IX
sang», etc., ne leur donne-t-elle pas une fausse interprétation?
Le CURÉ d’Ars. — Oui, c’est une autre signification qu'il faut donner à ces paroles du Christ. Boire mon sang voulait dire : s'imprégner de nui nature , manger ma chair, s’en nourrir, afin de rendre la chair aussi peu matérielle que celle du Christ, aussi peu soumise aux passions humaines, en un mot, se rendre autant que possible semblable au Christ qui, tout en étant parfait de chair et de sang, étant cependant divinisé par la perfection.
Moi. — Que faut-il penser de la prédiction contenue dans l'Evangile, au sujet d'un second avènement du Christ?
Le CURÉ d’ARS. — Cela veut dire que le Fils de l’Homme, c'est-à-dire Jésus, reviendrait sur terre pour faire disparaitre les derniers vestiges des Israélites.
Moi. — Alors, il n’y a pas eu d’avènement tel que l’ont prétendu certains spiritualistes?
LE CURÉ d’Ars. — Non, pas encore, mais il faut s’attendre à ce qu’il revienne un jour. Il aime trop l’humanité terrestre pour ne pas se sacrifier encore.
Moi. —Saint Mathieu dit dans le verset XVI, 28 , « En vérité, je vous déclare qu’il y a quelques-uns qui sont ici présents qui ne goûteront certainement point la mort jusqu’à ce qu’ils aient vu le Fils de l’Homme venir avec son rayon. » D’aucuns ont prétendu que cela prouvait que le second avènement a déjà eu lieu. Ont-ils raison ?
SOUVENIRS ET PHOIt LÛMES SPIRITES
Le CURÉ d'Ars. — Non, il leur a apparu en forme fluidique ; c’est très simple.
Mol. — Mais comment faut-il comprendre la dispersion des Juifs et leur sort en général ? Y a-t-il vraiment là un effet de malédiction ? Cela me semblerait bien injuste. Ce que les Juifs ont fait dans ie temps, toutes les sociétés chrétiennes le feraient encore aujourd’hui. Le Christ, comme novateur, n’a pu et ne pourra jamais que s’attirer les haines de ceux qui tiennent à leurs privilèges !
Le curé d’Ars. — Vous avez raison , ma chère fille. Le Christ u a maudit personne. Ce sont les fuifs eux-mèmes qui font leur sort par un entêtement héréditaire.
Moi. — Cependant leurs malheurs ont été prédits, et l'Eglise se sert de cette prophétie pour faire croire à la malédiction divine, ce qui me semble un blasphème et un non-sens.
Le CURÉ d Ars. — Oui, évidemment ; mais l’Église se trompe, de nouveau, de bonne foi. Quant aux malheurs des Juifs, c’est le Christ lui-même qui les a prévus.
Moi. — L’Eglise voit encore un signe particulier dans la destruction de Jérusalem et l’impossibilité, dont parlent les historiens du temps, d’y reconstruire le temple écroulé ?
Le curé d’Ars. — Bien d’autres villes et bien d’autres temples se sont effondrés ; c’était le sort de Jérusalem de disparaître comme tout finit par disparaître.
Moi. — Mais les boules de feu qui sortaient de la terre quand les ouvriers, commandés par Julien l’Apostat, s’étaient mis aux travaux du temple, ne sont-elles pas un signe manifeste d une intervention occulte, du moins?
Le CURÉ d’Ars. — Ce fait n’est qu'une invention (i).
Moi. — Et Jean-Baptiste, qui est-il ?
LE curé d’Ars. —Jean-Baptiste était le précurseur, le préparateur du terrain.
Moi. — Est-ce vrai qu’il tressaillit à l’approche de Marie portant l’Enfant Jésus dans son sein?
Le CURÉ d’Ars. — Non : du reste, cela n’a aucune importance.
(1) Cette réponse de l’Esprit du curé d’Ars, en face d’un « fait historique * (Cependant oserait-on prétendre que l’histoire nous rapporte la vérité absolue? Dans une récente affaire retentissante, combien les contemporains ont varié dans leurs dires!) a quelque peu surpris certains lecteurs. A leur tour en rapport avec l’Esprit d’un pasteur protestant (le pasteur Gollmann), ils le questionnèrent sur l’apparente erreur commise par mon instructeur invisible. Voici l’explication qu’ils en obtinrent par voie médianimique : « S'il suffisait aux Esprits de passer du plan astral au Paradis pour devenir omniscients , il n’y aurait plus de progrès à réaliser. Pour nous donc, aussi bien que pour les incarnés, la science et les qualités ne progressent que petit à petit. C’est une croyance bien fausse que de supposer la mort capable, par elle-même, de métamorphoser l’essence de l’être. Dans notre monde, tout comme dans le vôtre, on n’avance que pas à pas. Il ne faut pas s’étonner qu’un Esprit qui était surtout méritant au point de vue moral plutôt qu’intellectuel, ait pu se tromper sur un fait historique, très important sans doute, mais bien éloigné. En pareil cas, j'avoue mon incompétence ou je recours aux lumières d’un ami plus élevé. » (« Communications spirites de Laval », 17 juin 1905. Vie Nouvelle .)
Moi. En est-il de même de cette prétendue étoile qui devait montrer le chemin aux mages vers la crèche de Bethléem? Comment tout un globe céleste aurait-il pu traverser l’espace en changeant son orbite et en menaçant l’équilibre du Cosmos; comment Dieu aurait-il choisi un guide si monstrueusement gigantesquè quand il n’avait qu’à charger un délégué quelconque pour cette simple mission ?
Le curé d’Ars. — Sans doute. Aussi ce n’était qu'un rayonfluidique qui rattachait l'enfant Jésus à sa vie spirituelle .