‹ Souvenirs et réflexions politiques: documents pour servir a l'histoireChapitre 23 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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^ux-mêmes; mais, comme ils se haïssaient fort nonobstant leur accord apparent, ils avaient créé une clasôe d'hommes de sabre nommés lonines^ gens déclassés et courageux qu'on entretenait en les désavouant, qui guerroyaient les uns contre les autres, chacun agissant officieusement pour le compte du chef qui Tavait embauché ; il était entendu que les seigneurs ne reconnaissaient jamais leurs condottieri. Quand l'entreprise manquait, le lonine pris sur le fait s'ouvrait le ventre silencieusement sans se réclamer de qui que ce soit; c'était un des risques de la profession ; pendant ce temps^ les seigneurs qui se battaient par procureurs continuaient l'un envers l'autre leurs compliments et leurs révérences. Cette profession de lonine ne me semble pas destinée à faire ici fortune ; en tout cas, on voit que le maréchal n'en a pas voulu. ,

C'est à propos du récit du Times au sujet de la dernière scène politique de résistance à l'Elysée, que l'élément comique dont je parlais plus haut a commencé de se révéler. Les informations qui m'étaient parvenues à moi-même concordaient en général avec celles du journal anglais; les démentis qu'on a depuis lors essayé d'y opposer n'ont, à bien voir, fait qu'en confirmer l'exactitude. C'est en pesant ces démentis qui ne démentent rien, qu'on est à même de mesurer exactement la valeur de l'esprit politique de Prudhomme-Polonius, ainsi que les conséquences de son respect des convenances, de son asservissement chinois au. cérémonial mondain, à la haute civilité appliquée aux affaires d'État.

Premier démenti, deux lignes sèches de VAgence Havas : ce n'est pas ainsi que les choses se sont pas-

sées ! Soit, mais alors dites-nous comment elles ont eu lieu. Second démenti, cinq lignes de M. Batbie : le récit n'est pas exact. Eh bien, mais par où pèche-t-il? Silence complet. Tout cela ressemble un peu trop à ces dénégations de cérémonie que la famille ne manque jamais de faire paraître quand il arrive qu'une dame lui appartenant se trouve notoirement compromise. Nous connaissons vingt histoires de ce genre.

H. Batbie» on Ta vu, n'a, quant à lui, rien expliqué; mais c'est alors que les révélations d'un véritable comique ont jailli de côtés divers. N'est-ce pas un trait de comédie que le duel à dix pas, un seul pistolet chargé, que le sénateur du Gers réclamait du duc Pasquier, la condition de son physique ne lui en permettant pas d'autre, ont dit les témoins, qui ne voulaient pas être plaisants. Ah ! sans doute, le récit du Times est incomplet; il n'a pas révélé cet incident que les Tallemant futurs ne pourront pas oublier.

Noiez que,pour que nul n'en ignore, le baron de Lareinty confirme dans une lettre d'hier la provocation de son arrangement; donc il reste hors de doute que la séance fut très vive ; alors que dément-on ?

Toutes ces petites notes de convenance, tout cet épistolaire officieux et gourmé sont, en somme, assez ridicules et aboutissent, de plus, à des résultats absolument contraires à ceux que leurs auteurs en attendent; ils corroborent l'irrémédiable scepticisme du public à l'égard de toutes ces protestations, et le confirment dans l'idée qu'il s'est faite de l'incohérence et de la débilité de la plupart des chefs du conservatisme actuel. Voilà que la droite du Sénat ne croit pas non plus pouvoir se dispenser de sa

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noie ; celle-ci a été rédigée, dit-on, par M. Kolb-Bernard. Que dit-elle? A la première lecture, on croit bien qu'elle dit uniquement que la droite reste très chiffonnée de tout ce qui est advenu; mais il paraît qu'il y a, entre les lignes, de certaines protestations ou réserves contre le plan Trochu, des légitimistes purs et contre les conseils qu'ils auraient ensuite fait pénétrer à l'Elysée ; en somme, un écho du dissentiment que les questions de V Univers à r Union Si\2i\ent fait pressentir.

Ces messieurs, d'ailleurs, sont p^suadés qu'ils ont accompli un acte notable, que leur manifestation est essentielle et qu'elle restera; la note rédigée et publiée, chacun s'en est allé dîner correctement; les convenances étaient sauves; que demandez-vous de plus?

Lettre ou note également de M. de Montgolfier, le petit-fils des ballons. Cet important conservateur déclare qu'il a été invariablement à la disposition du maréchal pour jouer la résistance ; alors que ne s'est-il offert pour les finances au moment où personne ne voulait se placer sur celte poudrière ? Donnez acte à M. de Montgolfier de sa vaillance, acte à tous les préfets, sous-préfets, maires, adjoints, gardes champêtres et agents de police qui se croient en droit d'adresser directement au maréchal des épîtres impertinentes et trop longues, à seule fin de lui reprocher de ne pas tomber avec eux; mais ils restent les modèles de cette chevalerie méconnue et sacrifiée, qui reviendra d'ailleurs plus lard; M. de Fournès, qui du moins écrit mieux que ses confrères, en donne l'assurance aux maires vendéens.

Tous ces épanchements cérémonieux ou mélodramatiques ont une pointe de ridicule, mais cette littérature

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aide à comprendre raffaiblissement du consenratisme. Tout cela est d'une mincité qui épouvante quand on songe à la fermeté des assauts en face desquels on n'a rien de mieux à dresser que des remparts de papier. Je l'avais remarqué : l'élément gascon semblait, avec le patronage de M. de Fourtou, avoir pris dans notre politique un développement exagéré ; je, crois que les épistoles des préfets sont le dernier soupir du gasconisme.

Chacun a chanté son couplet final ou déclamé sa tirade de sortie; la toile peut tomber, elle tombe; la pièce est jouée. Reste Polonius, reste Prudhomme; ceux-là n'ont pas dit leur dernier mot, ceux-là ne le diront jamais; ce sont gens à métamorphoses. Nous allons retrouver Prudhomme radical et Polonius constitutionnel; adieu jusqu'à nouvel ordre aux conservateurs ! Suivons désormais, dans leurs évolutions libérales et démocratiques, Prudhomme et Polonius.

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