II
Si le parti républicain ne tient pas compte de cette lassitude, de rincommensurable besoin de la population de faire halte plus ou moins longtemps, ne doutez pas d'un revirement rapide de l'opinion. Je ne crois pas d'ailleurs qu'il ait maintenant le dessein de marcher trop vite. Le Message, bien mal écrit d'ailleurs et dont la forme étonne sous la plume d'un membre de l'Académie française, donne contre le retour d'un nouveau 16 mai des garanties qui doivent semble^^ plus Que suffisantes. D'autre part, un point capital, c'est la nomination de M. Waddington aux affaires étrangères à la veille d'un conclave; l'installation au quai d'Orsay d'un protestant et d'un bourgeois est un fait d'une immense portée ; il est plus significatif encore que la nomination de M. de Freycinet. On dit, d'ailleurs, que sur ces deux points M. Gambetta s'est montré formel.
Demain, je vous transmettrai les impressions et ce que je démêlerai des projets des partis. Je voudrais cependant voir aujourd'hui quelques-uns de ces conservateurs aveuglés que je rencontrai le soir du 16 mai, devant le Grand-Hôtel, et qui avaient l'air de partir pour la conquête du monde!
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LA RÉACTIO^' RÉPUBLICAINE. 111
Paris, 47' décembre 1877.
L*emménagement triomphal du parti républicain n'offre par lui-même rien d'extrêmement curieux, ni de réellement imprévu ; nous allons assister à une reprise de possession de la plupart des fonctions par les personnages qui les occupaient avant le 16 mai ; ils reviennent comme des habitants chassés par une invasion qu'un retour de l'armée, un instant battue, réintègre dans leurs foyersl II faut s'attendre d'ailleurs à ce que bon nombre de fonctionnaires antérieurs qui avaient trouvé grâce sous les ministères de HM. Ricard, de Marcère et Jules Simon, et que l'influence de FÉiysée avait alors réussi souvent à maintenir, vont cette fois-ci être obligés de disparaître.
Quand on s'est lancé dans l'extravagante entreprise du 16 mai, ou n'a pas plus songé à cet inévitable résultat de la défaite qu'à toutes les autres conséquences si graves qu'elle entraînait; on ne s'est pas dit une minute que jusqu'alors, si pressantes que fussent les réclamations républicaines, on parvenait toujours pourtant, quand il était question du personnel administratif, à y résister dans une certaine mesure, en invoquant la tradition, la
nécessité de ne pas bouleverser les services, la suite dans les affaires que des révocations trop nombreuses devaient forcément interrompre; par ce moyen, les deux tiers du personnel ancien, administratif et judiciaire, s'étaient trouvés sauvés. Les républicains ne s'emparaient de l'administration que peu à peu, par une sorte d'infiltration lente, et il en résultait que les éléments nouveaux s'imbibaient dans une certaine mesure du sentiment qui persistait dans l'ancienne hiérarchie. Tous ces fragments de l'ordre de choses antérieur, que des conservateurs clairvoyants se seraient uniquement étudiés à conserver, et qu'on ne pouvait conserver qu'à la condition de ne les jamais compromettre, le gouvernement brouillon et échauffé du 16 mai les a précipités sans mesure dans l'entreprise funeste à laquelle il présidait; il les a tirés à tout prix de la neutralité qui les protégeait, pour les faire militants et agressifs. On les a poussés à la bataille : ils sont battus; il est tout naturel qu'ils supportent les conséquences de la défaite.
Remarquez que de même que ces grands politiques avaient apporté un soin extraordinaire à couper derrière le maréchal tous les ponts qui pouvaient servir à sa retraite en cas d'échec, si bien que, quand le mouvement en arrière est devenu inévitable, le pauvre galant homme a dû passer à gué nombre de fossés pénibles où il laisse bien des pièces de son équipage, de même également ils ont eu la prévoyance de rendre d'avance ridicules et vaines toutes les protestations que les conservateurs désemparés pourraient être tentés de formuler contre le remaniement du personnel administratif. Pour le moment, on assure que, sous peu de jours, M. de
Marcère aura effectué sur la plus large échelle l'épuration au point de vue républicain des préfets et souspréfets. Quoi qu'il fasse, il ne fera rien de plus dans son sens que ce qu'a fait si allègrement M. de Fourtou en deux ou trois matinées. Comment réclamer contre ces hécatombes au nom de la bonne administration, quand les conservateurs ont donné un pareil exemple et qu'ils ont prouvé par leurs actes qu'ils ne se préoccupaient en semblable matière que des résultats électoraux ?
Au nom de quel principe et de quelle idée serait-on bien venu à récriminer, si M. Dufaure opère dans l'armée^ des justices de paix un contre- bouleversement analogue à celui que M. de Broglie y a effectué pour donner satisfaction à l'intérêt des partis qu'il s'efforçait de coaliser? Qui donc plus que lui a compromis la magistrature dans les luttes politiques?
M. Dufaure, quoi qu'il fasse, n'arrivera jamais au sans gène expéditif avec lequel ce grand seigneur a poussé le monde de robe dans la lutte qu'il avait engagée. Certes, je ne crois pas les républicains dénués de l'avidité des places ; mais leurs adversaires les ont pour ainsi dire excusés par avance; ils n'imagineront rien de plus fort que la nomination à brûle-pourpoint d'un avocat obscur à une charge de conseiller à une cour d'appel. Conseiller! la robe rouge d'emblée; c'est énorme! uniquement pour désintéresser cet ingénieux personnage, qui s'était posé en candidat rival du candidat officiel et qui avait fondé un journal ad hoc dont on a éteint le feu par ce moyen héroïque. Que voulez-vous qu'on risque de mieux que de pourvoir un gendre d'un grand emploi, pour s'assurer de la voix habilement douteuse du beau-
lU SOUVENIRS ET RÉFLEXIONS POLITIQUES.
père? Ces faits sont les plus saillants; on en cite une multitude du même ordre ; je veux bien que cela soit de tous les temps et de tous les partis, et que la politique, qui est fournie d'une chronique scandaleuse aussi variée que la chronique mondaine, cite dépareilles gentillesses au compte de toutes les causes; néanmoins ici, grâce à l'emportement et à l'urgence qui ont dominé pendant six mois la politique conservatrice, des faits comme ceux-ci se sont trouvés rassemblés dans un espace plus restreint que de coutume, et ils ont eu, en outre, je ne sais quelle apparence provocatrice et dégagée qui a blessé le sentiment général.
Il faut donc en prendre son parti ; le déménagement du personnel conservateur et le retour du personnel républicain, considérablement accru et devenu plus exigeant^ sont une conséquence forcée du mouvement qui a triomphé ; c'est un fait dont assurément les suites seront considérables. Ce que j*y trouve encore de plus désolant, c'est que les chefs du 16 mai se sont arrangés de manière à enlever aux conservateurs tout moyen de s'en plaindre, toute raison plausible de protester. Patere legem quam ipse fecisti; avec cette réplique toutes les doléances paraîtront sans intérêt et demeureront sans écho.
Il est donc inutile de s'arrêter avec détail à ce va-et-vient de fonctionnaires qui rappelle l'ironique description tracée à la fin de Candide : « On voyait passer des bateaux remplis de pachas et d'effendis que l'on emmenait en exil à Chypre et à Lemnos; d'autres bateaux amenaient d'autres pachas qui venaient remplacer les premiers et qui à leur tour étaient exilés. » La masse du public est devenue au fond absolument indifférente à ces
alternatives de la menue fortune politique, et n'attache aucuH prix à ce qu'un rédacteur du X/X* Siècle ou de la République remplace à la préfecture de Limoges ou d'Alençon un rédacteur du Français ou du Moniteur; elle en conclut seulement que ces carrières>là ne sont plus que des parties de dés et que tout homme qui se sent un certain mérite personnel, du courage et de la capacité, doit à l'avenir mettre tous ses soins à les éviter.
A mesure que les mœurs démocratiques se développeront parmi nous, ^ mesure également le recrutement des carrières administratives, dans les emplois moyens, deviendra plus difûcultueux. On rencontrera toujours pour le ministère et pour les Chambres une surabondance de candidats, dont quelques-uns dans le nombre pourront se trouver d'un vrai mérite; mais des jeunes gens corrects, instruits et de mœurs suffisantes pour s'en aller sous-préfets à Orange, à Bergerac, ou à Domfront, rien ne me prouve que, dans dix ans, s'ils ont assisté à deux | ou trois déménagements du genre de ceux que nous voyons depuis quelque temps, on en trouve en aussi grand nombre qu'il sera nécessaire.
On en sera amené alors soit à réduire la quantité exagérée des fonctionnaires, ce qui serait, suivant moi, la meilleure voie, soit à leur attribuer une sorte dégrade civil par lequel ils échapperaient aux remue-ménages électoraux, parti qui répugnera à tous les ministères, à ceux de gauche pour le moins autant qu'à ceux de droite, soit à avoir la manche large pour l'occasion aux fonctions de second ordre, qui deviendront le refuge temporaire des déclassés et des fruits secs politiques.
C'est là qu'est le futur et prochain péril du parti dé-
mocratique. La difficulté principale gît dans la formation d'un personnel administratif et politique pour les seconds emplois. Sa troupe parisienne est incontestablement en mesure de lutter avec avantage contre la troupe conservatrice. Dans les Chambres, dans la presse, la supériorité de savoir, d'intelligence et d'habileté penche en ce moment du côté républicain ; mais la troupe de province est à créer, et je n'en vois pas jusqu'ici les éléments. Quand on aura replacé une vingtaine de préfets intelligents et corrects, tels que MM. Decrais, Hendlé, de Brancion, ce qui sera accompli d'ici à deux jours sans plus tarder, on aura épuisé le dessus du panier, et au delà on subira un grand déchet.
Ce n'est pas par les opinions et les idées que les prochains fonctionnaires courent risque d'échouer; ce sera par les manières et par les habitudes sociales. Quand on a vu la province et mesuré la pruderie scrupuleuse qui y domine partout, on sait que, dans la lutte actuelle, la question des habitudes et des manières a été pour le moins aussi vive^que la question des idées. Sous la dénomination de parti républicain et de parti conservateur, c'est la rivalité de deux catégories sociales qui s'est le plus souvent produite. Il n'est guère de chef-lieu de département où ce que Ton appelle la société, agrégat composé d'une base légitimiste, d'un sédiment orléaniste et d'une abondante alluvion bonapartiste, n'ait eu à soutenir la concurrence contre une couche de bourgeois nouveaux venus, avoués, médecins, commerçants récemment enrichis, qui entendent devenir à leur tour la société et accaparer l'importance locale. En résumé, presque partout la lutte de la République contre le con-
çervatisme s'est symbolisée par la rivalité du Cercle de runioHf dans lequel fusionnent la noblesse et l'ancienne bourgeoisie, contre le Cercle du commerce ^ naturellement libéral et républicain, puisque tous les éléments de la nouvelle bourgoisie s'y sont concentrés.
Comme de longue date je n'ai, pour ma part, aucune illusion sur la valeur et la médiocre culture des gens d'ailleurs polis et bien élevés qui composent le Cercle de l'Union, et que je sais qu'en vertu d'une inéluctable loi historique, toutes ces pseudo-aristocraties qui ne reposent que sur des manières, qui prennent les préjugés pour des principes et les scrupules pour des doctrines, sont vouées à la défaite, je n'ai jamais douté du triomphe final du Cercle du Commerce ; mais c'est le lendemain de la victoire que commencent les difficultés profondes ; il est plus facile de s'emparer d'un gouvernement que de gouverner; la question de bonne tenue et de correction de ses agents en province sera l'une de celles dont le parti républicain fera bien de s'occuper sérieusement. Avec des manières décousues, avec trop de sans gêne, le Cercle du Commerce lui-même sera bientôt refroidi et scandalisé, et se sentira sans réponse contre le dédain et les quolibets du Cercle de l'Union.
Le parti républicain a besoin plus qu'aucun autre d'un personnel sérieux, modeste et tolérant. Le formera-l-il? je n'en sais rien; à l'œuvre seule, on en pourra juger; mais, s'il s'imagine que sa mission désormais est de donner satisfaction à la poignée de démocrates, bruyante et mal équilibrée, qui se rencontre dans tous les centres provinciaux, et que c'est sur les exaltés que ces fonctionnaires devront prendre leur point d'appui, il faudra beau-
coup moins de temps qu'on ne le croit pour donner naissance à une réaction en sens inverse du mouvement qui vient de triompher.
Quant au parti conservateur envisagé dans son ensemble, n'en doutez pas, c'est, avant tout et jusqu'à nouvel ordre, la rés^nation qui y prévaudra. Les étatsmajors ne désarmeront pas assurément; ils n'ont de raison d'être qu'à cette condition; mais le gros de l'armée est envahi par une lassitude profonde, et, tant que le parti républicain n'aura pas commis de grands excès, atteint profondément les intérêts, ou troublé les habitudes sociales, le parti conservateur ne sortira pas de son découragement.
En somme, sa masse moyenne commence à analyser la marche des derniers événements; elle s'aperçoit très bien que, depuis sept mois, les chefs des divers partis coalisés qui constituaient la direction conservatrice ont fait preuve d'une capacité médiocre et d'un incorrigible égoïsme. Ce qu'il y avait de plus clair en chacun d'eux, c'était une visée utopique, des formules sans réalisation possible et des déclamations de théâtre que l'examen le plus simple de la réalité réduirait à néant. Aussi, quand un conservateur pratique tel que M. Pouyer-Quertier est venu, au dernier moment, démontrer au maréchal qu'on le berçait de chimères, qu'on était à l'extrême frontière d'un coup d'État, que ce coup d'État on ne voulait pas le faire et que, le voulût-on, on ne le pourrait pas, parce qu'il manquerait de force et d'instruments et qu'il se heurterait inévitablement à une résistance passive contre laquelle rien ne prévaudrait, et, quand le maréchal, àqui personne ne semblait jusqu'alors avoir parlé avec une
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telle précision, s'est déclaré convaincu et éclairé et qu'il a envoyé rechercher M. Dufaure, cette masse moyenne lui a su gré de comprendre comme elle ce que depuis longtemps elle avait compris.
Quant aux démissions d*apparat de certains préfets, je crois qu'on se trompe si l'on s'imagine qu'elles soient de nature à produire le moindre effet, même sur cette masse moyenne conservatrice dont je m'applique à démêler les impressions, car on trouve qu'elles ne peuvent servir qu'à accentuer l'amertume de la résignation inévitable du maréchal. Or, le sentiment général est qu'il a fait preuve d'abnégation en restant à son poste, et qu'en définitivele dénonement de la crise eut été infiniment plus périlleux s'il n'avait écouté que son goût personnel, et s'il avait refusé de reprendre sa démission qui a été un instant écrite et signée*
D'ailleurs, les indignations de certains préfets sont d'un style suranné et romanesque qui n'échappe pas au ridicule. Voilà M. de Biancourt, par exemple, qui invoque ses obligations de gentilhomme et qui reproche au mare* chai de l'abandonner comme un suzerain félon qui livrerait un vassal aux Sarrasins! Tout cela est d'une littérature tant soit peu frelatée; c'est une combinaison bizarre de Feuillet, de Dennery et de la Vie parisienne. Du moment que le conservatisme ne veut pas comprendre^ qu'il n'a d'autre base sérieuse que l'exacte appréciation des intérêts, la notion du possible, qu'il ne veut pas tenir compte de la nécessité des situations, ni sentir que c'est encore un bien que le choix du moindre mal; qu'à tout cela, qui forme pourtant la substance de l'art politique, il substitue des déclamations de théâtre, des
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préjugés de salon, des antipathies mondaines, ont est obligé d'avouer qu'il mérite tous les déboires dont il est abreuvé.
LE SPIRITUALISME ET LE POSITIVISME ^ Paris, 19 décembre 1877.
J'ai eu l'occasion de lire l'exposé que les sœurs de Saint-Vincent de Paul, qui dirigent à Saint-Denis un orphelinat de jeunes filles, adressent aux personnes charitables qu'elles croient disposées à aider leur œuvre; ce compte rendu, tracé avec beaucoup de simplicité et une touchante modération, ressemble néanmoins en ses traits généraux à tous ceux que les entreprises catholiques font de temps en temps parvenir aux âmes croyantes qui s'intéressent à leurs efforts. Tous donnent l'idée de fondations sociales évidemment utiles et bienfaisantes, essentiellement moralisantes.
Ces fondations abondent dans les grandes villes, et à Paris plus encore que partout ailleurs ; quelques-unes sont de véritables merveilles de zèle, d'audace et d'ingéniosité. Je citerai dans ce genre, comme un véritable exemple de la hardiesse superbe qui préside au dévelopment de beaucoup des œuvres de la charité religieuse, la maison fondée à Auteuil par l'abbé Roussel.
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. Cet abbé, homme d*un tempérament incontestablement populaire, d'une activité et d'une ressource étonnantes, alerte, familier comme le fut saint Vincent de Paul, s'est imaginé, sans un sou vaillant, d'organiser un refuge dans lequel il accueillerait les enfants idiots, rabougris, in« complets ou endommagés, eu un mot, tous ces détritus humains que la civilisation corrosive de la grande ville produit si abondamment ; il s'est persuadé de plus qu'il parviendrait à en tirer parti, non seulement qu'il les nourrirait, mais qu'il les redresserait, qu'il leur donnerait une certaine éducation, l'aptitude et l'habitude du travail.
Vous avez ouï parler de ces manufactures bizarres qui accaparent les vieilles étoffes de laine, les morceaux dépareillés et hors de service; on ramène tous ces chiffons à une sorte d'état primitif, on les détisse, on les re* carde, on en reconstitue une laine, puis on la file et on en tire des étoffes qui fournissent encore un assez bon service. L'abbé Roussel, avec ses chiffons humains récoltés dans tous les ruisseaux, arrive à des résultats moraux encore plus curieux que ceux de ces fabricants. Toujours est-il que sa charitable et touchante usine, commencée, comme je le disais, avec une absence complète de capital, trait commun à la plupart des fondations de la charité religieuse, a acquis des proportions considérables. 11 façonne, il éduque, il rend productifs des centaines d'êtres disgraciés que Sparte eût précipités dans le Taygète, comme le potier qui rejette à la masse de son argile les produits manques et mal venus de sa fabrication.
Cette manière d'envisager les détritus et les scories de l'humanité et cette admirable obstination à vouloir en
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tirer parti sont une conséquence du spiritualisme chrétien; à travers ces corps déformés et imparfaits, le chrétien voit une âme qui lui semble d^autant plus intéressante qu'elle est logée dans un plus misérable habitacle ; c'est à cette âme, à cette personnalité immortelle et, à ses yeux, quasi divine, que s'adresse son dévouement. On peut philosophiquement penser ce que Toa voudra de cette hypothèse. On ne lui reprochera pas en tout cas d'avilir l'idée que l'homme se forme de luimême et de sa destinée, et, en n'envisageant que les résultats sociaux qu'elle obtient et les entreprises qu'elleinspire, on en saluera la puissance et l'efficacité.
M'attachant, ainsi que je m'y plais, au mouvement des idées dans la société contemporaine, je ferai remarquer que cette conception spiritualiste, sur laquelle repose uniquement la charité, se trouve chaque jour menacée davantage par le courant grossissant des idées positivistes. Je n'entreprends pas contre elles, notez-le, un réquisitoire formel; je ne cherche même pas à dissimuler l'attrait que quelques-unes de ces idées m'inspirent. En tant que méthode, le procédé de classification et de comparaison du positivisme me semble l'un des instruments les plus énergiques de savoir que l'intelligence humaine ait jusqu'ici construits; appliquée à la science, l'observation positive me paraît d'une incontestable fécondité, justement parce qu'elle se défend des conclusions absolues et qu'elle maintient, comme étant rationnellement insolubles, certains problèmes primitifs que la métaphysique classique réunit sous la rubrique de causes finales.
Mais, quand on passe de ce domaine abstrait, de cette région en quelque sorte insensible et glacée, au monde
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social, à l'humanité agissante et saignante, je ne prétends pas qu'on soit fondé à récuser absolument le mérite de l'influence positiviste ; mais j'affirme qu'il faut , savoir où elle conduit, et qu'on doit analyser avec virilité et sans illusions les conséquences que le développement de telles idées doit avoir sur les mœurs, sur le régime, sur les inclinations du monde au sein duquel nous vivons.
J'indique la plus rigoureuse et la plus inévitable de ces conséquences : le développement d'un organisme social ( de plus en plus dur, de plus en plus inhospitalier pour le faible, pour le chétif, pour le disgracié. On me répond par ce grand mot mal défini de démocratie : je ne vois pas d'abord en quoi la puissance du nombre et la domination des masses feraient obstacle à ce règne de la force que la conception positiviste autorise. Force scientifique, force organisée,force résultant d'une sélection assidue et méthodique, tant que l'on voudra ! mais qui, en vertu même de sa perfection, n'en piétine qu'avec plus d'indifférence sur l'infirme, sur l'être physiquement et intellectuellement mal conformé.
Quantité de civilisations antiques parmi les plus brillantes, parmi celles qui ont produit les fleurs les plus rares, ont été en même temps très démocratiques et très dures. A-t-on songé à ce que pourra être une démocratie darwinienne^ c'est-à-dire une société dans laquelle le terrible et dominant principe du darwinisme, le combat pour la vie, la struggle for life, aura prévalu?
Qu'on se le dise bien pourtant, la pente des idées dans la démocratie française est à présent dans le sens positiviste et darwinien; les démocrates à la manière de Rous-
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12i SOUVENIRS ET RÉFLEXIONS POLITIQUES.
seau, les démocrates spiritualistes et déistes de Técole du Vicaire savoyard et de Robespierre sont des échanlillons surannés, des espèces de blocs erratiques, vestiges d'une création disparue.
Cette démocratie scientifique et positiviste qui se substitue partout à la démocratie spiritualiste et idéale, qui fut le rêve et le tourment de la Révolution française, marche vers des conséquences sociales dont ne se doutent pas la plupart de ceux qui la propagent. Laissez agir le temps et se dérouler les idées, vous en verrez sortir, dans la pratique et dans les mœurs, une négation formidable de régalité ; le combat pour la vie fonctionnera dans la société comme dans la nature au bénéfice des plus robustes; il fonctionne déjà sous nos yeux, au point de vue économique ; dans le cycle des intérêts, la doctrine de la concurrence absolue, du laisser faire, laisser passer, est incontestablement un corollaire du principe darwinien; or elle a une conséquence, c'est le paupérisme industriel, Taccumulation progressive du capital et sa force sans cesse croissante dans les mêmes mains.
Où voulais-je en venir? A mettre en lumière Tune de ces mille contradictions et, suivant moi, Tune des plus profondes, qui constituent l'étrange tissu de notre société présente, et cela me ramène aux sœurs de l'orphelinat de Saint-Denis et aux petits malingrets de l'intrépide abbé Roussel.
Dans l'exposé que les sœurs de Saint-Denis adressent aux personnes bienfaisantes dont elles sollicitent les dons, je relève celte simple phrase : « On ne doit rien attendre des nouvelles municipalités. » Je ne crois pas, d'autre
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pari, que l'institution, de Tabbé Roussel touche la moindre subvention du budget parisien. D'ailleurs, on sait qu'il est de principe, pour les municipalités démocratiques, de refuser toute espèce de secours aux fondations qui résultent d'une idée religieuse, et qui ont pour base le sentiment catholique ou, comme on dit présentement, clérical.
Quand on s'élève contre cet ostracisme des démocrates et qu'on s'avise de leur faire honte de leur intolérance envers des institutions vouées au soulagement de la misère et de l'ignorance populaires, ils répondent par des raisons dont il faut tenir compte, et qui ne sont dépourvues ni de logique ni d'à-propos.
— Vous figurez-vous, disent-ils, que nous ignorions celle charité, que nous ne connaissions pas ses bienfaits et que nous soyions sans savoir que ces services et ce dévouement profitent à cette classe déshéritée, à ce résidu social que la démocratie se flatte d'améliorer ? Certes, nous ne sommes pas assez aveugles pour prétendre que la clientèle des petites sœurs des pauvres et que les nourrissons de Saint- Vincent de Paul se recrutent dans les couches monarchiques ou aristocratiques de la société, et cependant partout nous sommes obligés de faire la guerre à ces institutions et de leur refuser les secours dont nous disposons; vous vous en étonnez, vous demandez pourquoi. On peut le dire, c'est que, au-dessus de cette charité, nous sentons une politique dont cette charité n'est en quelque sorte que le décor et l'abri, et que celle politique est fondée sur la négation la plus agressive des idées que nous représentons.
» Vous insistez sur le sens populaire, sur l'esprit en
apparence démocratique qui inspire des œuvres telle» que les prphelinats des sœurs ou la maison de refuge du brave abbé Roussel ; mais au-dessous nous devinons la direction de l'évêque, du cardinal, celle de Rome; et cette direction constitue l'hostilité la plus violente à la société telle que nous la voulons; vous nous parlez de la bienfaisance et de l'abnégation de ces belles âmes; nous les reconnaissons, nous convenons même volontiers que ces religieux charitables n'obéissent à aucune préoccupation politique; il n'en est pas moins certain que, presque à leur insu, tous ces braves gens sont imbibés de senlimeuts qui sont la contradiction de tous les nôtres; assurément les dignes filles qui apprennent dans les ouvroirs l'alphabet et la couture aux petites pauvresses ne s'occupent ni de république ni de démocratie, et cependant, quand volis parvenez à tirer d'elles par hasard une impression se rattachant à ces matières, vous vous apercevez qu'elles envisagent la société actuelle, le monde moderne, tout l'ensemble d'idées au sein duquel nous évoluons, comme un monde de pestilence, où les principes mauvais ont pris le dessus sur les bons; leur idéal social et politique est à l'opposite du nôtre, leurs neuvaines et leurs prières implorent le retour d'un organisme que nous détestons; aussi partout les affinités les portent vers nos ennemis; ces serviteurs des humbles, des misérables, des disgraciés, ces sectateurs de la pauvreté, ces démocrates en action, sont en idée aristocrates et monarchistes ; le comte de Chambord, le droit divin, le trône et l'autel, tel serait pour eux le dernier mot du bon ordre.
» Et cela est tout naturel : quelle est la politique, quelle
est rinclinatioQ de l'Église ? On nous montre ses œuvres, qui sont démocratiques; nous voyons sa conduite, qui est absolument contraire; partout où il s'est produit une action violente contre les courants populaires, nous l'avons trouvée en association étroite avec nos persécuteurs; elle a béni toutes les armes qui nous ont égorgés; ce n'est pas avec des ouvroirs, des orphelinats et des hôpitaux qu'on pourra nous faire oublier cette invariable direction ; là charité catholique fait masse bon gré mal gré avec le catholicisme ; nous ne séparerons pas deux éléments si étroitement unis. La papauté politique a voulu être la clef de voûte de la pseudo-société d'ancien régime qui prétend réduire la nôtre ; nous acceptons l'antagonisme et nous nous efforcerons d'en avoir raison; pour y atteindre, il ne nous est pas permis de faire des exceptions parmi les forces qui se dressent contre nous et de mettre la charité catholique en dehors du catholicisme qui nous combat. »
J'ai résumé assez exactement, je le crois, le raisonnement de la démocratie. Il est à peine besoin de dire que, pour ma part, je trouverais beaucoup à y objecter, mais ce n'est point décela qu'il est questionici; ce que je veux faire remarquer, c'est uniquement la contradiction qui jaillit des choses, l'antinomie qui s'établit presque inévitablement entre l'inclination politique de l'Église, ses tendances, ses alliances, qui toutes sont aristocratiques, monarchiques en un mot, toutes tournées vers les choses d'ancien régime, et son action de charité, de bienfaisance qui semble toute populaire, toute démocratique et si propre à s'accommoder aux nécessités du monde nouveau.
Ainsi donc, on pourrait croire qu'ici la tendance poli-
tique et la tendance sociale forment une sorte d'antithèse. Je note le phénomène, et j'ajoute que toutes les conclusions qu'on en voudra tirer ne seront de longtemps que des inductions sans preuves définitives.
Maintenant, phénomène non moins curieux, cette contradiction, cette antinomie, cette antithèse qui éclate au seiu du catholicisme, si vous voulez y prêter une attention tant soit peu prévoyante, vous verrez qu'elle est en préparation également au sein 3e la démocratie. Là aussi, la direction politique et la direction sociale sont en train de se porter vers des résultats contradictoires. En devenant positiviste, matérialiste , darwinienne, la démocratie favorise la formation plus ou moins prochaine d'une société dure, rigoureuse, qui deviendra foncièrement aristocratique; c'est là sa pente sociale, tandis que sa pente politique, au contraire, incline vers un organisme égalitaire, vers une restriction graduelle de l'autorité, vers la prééminence du nombre, c'està-dire, en définitive, vers une société construite en faveur des petits, des humbles, des faibles, qui formeront toujours la majorité de la masse humaine.
Ces contradictions échappent «aux regards distraits : on ne s'explique pas par quelle bizarrerie, par quel aveuglement de passions la foule démocratique en arrive à considérer un abbé Roussel, une petite sœur des pauvres, comme une sorte de prolongement d'un ensemble d'idées qu'elle tient pour hostiles à toutes les siennes, tandis qu'en même temps elle regarde vaguement comme un ami un anthropologiste tel que le docteur Broca, lequel poursuit scientifiquement la démonstration de la thèse la plus anti-égalitaire qu'on puisse imaginer, ou un
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anatomiste positiviste tel que Charles Robin, dont les idées, quand on réussit à les clarifier, aboutissent à une sorte de sélection physique qui ferait fuir d'épouvante le Vicaire savoyard^ et qui, dans l'application, ne laisse aucune ressource à cet incommensurable déchet humain que la charité catholique s'efforce de sauver.
Il ne me parait pas inutile de prendre note de ces ^trangetés morales, dans les moments où la politique courante nous offre quelques entr'actes; c'est notre cas aujourd'hui, et j'en ai profité.
COUP D'ŒIL RÉTROSPECTIF SUR LE 16 MAI Paris, 21 décembre 1877.
Ces notes cursives sur le temps présent sembleraient incomplètes si je ne m'arrêtais pas une dernière fois pour recueillir dans une sorte de bouquet final quelques révélations qui jaillissent de côtés différents sur les incidents de la crise que nous avons traversée. Nous en sommes sortis grâce à quatre choses qui ont fini par se combiner après bien des heurts : la droiture et l'honnête simplicité du maréchal, la bonne tenue de l'opinion, le sang-froid. de la majorité des députés et le coup d'œil judicieux du groupe constitutionnel sénatorial.
Après tout ce que j'ai écrit presque journellement au cours de celte crise fastidieuse, je me garderai bien
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d'entreprendre à nouveau la démonstration en forme des propositions susdites; pas davantage je n'essayerai d'irîsist'er sur l'exactitude de la plupart des informations qui m'étaient parvenues et que les faits me semblent en général avoir corroborée; j'ai en vue en ce moment un autre objet, et le voici : à maintes reprises , il m'est arrivé de me lamenter sur la frivolité audacieuse, sur le manque de précision, enfin sur ce que je mç permettais d'appeler la fatuité politique des conservateurs. J'ai répété que leur manière de ^'engager dans l'entreprise la plus hasardée semblait uniquement provenir d'habitudes mondaines, d'antipathies et de préjugés de salon; j'ai dit que tout cela ressemblait plutôt à ces cabales qui se pratiquent dans les cercles élégants quand on veut faire blackbouler quelque candidat dont la provenance ou les attaches paraissent insuffisantes, qu'aux procédés mûris et calculés qu'on veut de prime abord supposera une politique qui risque une partie aussi redoutable.
Cette induction a semblé, m'a-t-on dit, à quelques lecteurs ou téméraire ou malveillante ; je veux m'efforcer de prouver que les révélations qui commencent à surgir autour de nous de côtés divers justifient mon jugement. Certaines de ces révélations font deviner, parmi toutes ces confuses intrigues, quelques particularités d'un comique accompli ; or c'est le comique qui met dans les événements la touche vraiment lumineuse. Shakspeare est dans le vrai : les drames complets sont ceux où le bouffon figure, le bouffon grave surtout, le bouffon inconscient, celui qui a de la dignité, des principes, une cravate blanche et des formules officielles, Polonius en un mot, cet incomparable grand-père de M. Prudhomroe
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COUP D*CErL RÉTROSPECTIF SUR LE 16 MAI. 131
Polon US qui complète Hamlet, non seulement parce qu'il est le père d'Ophélie — trait chajrmant et d'observation profonde, quantité de ces Prudhommes ont des filles charmantes qui ravivent la race, — mais surtout parce qu'il semble que son creux radotage de président d'un groupe de droite est plus efficace pour décider à l'action l'irrésolu prince de Danemark que l'apparition même du fantôme sur le rempart d'Elseneur.
Prudhomme-Polonius est devenu légion pendant ces derniers temps ; c'est lui incontestablement qui a présidé à la rédaction des notes sibyllines et gourmées qui ont paru en bonne place dans la plupart des feuilles conservatrices. Une fois l'action finie et la partie perdue, tout le monde a l'air de n'avoir plus songé qu'à se composer une attitude respectable, qu'à vouloir sortir de scène sur un mot qui portât; ceci est élémentaire en arl dramatique : Dennery y excelle, mais Clairville n'y est pas maladroit.
Les légitimistes classiques ont commencé : c On avait offert au maréchal pour la résistance, ont-ils déclaré gravement, un personnel et un plan. » Là-dessus les catholiques de rUniverSy qui sont à même de ne rien ménager et qui mêlent à leur rosaire certaines pointes gaminesques souvent intéressantes, se sont permis de demander quel était ce personnel et si ce plan par hasard n'aurait pas de nombreuses ressemblances avec le mémorable plan Trochu. Les légitimistes ont répliqué d'un ton pincé que les convenances leur interdisaient d'en dire plus long. Ah! convenances, convenances ! dernier refuge, lien suprême des partis qui se dissolvent, qui ne sont plus des partis politiques, mais des partis de salon, des
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agrégations de société. Convenances! conime vous apparaissez ici à point nommé.
Pourtant, ce personnel et ce plan méritaient d'être connus; il ne s'agissait plus, dans le cas qui nous occupe, de payer avec des phrases, avec des politesses sans conséquence; il ne s'agissait plus de mettre en ligne des déductions très belles démontrant académiquement que la société française s'en allait à vau-l'eau si la monarchie légitime n'était pas restaurée ; il fallait maintenant agir en personne, risquer l'existence correcte, bien élevée^ opulente à laquelle on est habitué, pour brasser de ses propres mains la pâte révolutionnaire.
Or les légitimistes, et M. le comte de Chambord plus encore qu'aucun de ses fidèles, sont des personnages académiques et littéraires; ils pensent qu'il doit leur suffire de professer des doctrines à leur gré irréprochables ; d'écrire des lettres bien tournées, nourries de saine morale ; de faire des discours; mais, pour les gestes, ce n'est pas leur affaire ; ils attendent que quelqu'un en prenne la décision et la responsabilité.
En résumé, quand on pénètre au fond des choses, on voit parfaitement que, pendant cette crise, les chefs des partis n'ont pas cessé de dire au maréchal, chacun pour son compte :
« Allons! enlevez Malakof, c'est pour cela que nous vous avons inventé ; nous restons, comme de juste, dans la tranchée; nous ne sommes pas des gens d'action; mais nous applaudirons à l'assaut et nous occuperons la place aussitôt qu'elle sera prise. »
Restait toujours l'exécution, l'enlèvement de la redoute qui demeurait exclusivement à son compte. Le Times a
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raconté cette scène dernière de TÉIysée dans laquelle la vérité de celte situation a éclaté enfin aux yeux du maréchal, et où il a opposé à toutes les obsessions dont il était l'objet son immuable résolution de ne pas sortir de la légalité.
Voilà au fond ce qu'on fait mine de ne pas lui pardonner encore. Sortir de la loi ! Ces messieurs en parlent à leur aise ; ils n'y risquaient pour leur compte rien ou bien peu de chose; ils lui passaient procuration pour en sortir; il était l'agent d'exécution, par conséquent seul engagé et seul responsable dans une partie dont on attendait l'issue à l'abri dans la coulisse. Quand même le maréchal n'eût pas été animé de cette droiture simple qui a pris le dessus dans cette circonstance, n'eût-il été qu'un homme d'esprit avisé et prévoyant, il eût encore décliné l'opération; car, à son point de vue personnel, elle était une pure duperie.
Au reste, on ne m'ôtera pas de l'idée que ceux qui conseillaient le coup de main à la condition, bien entendu, de ne pas opérer eux-mêmes, ont eu un grand poids de moins sur le cœur quand ils ont vu que cette partie hasardeuse ne serait pas jouée. Ce qui m'a le plus frappé comme observation de moraliste pendant le développement de cette pièce laborieuse, c'est l'abolition générale de l'esprit aventureux. Personne aujourd'hui, et ôela dans tous les partis, ne semble plus disposé à se lancer dans le feu; chaque parti cherche un mandataire de bonne volonté auquel il voudrait passer procuration.
Au Japon, jadis, dans les derniers temps du régime ^ féodal, quelque chose d'analogue s'était constitué. Les feudataires avaient renoncé à se battre entre eux par