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LUI

LE MESSAGE DU MARECHAL DE MAG-MAHON Paris, M décembre 1877.

Je n'ai pas le loisir aujourd'hui, à cause de. l'heure tardive où le Message présidentiel nous a été connu à Paris, de me livrer à mes développements habituels, et cependant je désire vous faire part, sans perdre un jour, de quelques-unes des impressions principales que ces événements provoquent dans le milieu que j'observe. La plus curieuse de ces impressions peut, suivant moi, se traduire ainsi : On est enchanté que le maréchal ait cédé et très heureux que sa résignation dispense de songer à son remplacement; car le sentiment de la classe moyenne à Paris était formé de celte antinomie : le conserver, mais le conserver soumis à la décision électorale. Je voyais croître l'irritation ces jours-ci, et je vous en ai fait part, sur l'idée qu'il s'était invariablement buté à la résistance, et que, par conséquent, celte obtination allait conduire à des extrêmes : refus d'impôts, démission, choix d'un nouveau Président, peut-être guerre civile ; tout cela semblait une perspective épouvantable ; mais, comme la majorité de la population était fermement con-

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vaincue que le bon droit et la légalité étaient avec elle, je ne crois pas qu'elle eût reculé même devant les conséquences qui lui semblaient le plus redoutables.

C'est pour elle néanmoins un soulagement immense de voir que la résignation du maréchal la délivre du long cauchemar dans lequel elle vit depuis des semaines, et qui lui faisait regarder à tort ou à raison la volonté obstinée d'un seul homme comme l'unique obstacle à la transaction après laquelle elle aspirait. Je me répéterais fort inutilement si je reprenais tous les regrets que je n'ai cessé de formuler au sujet de la lenteur et des tergiversations maladroites qui ont précédé l'évolution inévitable à laquelle nous assistons. On aurait liquidé la né- . faste entreprise du 16 mai, il y a six semaines encore, avec moitié moins de perte qu'aujourd'hui. Maintenant, voici la liquidation faite : elle est terriblement onéreuse pour les conservateurs.

Pourtant, les républicains, qui ont eu jusqu'ici incon testablement dans leur sens le courant de l'opinion, se tromperaient s'ils voulaient pousser leurs avantages beaucoup au delà de ce qu'ils obtiennent en ce moment. Autant cette opinion a été vive et décidée pour les soutenir quand ils ont revendiqué l'application sincère de la loi des majorités, autant elle deviendrait tiède et hésitante s'ils cherchaient à pousser leur succès jusqu'à la destruction du maréchal et jusqu'à la modification de la Constitution. Je ne m'aperçois pas que l'abnégation absolue et sans réserve dont il vient de faire preuve soit interprétée par l'opinion moyenne dans un sens à lui défavorable, et les appréciations violentes dont il est l'objet de la part de quelques conservateurs enragés, me

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•semblent, au contraire, lui ramener toute une couche d'opinion.

Comme on n'a jamais beaucoup compté sur sa perspicacité politique, mais qu'on l'a toujours considéré comme un homme loyal et droit, sans ambition personnelle, très préoccupé de ce qu'il croyait son devoir, plein d'anxiété et de souci au sujet des engagements dans lesquels il croyait son honneur intéressé, on reste persuadé que son entourage, ses habitudes, ses relations mondaines ont été les seules causes des hésitations et de la marche incohérente de sa politique depuis six mois; s'il avait été mieux entouré, mieux conseillé, mieux éclairé, on est persuadé que de lui-même jamais il ne se serait jeté dans les hasards où il nous a lancés.

Tout cela reste au compte des conseillers auxquels on suppose qu'il a jusqu'ici obéi avec une abnégation qui, probablement d'ici à peu de jours, est menacée d'une singulière récompense. Le sentiment général à l'égard du maréchal est donc, suivant moi, très loin d'être malveillant; il se résume en une sorte de commisération respectueuse; on sent qu'il a dû passer par des angoisses douloureuses, par de terribles déchirements, pour en arriver à l'inévitable abandon dont le ministère et le message forment la conclusion. On lui sait gré cependant d'avoir résisté à cette amertume et de s'être bravement sonmis plutôt que démis ; car, je le répète, la démission ouvrait des perspectives inconnues, où l'on serait entré sans doute s'il avait été impossible de les éviter, mais qu'on est présentement reconnaissant de ne pas avoir à traverser.

Ace sentiment se joint celui d'une lassitude singulière.

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