M. GRÉVY ET LA PROPOSITION D'ENQUÊTE
tible quelle aura été plus longuement attendue. Leur patience, l'exagération de leur réserve et de leurs scrupules ne peut que corroborer l'opinion à leur bénéfice.
Leur jeu véritable est de dire sans cesse au pays : Si on tenait compte de votre volonté, c'est entre nos mains que le gouvernement devi*ait reposer dès à présent. Vous voyez que votre volonté est regardée comme nulle et non avenue; nous protestons, nous démontrons à l'aide de la publicité retentissante de notre tribune, qu'il est impossible d'étouffer, à quel moyen on a recours, quelle casuitisque on invoque pour empêcher l'accomplissement de votre volonté; allons-nous maintenant passer à une action effective pour que votre volonté devienne une réalité immédiate? Non! et pourquoi? parce que l'accomplissement de cette volonté est inévitable dans un laps de temps, somme toute assez bref, et qu'aujourd'hui, en essayant de la faire prévaloir de vive force, nous risquons un résultat prochainement certain.
Il m'avait paru que la proposition Albert Grévy et / l'enquête à laquelle elle aboutit pouvaient conduire les / républicains à une impasse absolument sans issue; en i effet, la seule conclusion pratique qu'elle puisse obtenir { est réalisable sans commission spéciale, puisqu'elle con- I siste dans l'invalidation des élections qui sembleront ' entachées de manœuvres gouvernementales exagérées;^elle a une autre conclusion, celle-ci purement d'opinion, celle qui résulte de la publicité donnée à tous les faits abusifs; au delà, la majorité de la Chambre ne peut rien; j'admets qu'elle formule le blâme le plus catégorique contre les préfets qu'elle accusera d'actes excessifs, et que même ce blâme en arrive à être nominatif; ce
■"'TF
n'entraînera pas nécessairement la retraite du préfet blâmé, puisque la majorité de la Chambre ne peut pas même à elle seule obtenir la chute d'un cabinet directement censuré.
Ce n'est pas là sans doute du parlementarisme pratiqué avec un esprit sincère, mais c'est un fait qui s'impose. La majorité actuelle des députés ne sera irréfragablement maîtresse de la situation que le jour où la majorité sénatoriale se sera déplacée; peut-elle attendre jusquelà, en s'occupant dans l'intervalle à démontrer de plus en plus à l'opinion, déjà si montée, les maladroites exagérations du ministère actuel ? et quand ce ministère aura disparu, en ne laissant qu'une existence précaire en ce qui la concerne, aux ministres subséquents, si les ministères sont de la même couleur?
Voilà, je crois, dans quel cercle modeste, mais raisonnable et aboutissant à une inévitable conclusion, son intérêt actuel lui conseille de se renfermer; s'y renfermera-t-elle? J'en ai douté en écoutant la proposition Grévy; les commissaires enquêteurs que pourront-ils faire? Tout ce qui est officiel, fonctionnaires d'un ordre quelconque, se refusera évidemment, par ordre, de comparaître devant eux et de fournir le moindre renseignement; ils auront donc uniquement ceux qu'ils possèdent dès à présent, c'est-à-dire ceux de leur opinion; l'enquête n'apprendra rien de plus à personne que ce que la discussion sur les validations peut apprendre.
Quant aux sanctions pénales, on ne voit pas davantage lesquelles sont possibles si l'on se trouve en face d*un ministère qui se refuse en principe à tout rapport avec la Chambre et qui, par conséquent, ne tiendra