‹ Souvenirs et problèmes spiritesChapitre 5 sur 18 · DEUXIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

DEUXIÈME ENTRETIEN

Moi. — Qu'est-ce que le péché originel, ce péché dont, d'après l’Église, nous sommes tous souillés en venant au monde, sans que nous ayons démérité en aucune sorte ?

Le CURÉ d'Ars. —L’Église ignore les vies successives, c'est pourquoi elle explique mal l’état de péché, c’est-à-dire d’imperfection dans lequel naissent la plupart d’entre nous.

Moi. — Si le péché originel n existe pas dans le sens que l'Église de Rome lui donne, que devient le rôle du Christ? N’est-il pas, d’après l’enseignement catholique, venu dans ce monde pour nous laver de ce péché?

Le CURÉ d’Ars. — Le but de la venue du Christ

était de nous révéler le Père d’abord, de nous apprendre à l’aimer , à l'adorer et avoir confiance en lui , ensuite. Et puis le Messie que Dieu nous avait promis devait nous enseigner la grande loi de l'amour par son exemple; il devait nous apprendre à souffrir par la façon dont il endura lui-même la plus cruelle des souffrances ; il devait nous montrer le chemin de la perfection par sa propre perfection. C est là toute l’idée du christianisme : réformer les croyances qui devenaient trop arriérées pour 1 époque où en était la Terre.

Moi. — La personnalité du Christ, son rôle ici-bas, c’est-à-dire sa mission, commence à être compréhensible pour moi. 11 n’en est pas de même de la troisième personne de la Divinité, appelée Saint-Esprit. La Divinité et l’Esprit divin ou Saint-Esprit, n’est-ce pas tout un ?

Le CURÉ d’Ars. — Votre conception est juste.

Moi. — Donc, la descente du Saint-Esprit sur les apôtres, comme le raconte l’Evangile, n’est que l’effet des fluides que le Christ envoya à ses disciples qui propageaient sa doctrine d’amour?

Le CURÉ d’ARS. — Le Christ, leur maître, leur envoya sa force.

Et avant de terminer cet entretien, voulant connaître la pensée de l’Esprit sur la nécessité de la confession auriculaire, je lui demandai s'il me conseillait d’aller me confesser et si, dans ce cas, je ne pourrais aussi bien me confesser à lui qu’à un prêtre de l’Eglise catholique.

Le curé d’Ars me répondit :

— Pourquoi à moi? N’y a-t-il pas quelqu’un de plus parfait que moi. Jésus-Christ lui-même? Ce que je faisais dans une vie terrestre pour me mettre directement en rapport avec les âmes, ce n’est pas nécessaire de le faire maintenant. Le prêtre n'est qu'un intermédiaire entre le vivant et Jésus-Christ\ pourquoi ne pas vous adresser directement à lui ?

Moi. — Donc, il n’est pas nécessaire que j’aille â confesse, comme dans ma jeunesse? Je vous serais reconnaissante de m'en donner une réponse catégorique dans un sens ou dans l'autre.

Le curé d’Ars. — Non, certes,cest inutile, surtout pour vous .

Moi. — Je ne vois dans la confession qu’un côté utile : l'acte de contrition ; je ne pourrais croire qu un être humain, quel que soit son droit sacerdotal, ait le pouvoir de remettre des péchés! Cependant l’Évangile a dit : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. » Que faut-il penser de ce texte qui ne me paraît qu’un soufflet à la justice divine ?

Le CURÉ d’Ars. — Non seulement la contrition, mais la réparation entière du mal commis, sont la conditio sine qua non de la rémission de la faute commise. Mais il était dans l’intérêt de l’Église de frapper Vesprit encore injérieur des hommes ; alors, elle n’a pas hésité à changer les textes. D’ailleurs, beaucoup d entre ceux que l’Eglise a canonisés ne sont jamais allés à confesse.

Moi. — Que voulez-vous dire ?

Le CURÉ d’Ars. — Saint Pierre, saint Paul, en un mot, tous les apôtres, ensuite beaucoup de martyrs et de saints ermites.

Moi. — Mais alors pourquoi l’Église force-t-elle ses fidèles à la confession ?

Le CURÉ d’ArS. — Qui veut être de l’Eglise doit s’y soumettre. Mais ne vous scandalisez pas de tout cela, chère enfant, Dieu ne voit que les cœurs et les intentions.

Moi. — Je ne me scandalise pas, car je crois bien saisir le sens réel de ce que vous dites, mais bien des personnes s’étonneraient que l’Esprit du curé d’Ars, ce confesseur zélé et ardent, piit parler de la sorte. Que faudra-t-il leur répondre, le cas échéant, surtout si elles s’appuient sur les enseignements du spiritisme qui dit que la mort ne modifie pas les âmes et les opinions ?

Le CURÉ d’Ars. — Il faut leur dire qu’elles se trompent, qu’il n’y a que les Esprits inférieurs qui ne se modifient pas parce qu’ils restent plus longtemps dans le trouble. J’ai vu clair aussitôt entré dans la vie spirituelle. Retenez ceci, chère enfant : il ne faut pas s’attacher à la lettre morte de l’Évangile, mais à l’esprit qui en découle, car c’est l’esprit seul qui réforme le cœur.

Moi. — N’est-ce pas troublant de penser que Dieu nous laisse ainsi dans les ténèbres; que ce que nous prenons pour sa parole soit un amas d’erreurs ?

Le curé d’ArS. —- C’est l’évolution terrestre qui veut que les humains supportent les conséquences de leurs erreurs.

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