US HISTORIES DE IA DÉVOLUTION DE JCILIET
11 n'est pas moins curieux de voir comment les révolutions sont racontées, que de voir comment elles sont faites. L’historien, à son insu, fait souvent partie de l’histoire; il s’y ajoute malgré lui, parce qu'il met dans son récit les passions et les idées de son parti. De celte manière, il n'est plus seulement un narrateur, il devient un témoin. 11 est surtout curieux de voir comment l’histoire est racontée dans les commencements d'une révolution. Qu’elle soit écrite alors par les partisans ou par les adversaires de cette révolution, non-seulement il ne faut pas attendre d’impartialité , il ne faut pas même attendre la moindre mesure dans le récit : tout
est excessif en bien et en mal. Est-ce un partisan delà révolution <jui écrit, tous ceux qui ont défendu la révolution et qui l’ont faite sont des héros cl des saints, tous ceux qui l'ont combattue sont des monstres; tout est vertu ou vice, génie ou stupidité; rien de médiocre, rien d’incertain, rien d'imparfait , rien d'humain enfin. Si c'est un adversaire de la révolution qui écrit, même exagération en sens contraire, tout est horrible et odieux; les vaincus sont des victimes et des martyrs; les vainqueurs des scélérats et des bourreaux. Voilà la justice et la modération de l’histoire le lendemain d'une révolution.
Outre la partialité de l'esprit de parti, l'histoire a encore alors un autre danger à craindre: c’est la vanité et l’amour-propre des acteurs. De même que l'acteur croit, si la pièce réussit, que c’est à lui qu’en est le mérite plutôt qu’à l’auteur; de mémo les acteurs des révolutions croient aussi que ce sont eux qui font les événements. 11 n'y a de révolutions dignes de ce nom que celles où le peuple tout entier prend une part sincère ; les autres ne sont que des conspirations, c’est-à-dire des insurrections d’une ou deux personnes contre tous, ou des émeutes,