‹ Souvenirs et réflexions politiques: documents pour servir a l'histoireChapitre 17 sur 54 · TT=Ï · texte numérisé non relu

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sèment de tous les moyens coercitifs employés la dernière fois, mais bien sur l'expectative d'une résistance des républicains, fournissant contre eux roccasion d'un 2 décembre, cette fois-ci strictement légal et rigoureusement constitutionnel.

N'oubliez pas qu'il y a eu au sujet de la résistance à une nouvelle dissolution des thèses fort imprudentes à maintes reprises soutenues par les feuilles républicaines ; «lies ont dit que, le cas échéant, on en contesterait la légitimité ; on a parlé assez mystérieusement de précautions prises en vue de cette résistance, d'un certain local désigné dans une grande ville du Nord où la majorité de la Chambre dissoute, mais résistante, trouverait un point de réunion.

Si les choses en viennent à cette déplorable extrémité, il est douteux, suivant moi,qu'elles aboutissent à un succès parlementaire, quoique le courant de l'opinion soit manifestement dans le sens de la Chambre ; mais ce sera proj)ablement le signal de la guerre civile ; la Constitution sera déchirée, et on aura réussi à la faire déchirer par ceux-là mêmes qui y trouvent en ce moment un inexpugnable abri.

Dans tous ces plans, il est malheureusement trop clair! qu'on doit faire abstraction de la bonne foi. Si le litige que nous voyons aujourd'hui entrer dans sa phase la plus aiguë avait dû se résoudre par la bonne foi, nul doute que, dans la semaine qui a suivi les élections, il n'eût été aplani par un ministère de transaction que la Chambre eût trouvé installé lors de sa réunion; si la décision demandée à la nation avait été réclamée avec la seule idée de se conformer à la réponse, depuis longtemps, le pro- II. 5

ces serait clos ; le maréchal serait rentré dans l'irresponsabilité constitutionnelle dont les néfastes conseillers da i 6 mai Tont fait sortir ; il y serait rentré sans aucun doute amoindri et ébréché, conséquence inévitable d'incursions imprudentes et malheureuses, mais il s*y serait retrouvé avec une position encore importante et toujours investi de ce droit auquel les conservateurs auraient dû s'attacher uniquement : le droit de maintenir intégralement la Constitution jusqu'en 1880 ; avec ce droit et un Sénat dont le veto conservateur ne faisait pas doute, chaque fois qu'on eût voulu mettre en pratique des théories excessives, on pouvait faire, sans péril prochain, l'expérience de tous les ministères républicains qu'il eût convenu à la majorité de mettre en avant.

Aujourd'hui, il est vrai, on peut dire avec une apparence de raison que c'est justement pour maintenir l'intégrité de la Constitution que le maréchal s'est décidé à pousser la résistance à ses dernières limites, puisque, assure-t-on, c'est devant l'exigence de la majorité réclamant comme garantie la modification de l'article constitutionnel relatif à la dissolution, c'est devant cette exigence uniquement que la combinaison Dufaure ou Duclerc aurait échoué ; tout cela paraît incontestable. On voudra bien remarquer toutefois qu'il ressort de la déclaration faite hier à la Chambre par M. héon Renault et des paroles très graves prononcés par le président Grévy que l'exigence de la majorité au sujet du droit de dissolution n'a pas été formulée au maréchal d'une manière officielle et absolue.

Je crois, quant à moi, néanmoins, que cette exigence existe; on parviendrait peut-être, avec du bon vouloir, à

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l'arrondir quant à la forme ; mais, quant au fond, c'est à savoir une garantie précise contre une dissolution soudaine, tout indique que la majorité ne s'en départira pas , et qu'aucun cabinet parlementaire ne sera possible avant que cette garantie ait été obtenue.

L'exigence est excessive et blessante? je le veux bien; mais qui est-ce qui l'a produite, sinon le spectacle des sept semaines écoulées depuis les élections ? Ces sept semaines ont été uniquement employées par le gouvernement à tâcher de mettre en doute la signiGcation du scrutin, à contester le sens de la manifestation du pays et à chercher des biais et des combinaisons pour ne pas obtempérer au jugement rendu et qu'on avait soi-même invoqué, en déclarant qu'il serait décisif alors que l'on croyait l'avoir pour soi.

De là est sortie cette défiance dont nous voyons aujourd'hui les résultats lamentables.

Maintenant, dernière question à se poser : le Sénat en arrivera-t-il à voter une seconde dissolution? Je réponds oui, très probablement, et ce qui m'autorise à le penser c'est le scrutin d'hier, qui a fait sénateurs inamovibles MM. de Larcy et Ferdinand Barrot à une majorité de douze et treize voix, plus que suffisante pour enlever la dissolution. La majorité demeure donc, au Sénat, très ferme à droite. Comme, en demandant la dissolution, le maréchal présentera rigoureusement l'alternative de sa démission ou de la dissolution, il est présumable que le Sénat votera comme la première fois.

Une seule chose pourrait faire démentir ce pronostic et donner raison à l'affirmation du duc Pasquier, celleci : Que le groupe constitutionnel eût envisagé l'éven-

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tualîté (le la démission du maréchal comme favorable au but qu'il poursuit, c'est-à-dire qu'ayant pour la présidence un candidat de grande surface, il en arrivât à croire qu'au milieu de l'embarras des républicains, dénués de candidat imposant, aiguillonnés d'ailleurs par les inquiétudes que leur cause le bonapartisme, il devint possible de faire triompher au Congrès ce successeur du maréchal, qui serait, lui aussi, à cheval avec chapeau bordé et grand cordon, de plus remarquablement intelligent et cultivé, immensément riche, et à qui on doit dire tout naturellement < monseigneur i>.

Ce dénouement est sans aucun doute l'un des moins probables parmi tous ceux qui peuvent s'offrir à l'esprit; nous sommes dans un moment néanmoins où tous les coups de parti sont jouables, et bon nombre sont plus déraisonnables que celui-ci. J'ignore si on a été amené à s'entretenir de ce rêve entre sénateurs constitutionnels à la grande chasse où un certain nombre d'entre eux ont figuré récemment à Chantilly....

J'achevais cette lettre lorsque survient un visiteur bien informé, avisé, instruit, et, de plus, homme d'affaires. Voici son sentiment, beaucoup moins pessimiste que mes inductions, et voici égalejnent les raisons qu'il allègue, lesquelles sontd'ailleurs, plausibles à beaucoup d'égards: « Vous croyez, dit-il, que le duel de l'exécutif et du législatif est désormais inévitable; je vois les épées, j'accorde qu'on les a tirées de l'étui; ce sont des épées de premier ordre, et le combat avec elles serait inévitablement meurtrier; eh bien, je constate que le sacramentel : « Engagez, Messieurs! » prononcé par le premier témoin, et qui ouvre seulement le combat, n'a encore,

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grâce à Dieu I été prononcé par personne ayant pour cela qualité.

> Au contraire^ après la manifestation du budget et la note Havasy ce qui s'est produit, c'est la déclaration Léon Renault, la déclaration plus importante du président (îrévy et les notes officielles plus importante encore des groupes de la gauche sénatoriale. Que résulte-t-il de toutes ces manifestations? Ceci : que la condition de la révision de la Constitution, impliquant la nécessité des deux tiers pour le vote de la dissolution, n'a jamais été formulée d'une manière officielle et irréfragable. Que faut-il en inférer ? C'est que tout accommodement sur ce chapitre n'est pas irrémédiablement interdit et qu'on peut encore arriver, sans modification constitutionnelle, sans Congrès, chose à laquelle, au surplus, quantité de membres de la gauche, M. Dufaure en tête, répugnent singulièrement, à trouver contre le péril d'une nouvelle dissolution une garantie qui finira par sembler suffisante.

» D'un autre côté, en ce qui louche la note présidentielle publiée par Havas, on sait qu'il existe une note de M. Duclerc, laissée, contraîrenient à la prudence habituelle du personnage, entre les mains du maréchal, dans laquelle note M. Duclerc, en son nom personnel et sans mandat, indiquait cette modification constitutionnelle dans le sens des deux tiers, comme une des exigences probables des républicains ; c'est sur cette note que les conseillers de la résistance à TÉlysée se sont fondés pour envoyer à Havas la communication qui a tant ému; ces débats autorisent à soutenir qu'il n'y a eu ni duplicité, ni mauvaise foi, ni piège tendu.

» On est sur le terrain, ajoute en terminant mon interlocuteur, les armes sont en mains, et pourtant je parie finalement en faveur du déjeuner. Il sera assez guindé probablement et d'une cordialité modérée, peu importe ! A l'extrême dernier moment on s'entendra juste assez pour ne pas se battre. y>

Tel est Tavis d'un optimiste. Ainsi soil-il !

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