‹ Souvenirs et problèmes spiritesChapitre 8 sur 18 · QUATRIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

QUATRIÈME ENTRETIEN

Moi. — L’explication de la résurrection du Christ que vous m’avez donnée, il y a quelque temps, étaitelle la suite de votre raisonnement personnel ou est-ce un enseignement que vous avez reçu?

Le CURÉ d’Ars. — Ce sont les deux. Le Christ lui-même m a appris cette vérité. Il vient souvent dans la sphère où je suis parvenu. Il nous a fait comprendre que c’est sa puissance médianimique qui a produit la dématérialisation de ses molécules.

Moi. — Comment faut-il entendre l’enseignement de l’Eglise sur la résurrection de la chair de tous les humains à la fin du monde ? Toutes les vraies intelligences se sont heurtées à une semblable hérésie scientifique.

Le CURÉ d’Ars. — Par résurrection il ne faut entendre que celle du corps spirituel. C’est l’ignorance grossière

qui prétend que les cadavres, tombés en poussière, se reconstitueront. Ce ne serait un avantage pour personne, car les âmes ayant quitté la 1 erre, que feraientelles d’une enveloppe terrestre ?

Moi. — L’Évangile dit que le Christ a pu marcher sur les flots. Est-ce exact ?

Le curé d’Ars. — C’est la vérité. Jésus, vous le savez, était un puissant médium, et comme tous les grands médiums, plus même qu'aucun d’eux, il avait la faculté de s’élever au-dessus de la Ierre. L attraction de la Terre ne l’attirant pas, il pouvait se soutenir aussi bien sur l’eau que sur l’air.

MOI. — Si Jésus, le Messie, n’était qu’un puissant médium, il n’était pas Dieu, comme les catholiques le croient, mais alors était-il le fils de Joseph (i) ?

Le CURÉ d’Ars. — Je ne puis vous répondre. Les temps ne sont pas venus pour le dire.

Moi. — Il s ensuit que l’Église est presque excusable d’enseigner des erreurs, qu’on pourrait les lui pardonner si elle ne se faisait pas passerpour infaillible. Ne se serait-elle pas également trompée dans la canonisation de quelques-uns de ses saints? Ainsi saint Dominique, l’instigateur barbare de l'Inquisition, ne doit guère avoir mérité l’auréole des saints:

Le CURÉ d’Ars. — Non, certes. Mais il a eu, comme on dit, « des circonstances atténuantes », parce que,

(1) C'est à dessein que je posais toujours la même question, qui me semblait la plus importante.

s’il avait été jugé d’après la loi immuable de charité, il aurait trouvé le malheur au delà de la tombe ; mais il y avait déjà, comme il y a eu de tous temps, des déséquilibrés fanatiques qui agissent par un mobile qu’ils croient juste et saint.

Moi. — L’Eglise préconisant le culte de Marie, mère de Jésus, a-t-elle raison?

Le CURÉ d’Ars. — Oui, car la mère du Christ est une âme merveilleuse et très puissante.

MOI. — Je vous demanderai donc, comme je l’ai demandé à d’autres : à quelle époque remonte son culte ?

Le curé d’Ars. — Cela remonte à l’époque des premiers conciles.

Moi. — Qui en eut l’idée?

Le CURÉ d’Ars. — Quelques religieux qui ont eu des révélations. C’est même à ces révélations qu'on doit le progrès du respect dû à la femme (i) en général et qui n’existait pas avant qu’on eût fait de Marie une puissance céleste.

Moi. — Pourrais-je au moyen de mon médium évoquer la mère de Jésus?

Le curé d’Ars. — Non, non . (C'est l’Esprit qui souligne.)

Moi. — Alors elle ne m'écouterait pas quand même je la prierais beaucoup de se manifester ?

Le CURÉ d’Ars. — Elle vous enverrait un intermédiaire. 11 faut que vous sachiez, chère enfant, que le

(1) Je trouve que ce respect laisse bien à désirer.

Christ et Marie sont deux puissances au même degré (i).

Mol. — Je voudrais aussi connaître votre opinion sur la nature des anges. Sont-ce des êtres créés purs ?

Le curé d’Ars. — Non ; mais il y a eu des Esprits plus purs qui n ont jamais habité le système planétaire que vous connaissez.

Et après une réflexion de ma part que j ai omis de noter, l’Esprit continua ainsi :

Le curé d’Ars. — Je voudrais parfaire une explication que je vous ai donnée sur l’origine du Christhomme. Voici ce que je puis encore vous communiquer :

L’archange Gabriel était un esprit du même monde que la Vierge et c est pourquoi il lui a annoncé la naissance du Christ. Songez que Marie avait une grande facilité à vivre double , moitié sur terre, moitié dans les sphères, de sorte qu elle était, comme tout médium, entourée d’amis invisibles pour d autres qu'elle. Et ayant eu (2) plusieurs enfants, l’ange ou l’esprit Gabriel est venu, accompagné du Christ , la voir, avant Vincarnation de celui-ci, afin qu’elle sache que cet enfant à qui elle allait donner le jour était le Messie, pour lequel elle s’était elle-même incarnée.

(1) D'autres esprits n’étaient Ipas, sous ce rapport, du même avis; en tous cas, le cuté d’Ars fournit ici, peut-être, un argument contre l'infériorité primordiale du sexe féminin.

(2) Voir plus loin ma correspondance à ce sujet, avec un catholique.

souvenirs et problèmes «pirues

MOI. —J'en conclus que Joseph était quand même le père de Jésus.

Le CURÉ d’Ars. — C’est tout ce que je puis vous dire.

Moi. — Aux yeux de l’Eglise, ma supposition serait un blasphème. Voulez-vous, pouvez-vous me dire si l’on commet une erreur coupable en croyant Jésus fils de Joseph t

Le curé d’Ars. — Non, cela importe peu . Personne n est jugé pour ses erreurs de bonne foi\ et ce qu’on croit une erreur sur Terre ne l est pas toujours dans d’autres sphères.

Moi. — D’ailleurs, qu’est-ce que le mal ?

Le CURÉ d’Ars. —Le mal est éternel comme le bien, comme Dieu même ; il a toujours existé. Il n’a pas été créé (i).

Moi. — Les âmes commettent-elles le mal avant d’être incarnées ?

Le CURÉ d’Ars. — Non, ma chère fille, le mal est simplement la conséquence de la matière, c’est-à-dire de la faiblesse de l’esprit qui n’est pas assez fort pour la dominer.

Moi. — Il y a des spiritualistes qui ont écrit que l’Esprit ne s'incarne que parce qu il a jautê ’.

Le curé d'Ars. —Tout cela est inexact. L’âme est un souffle qui, sorti de l’Eternel, cherche un corps pour vivre. Le corps d’abord est rudimentaire et ne

(1) Voir plus loin ma correspondance à ce sujet, avec un catholique.

peut laisser le libre essor à une âme qui, du reste, ne pourrait en profiter; mais chaque vie est une école où l'on apprend quelques vérités. L âme au sortir d une existence, même grossière, y a pris quelque chose, et de même que les siècles passés ont eu un progrès moins rapide que celui dans lequel vous vivez, de même l’âme qui progresse très lentement dans les premières incarnations devient plus active et plus prompte, à mesure qu elle s’élève. Ainsi, je me résume. Le mal vient de la grossièreté de l’âme qui n a pas encore subi le nombre voulu d évolutions. C est pourquoi, ma chère fille, il ne faut pas vous enorgueillir de vos bons penchants (i), votre voisin y arrivera à son tour .

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