M, GRÉVY ET LA PROPOSITION D'ENQUÊTE
Je me disais : L'intérêt de la majorité républicaine est de ne rien risquer d'exagéré. A quoi bon? Le temps travaille pour elle, le courant de l'opinion est manifeste. Deux points seulement lui importent : ne fournir contre elle aucun prétexte plausible dont on puisse s'emparer pour arracher au Sénat une seconde dissolution, et conserver l'opinion. La majorité du Sénat est imperceptible; même aujourd'hui, elle est incertaine. Étant données les dernières élections des conseils généraux, il est évident qu'au prochain renouvellement du tiers, cette minime majorité s'évanouira, que les deux majorités deviendront alors isochrones et qu'à ce moment tout ce qu'il conviendra au pouvoir législatif de décider sera irréfragable.
Ces corps collectifs, me disais-je, sont-ils donc incapables de cette patience que pratiquent facilement les esprits concentrés et robustes qui attendent leur heure, pourvu qu'ils soient assurés, le moment venu, de frapper un coup écrasant ?
Premier point pour la majorité législative : se can- ' tonner avec un excès de scrupule non seulement dans \ l'esprit, mais dans la lettre delà Constitution; ne pas / fournir même l'apparence d'une excuse à une seconde / dissolution, et attendre. Je le répète, le temps travaille pour elle.
Je sais l'objection : c Mais cette attitude, réplique-t-on, est destituée de toute espèce de sanction pratique. Il faudrait donc pendant une année, plus peut-être, tolérer sans punition l'incapacité triomphante, laisser paisiblement le pouvoir aux mains maladroites, faibles et violentes en même temps qui s'obstinent à le garder en dépit de la volonté clairement démontrée de la majorité
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de la nation. N'est-ce pas une véritable dérision? Je reproduis l'objection avec l'âpreté de forme habituelle à l'opinion républicaine.
— Sans doute, dirai-je de mon côté, si c'est la fin qui avant tout vous importe, tout cela demeurera provisoirement sans sanction, tout cela s'évaporera en paroles amères, en protestations véhémentes, en déclarations de principes platoniques; la majorité nationale, dont vous avez le droit de vous dire en ce moment l'expression, attend autre chose, assurez-vous. Eh bien, n'ayez qu'elle en vue, ne songez qu'à l'opinion. Or, cette opinion se fortifie, s'accroît, se développe, en raison même des obstacles qui vous sont opposés. Du moment qu'il faudra finir par des élections, en arriver en dernière analyse à un scrutin, il y a tout avantage à ne pas être gouvernement et à continuer le rôle fructueux d'opposition, surtout quand, d'après les principes parlementaires, on devrait posséder le pouvoir.
S'il est une chose que les dernières élections ont démontrée, c'est l'impuissance électorale de la pression administrative. On n'a rien ménagé, assurément, pour la faire agir dans le sens conservateur. Quel résultat a-t-on obtenu? aucun qui en valût réellement la peine. On a fait comme un joueur de loterie qui dépense mille francs de mises pour gagner un lot de cent francs.
On n'obtiendrait pas mieux si l'on recommençait la partie. Toutefois l'intérêt des républicains est de patienter de telle sorte qu'ils ne donnent aucun prétexte pour remettre légalement les dés au cornet, et pour que la solution, qui semble inévitable dans leur sens, d'après le courant actuel, arrive à son heure, d'autant plus irrésis-
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