chronologiquement parlant, beaucoup avant celles du spirite X..., que je viens de citer. Comme l’on pourra le constater par la suite, elles commencent immédiatement après le premier dialogue avec le Père Félix, à l’époque où, le médium étant venu nous rejoindre en Suisse, nous faisions quotidiennement des expériences spirites.

Avec cette nouvelle partie de mes souvenirs et problèmes spirites, j’entre dans la phase la plus caractéristique de mes expériences ; car c’est celle où nous sortirons du vague de la communication, pour entrer dans l'action*avec preuve vérifiée et où le rôle passif du médium se prouve lui-même.

Malheureusement, pour rendre le récit suivant intelligible, je suis forcée de faire, pour la seconde fois, une autobiographie, non de mon état psychique, comme au début, mais de mon état physique. Je ne m’y décide qu'après bien des hésitations ; en m’appliquant toutefois à la restreindre aux limites les plus étroites d’un aperçu succinct.

Ainsi que je l’ai indiqué plus haut, à l’époque de mes investigations spirites premières, ma santé était déplorable. Je souffrais de difficultés digestives au point de rester, parfois, plusieurs jours sans pouvoir prendre le moindre aliment, abstraction faite des nombreuses complications organiques que cet état entraînait fatalement. Une trentaine de sommités médicales, des principales nationalités civilisées, avaient été consultées ; tous les remèdes avaient été essayés, tous les

SOI.'VENlUS ET UHOHI.KMES SPIUITES

systèmes éprouvés. Allopathie, homéopathie, hydrothérapie (ablutions Kneipp), électricité, magnétisme humain, rien n’y faisait : mon mal restait désespérément stationnaire.

Nul doute qu’une morne agonie de 1 àme ne se fut emparée de moi, sans le grand secours que je puisais dans la philosophie spirite. Cependant, l’idée que mon salut physique se joindrait à ma consolation mentale, n’aurait pu venir à mon esprit. Avoir enfin compris le « pourquoi » de la vie me semblait, d ailleurs, suffisant comme résultat.

Quand donc, un jour, j’eus l’idée d’évoquer le curé d’Ars, que je ne connaissais que vaguement par ce que m’en avait dit une magnétiseuse qui, pendant quelque temps, m’avait en vain prodigué ses soins, je ne le fis que dans le but d’acquérir toujours de nouvelles lumières et non pour lui demander le rétablissement de ma malheureuse santé ébranlée, comme on pourrait le croire, sachant les cures merveilleuses de cet Esprit guérisseur.

Mais j’eus beau faire mon appel ordinaire, au nom de Dieu, ainsi qu’AlIan Kardec le conseille, le curé d’Ars ne vint pas. La main du médium resta immobile.

Enfin un Esprit, signant Ahmalich, se manifesta. Voici ses paroles écrites à l'envers et seulement lisibles au moyen d’un miroir :

« Mesdames, vous n’aurez pas le curé d'Ars, il est beaucoup plus haut que le pape. Il faut de longues et ferventes prières pour l’obtenir. »

S OU VEN 1 HS ET PliOHLÈMES SI >1 MITES

Un peu stupéfaite, je pensai que le meilleur moyen pour trouver une explication à cette intervention extraordinaire était d’appeler le « Guide ». Il ne se fit pas attendre longtemps.

« Ma chère amie, écrivait-il, avec sa petite ronde ordinaire, je ne viens que pour quelques instants, je suis très pressé, ayant une mission à remplir. Ne me posez pas de questions...

« Le curé d’Ars sera intéressé de parler avec vous. Il est au courant de vos aspirations, mais il ne peut venir aujourd’hui. Il me charge de vous transmettre ceci : Il sera à votre disposition mardi à quatre heures et demie ; il vous parlera longuement, mais il faut que vous le priiez d'ici là } afin de bien témoigner votre désir de communications. Demain, je vous amènerai Félix, le Jésuite (i). »

Les paroles de l’Esprit-Guide me déconcertèrent. Comment ! il fallait des prières spéciales et répétées, en dehors de la formule d’évocation recommandée, pour obtenir une manifestation du curé d’Ars ! La chose me semblait incroyable. Les curés ne m’avaient jamais beaucoup inspirée et toutes les pratiques qui me rappelaient la superstition catholique de mon enfance m’étaient devenues antipathiques. Je ne pouvais pardonner aux serviteurs de Rome de m’avoir éloignée de Dieu, l’esprit suprême de bonté et de sagesse, par leurs fausses et enfantines interprétations des Evangiles et

(1) Voir l'annctation précédente.

des phénomènes appelés « miracles » dont leur Église se prévaut. Mais que faire ? L’Esprit-Guide qui m’avait si bienveillamment conduite jusqu’ici dans toutes mes pérégrinations à travers le domaine inconnu de la « Zone-Frontière y> me tiendrait-il soudainement un langage inutile, absurde ? Jamais, pour 1 obtention d’aucune communication, y inclus celle de Pie IX, il n’avait fallu des prières spéciales et répétées, toute une préparation ; et voici qu’on exigeait une mise en scène mentale pour communiquer avec un simple curé, pas même béatifié (i) par cette Eglise dont il fut le sincère et édifiant champion ! Je ne savais que penser de cette espèce de rétrogradation forcée, vers le catholicisme, que m’imposait le Guide invisible.

Enfin, sans pouvoir me défendre contre un peu de scepticisme, ravivant mes souvenirs de jeunesse, je me mis à prier le curé d’Ars, selon les pratiques du catholicisme pour l'invocation de ses saints.

Pour arriver à une certitude, ce sacrifice de mon amour-propre ne me sembla pas trop grand.

Enfin, le jour fixé pour l’évocation arriva. Qu’allait-il se passer? Cet Esprit, pour lequel il fallait un apparat de prières spéciales pendant plusieurs jours, qu’allait-il me dire ? Comment se distinguerait-il des autres entités ? A quoi reconnaîtrai-je que je ne serai pas mystifiée? Ma curiosité était extrême quand mon médium prit le crayon, pendant que je faisais mon évo-

(1) La béatification vient d'être prononcée.

SOUVENIRS ET PRORI.ÈMES SPIRITES

cation habituelle. Nous attendîmes environ dix minutes Ce fut l’Esprit-Guide qui s'annonça en écrivant ;

— Recueillez-vous, voici le curé d’Ars qui approche.

Quelques secondes encore et le crayon, renversé pour l’écriture sénestrogyre du Guide, se tourna lentement dans la main de Mlle R. .. en se soulevant légèrement. Alors de la pointe du crayon, de façon à rendre l’écriture extrêmement pâle, se tracèrent des caractères réguliers, assez grands, d’une calligraphie correcte et dénotant graphologiquement parlant : sincérité, bonté et douceur.

Voici ce que je pus lire :

« Jean, curé d’Ars t. (Le nom fut suivi d’une croix.) Oui, je viens.

Et, ayant dit quelques paroles en réponse à l’invisible, celui-ci écrivit :

« Je sais de vous que vous cherchez la vérité et je me mets à votre disposition pour vous répondre.

Moi.—Par quoi, si vous êtes le curé d’Ars, ai-je mérité que vous vous intéressiez à moi ?

Le CURÉ d’Ars. — Dieu voit votre cœur ; il est témoin des bonnes intentions et il veut vous aider. Vous ne méritez cela que par votre désir de monter toujours plus haut. Dieu ne rejuse 'jamais le secours qu'on lui demande . Maintenant, posez-moi des questions sur les sujets qui troublent votre foi.

Moi. —- On me dit que pendant votre vie vous vous plaigniez de nombreuses visions diaboliques. Que

faut-il en croire ? Cependant il n’y a point de diables.

Le curé d’Ars. — Ces visions étaient réelles. J’avais laissé, dans ma précédente existence, un Esprit mauvais qui avait juré de m’entraîner dans sa malédiction et profitant des doctrines catholiques , il ni apparaissait sous la forme démoniaque . Lorsque je le voyais, je le chassais par la prière.

Moi. — L’Eglise catholique, qui enseigne un enfer éternel, est-elle dans le vrai ?

Le CURÉ d’Ars. — Vous saurez que les Esprits orgueilleux qui ne veulent pas écouter les enseignements des bons Esprits, au lieu de progresser, s’abîment de plus en plus dans leur iniquité ; alors ils ont, en effet, la haine de Dieu, ainsi que vous le dit la religion, seulement cette sorte d’enjer n est pas éternel . Il est seulement long à cause de l’infériorité des Esprits. Mais je me hâte d’ajouter qu’il est bien peu d’âmes assez volontairement mauvaises pour descendre ainsi, car par la loi d'attraction divine, toute âme, même mauvaise, même criminelle, monte d’un degré au sortir de la vie.

Moi. — Donc, les diables ne sont que les Esprits désincarnés des humains, Dieu ne pouvant créer des anges qui peuvent chuter et l’enfer n’est pas non plus un lieu déterminé, mais un état d’âme ?

Le CURÉ d’Ars. —Vous y êtes. Les âmes mauvaises souffrent avoir leurs iniquités et, dans leur obscurcissement, elles veulent y entraîner d’autres, afin de ne pas souffrir seules.

Moi. — Qu’était-ce que ce soi-disant démon qui voulait tenter le Christ dans le désert, comme dit un des Evangiles ?

Le curé d’ArS. — Ce n’est qu’une allégorie. L’Esprit mauvais a, en effet, pu chercher le côté humain ; mais le Christ ne pouvait subir la tentation.

Moi. — La résurrection du Christ n’est-ce pas également une légende ? Que ferait un corps terrestre dans des régions supérieures qui ne conviennent qu’aux êtres fluidiques ?

Le CURÉ n’ARS. — Là, je vous arrête. Le corps de Jésus a été dématérialisé , comme les Esprits peuvent le faire à l’aide d’un médium puissant.

MOI. — Et du dogme du jugement dernier, que faut-il penser? N’est-ce pas une absurdité ?

Le CURÉ iVArs. — L’idée des peuples était portée à croire à un prétoire. Cependant il y a une considération à observer. Un jour quelconque, la terre disparaîtra ; ce jour-là, tous les Esprits qui gravitent autour de la planète seront reportés ailleurs ; ceux qui auront descendu jusqu’aux expiations extrêmes et qui, depuis des siècles, ramperont à la surface du globe, rejusant toute incarnation qui serait pénible et qu’ils ne veulent pas affronter, ceux enfin que nous appelons les démons seront versés dans une planète d’un ordre inférieur et il faudra qu’ils recommencent les étapes ; ceux, au contraire, qui auront progressé doucement et seront dans une erraticité heureuse, avanceront et iront, enveloppés d’un corps plus léger, dans des mondes meil-

leurs ; ceux enfin qui seront dans l’erraticité supérieure et qui auront mission de faire marcher le progrès, de surveiller les autres Esprits, ceux-là quitteront la sphère terrestre et iront avec le Christ qui les emmènera plus haut dans les régions bénies de Dieu.

Moi. — Donc il n’y a pas de résurrection de chair, comme l'Eglise catholique l’enseigne?

Le CURÉ d’Ars. — Non. (C’est l’Esprit même qui souligne.)

Moi. —Et le Christ, qui est-il?

Le CURÉ d’Ars. — Le Christ est le Médiateur ; il

représente la Divinité sur la terre.

Moi. —Je voudrais savoir comment il faut comprendre le chapitre de saint Mathieu sur la naissance du Christ.

Le curé d’Ars. — Il y a là une chose particulière qu’il ne nous est pas permis de dévoiler.

L’écriture médianimique, s’étant arrêtée un instant, reprit pour écrire les mots suivants :

« Lisez ceci tout bas. »

Ici, pour rendre ce qui va suivre intelligible, il faut que j’interrompe le récit de l’entretien, afin de dire que, pendant cette première évocation du curé d’Ars, je ne fus point seule avec le médium. Mon mari, mis au courant de notre attente d’un Esprit élevé, avait voulu assister à notre nouvel entretien spirite. Assis à quelque distance de nous et en train de parcourir un journal, il s’était interrompu pour m'entendre lire à haute voix les curieuses instructions théologiques de

l’Esprit. Quand donc celui-ci écrivit : « Lisez ceci tout bas », je ne fus pas peu embarrassée. Comment éviter de blesser mon mari par le mystère que je ferais de ce qui allait suivre ? Je ne voyais qu’un moyen de salut, c’était de m’adresser mentalement à 1 entité invisible pour la prier de me sortir de cette difficulté. Chose bizarre 1 A peine ma pensée s’était-elle formulée que je vis mon mari tranquillement reprendre son journal, tombé sur ses genoux, et se remettre à sa lecture. J’étais sauvée, car désormais il ne fit plus attention au reste de mon expérience spirite. Je pus donc lire tout bas les paroles que le médium traça automatiquement sans même regarder le papier. Ces paroles, les voici :

« Chère enfant, je vois que vous êtes très souffrante, je voudrais essayer de vous soigner, mais il faut que vous fassiez pour cela, chaque jour, ce que je vais vous dire. Voici : vous vous retirerez dans votre chambre, tous les jours à deux heures, et vous vous étendrez, et puis vous évoquerez mon nom ainsi : « Jean-Marie

« Yianney, curé d’Ars, veuillez me guérir au nom du « Christ et avec le secours de votre protectrice, sainte a Philomène.» Puis,vous vous recueillerez dans la prière et la foi jusqu’à deux heures et demie. N'en parlez à personne, je l'exige ( i ).

Moi. — Je me conformerai à votre instruction. Voulez-vous maintenant me donner votre bénédiction?

(i) L’Esprit leva cette interdiction plus tard.

LE CURÉ d’Ars. — Non. Je vous la donnerai demain ; on comprendrait ce qui se passe.

Adieu. Que le Seigneur soit avec vous! »

Ainsi se termina la première évocation du curé d’Ars; elle me frappa de stupéfaction. L’Esprit ne me promettait-il pas une preuve autre que par la psychographie, de sou existence réelle et en dehors de l’intermédiaire du médium ? Ne s’engagea-t-il pas à me soigner directement ?

Mais en quoi consisteraient ces soins?

C’est la question que je me posais.

Être guérie ne me paraissait qu’un espoir secondaire à côté de celui d’obtenir une preuve scientifique, absolument indéniable, de la réalité d’un être immatériel, se communiquant matériellement .

Si ma curiosité éveillée par les paroles d’Ahmalich et du Guide fut grande, l’attente dans laquelle me mirent les paroles mystérieuses de l’Esprit, se disant le curé d’Ars, me serait impossible à décrire. Un peu sceptique au commencement de la communication obtenue, la tournure étrange que celle-ci prenait à la fin, me fit demander si je n’étais pas le jouet d’un rêve, à moins d’être celui d’une bizarre et originale mystification, dont le lendemain me donnerait la preuve.

Mes premières questions adressées à l’Esprit indiquent, du reste, combien peu je m’attendais à ce qui allait suivre.

De la vie du curé d’Ars, je ne connaissais que la rumeur vague d’un grappindémoniaque qui l’aurait obsédé

et celle de ses cures auxquelles je ne prêtais pas grande /oï. Quand l’Esprit évoqué me dit de l’interroger, j’étais un peu embarrassée, n’étant pas préparée et ne sachant dans quel sens je devais me diriger. Spontanément je fis donc les questions mentionnées et surtout celle sur le Christ et sa résurrection problématique, quoique déjà bien d’autres personnalités m’eussent donné leurs appréciations sur ces sujets, du moins sur la nature du Christ. L’explication reçue sur le Jésus dématérialisé et non ressuscité, comme l’Eglise le prétend, jeta une vive lumière dans mon esprit. Et j’ajoute, si ce n’est là, peut-être, qu'une hypothèse dont la vérité reste à démontrer, il faut avouer que cette hypothèse aplanit de beaucoup le chemin difficultueux qui mène à la foi au texte évangélique, — ceci entre parenthèses, pour poursuivre ma narration.

Selon l’ordre de l’Esprit, j’attendis le lendemain, sans parler à personne de la promesse mystérieuse d’un traitement hypernaturel. Le moment du rendez-vous fixé étant venu, je m’enfermai dans ma chambre sous prétexte de repos et me conformai à toutes les prescriptions de l'invisible.

Je fis de mon mieux les méditations recommandées sur la vie et la fin douloureuse du Christ, car peu habituée à ce genre d’exercice mental en usage dans les couvents et commençant à peine à entrevoir le véritable rôle du Nazaréen, si souvent caricaturé, j’eus un peu de peine à réussir. Enfin, je répétai textuellement la formule d’appel, dictée médianimiquement, et atten-

dis, pendant que ma curiosité était poussée à l’extrême. Comme lors de la première évocation du curé d Ars, que les amis habituels de l’invisible avaient rendue si solennelle, je me demandais sans cesse : Que vat-il se passer ? Vais-je avoir une vision, une sensation ? De quelle nature seront-elles toutes deux ? etc. Et rimpossibilité de nie fixer d'avance sur ce point me prouva mon impuissance à me créer à moi-même une image ou un phénomène quelconque .

Je restai dans l’attente un quart d’heure environ.

Rien, toujours rien. Déjà je commençais à douter et faisais des reproches à ma crédulité.

Mais qu’arriva-t-il ?

Une douche entière d’étincelles se précipita perpendiculairement sur moi, m’inondant aussitôt d’un courant brûlant, qui m’atteignit de l’occiput aux pointes extrêmes des pieds.

Et non seulement, par cette pluie de feu invisible, la plus vive des sensations physiques s’empara de moi, mais mes oreilles distinguèrent comme le bruit d’une légère décharge électrique et tout mon corps fut presque soulevé au-dessus de la chaise longue sur laquelle j’étais étendue.

Toutefois, quoique l’impression que ce phénomène me produisit fût foudroyante, loin d’en éprouver de la frayeur, mon âme eut une sensation de joie exquise, à jamais inoubliable. Rien de ce qui existe dans ce monde ne peut y être comparé. Mon émotion fut si grande que des larmes tombèrent de mes yeux, peut-être même

malgré moi , par je ne sais quel effet étrange, dont j’aurai à parler encore.

Je restai dans cet état singulier, extra-normal, environ un quart d’heure, et puis toutes les sensations diminuèrent d’intensité pour disparaître enfin entièrement.

Quand je revins à moi, c’est-à-dire que je retrouvai la liberté de mes mouvements, perdue pendant la durée du phénomène par une espèce d’entrelace magnétique qui me semblait impossible à rompre, je me trouvai soulagée, fortifiée, comme munie d’un ressort nouveau de vitalité plus que terrestre.

Et ce ne fut point de P imagination. Car, quand j’eus quitté ma chambre, après avoir remercié Dieu et mon invisible bienfaiteur d’une si merveilleuse faveur, ma mine était si rajeunie, si radieuse, mes yeux, d’ordinaire ternes, par suite de mes souffrances, si brillants, que mon mari s’exclama d’un air surpris : «Tadigestion se passe bien, cette fois-ci, me dit-il, tu as l’air bien portant, tu es toute changée! — En effet, répondis-je, le repos m’a fait du bien ; je vais prendre l’habitude de me retirer dans ma chambre, tous les jours après le déjeuner. — Certainement, répliqua monmari,si lessiestes te réussissent à ce point, il ne faut pas y manquer. »

Le lendemain et par la suite, sous prétexte de prendre « ma cure de sommeil », je m’enfermais régulièrement dans ma chambre pour appeler mon invisible docteur, c’est-à-dire l’esprit bienfaisant du curé d’Ars. Les mêmes jets de matières fluidiques se reproduisaient sans solution de continuité, cependant tous les jours

avec moins d’intensité, pour durer d’autant plus longtemps. Toutefois ce n’étaient plus des douches violentes, comme la première fois, mais l’arrivée progressive quoique subite d'un influx extrêmement doux et chaud, m’enveloppant tout le corps à l’instar d’un bain à température agréable ; et cette comparaison s’applique surtout à la sensation que j’éprouvais aux mains, que je tenais généralement Croisées sur l’estomac.

En face de ce changement constaté, je me demandai quelle pouvait être la cause de la différence de mes sensations. Afin de me renseigner, j’essayai une nouvelle évocation du curé d’Ars, quoique craignant d’abuser de la bonté de cet Esprit et de n’être pas exaucée.

Appréhension inutile. Cette fois-ci, l’Esprit évoqué ne se fit pas implorer longtemps, ni même annoncer par le « Guide ». Après une courte prière, le nom de Jean-Marie Vianney se traça, suivi d’une petite croix, en lettres pales, grandes, larges et régulières, absolument pareilles à la première fois.

— Pourquoi, dis-je à l’invisible, après l’avoir remercié avec effusion des soins prodigués, pourquoi mes sensations étaient-elles plus fortes le premier jour que par la suite ? Pourquoi le phénomène constaté a-t-il diminué de force ? Y a-t-il de ma faute dans ce changement ?

— Non, répondit-il. Je vous ai envoyé des fluides très puissants, le premier jour, pour bien vous persuader de ma présence et afin de vous préserver du doute

à tout jamais. Je ne puis continuer ainsi, vous ne pourriez endurer tous les jours une semblable magnétisation, elle vous atteindrait trop violemment et au lieu de vous guérir à la longue, je vous rendrais plus malade.

— Mais, jusqu'à quand voulez-vous continuer le traitement actuel ?

— Cela dépendra de votre état. Appelez-moi, en attendant, régulièrement jusqu'à Noël.

Et l’Esprit m’ayant promis d’être non seulement mon médecin, mais aussi mon instructeur régulier en fait de matière théologique, nous eûmes les entretiens suivants :

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