D£ LA MAUVAISE HUMEUR
lions, aux récriminations et aux noirs pronostics du peuple des destitués. Je me figure pourtant que ceux des conservateurs qui ont l'esprit plus élevé, plus d'indépendance, plus de clairvoyance qu e cette .population de cessantes, ne tarderont pas à s'apercevoir qu'on ne soutient pas un parti, et surtout un parti social, avec un simple régime d'acrimonie mesquine, de grognerie et d'épigrammes; un parti qui n'abandonne pas tout espoir ne saurait se transformer en conciliabule de décavés grognons.
Dans les circonstances actuelles, cette attitude semblera d'autant plus ridicule, d'autant moins faite pour impressionner l'opinion, que le changement du personnel opéré par le nouveau ministère n'est que la répétition, dans son sens, du remue-ménage que les conservateurs avaient eux-mêmes effectué depuis le 1& mai. Les hécatombes de préfets, de sous-préfets, déjuges de paix, les changements de résidence des magistrats du parquet, que la précédente administration a compromis avec une imprévoyance que ces lettres ont maintes fois signalée, ne sont à tout prendre que la contre-partie exacte, au point de vue républicain, des pratiques de l'administration antérieure. Il n'y a rien de sérieux à répondre à l'axiome classique : Patere legem quamipsefecistû
On ne pourrait se rejeter que sur une chose, l'indignité, l'incapacité ou l'incorrection sociale des nouveaux fonctionnaires. Nul doute qu'en fouillant un peu, on ne leur trouve de côté et d'autre bien des pailles, bien des tares ; mais je crois que les conservateurs s'abusent singulièrement s'ils s'imaginent que ces anecdotes rétrospectives produiront un grand eifet sur l'opinion moyenne.
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D'abord, les préfets du 16 mai ont été obligés, par la lutte même dont ils avaient accepté la responsabilité, à de tels •excès administratifs, à une attitude si militante, que tout ce qu'on peut dire de ceux qui leur succèdent paraît fade. On est persuadé que, quoi qu'ils fassent, ils n'arriseront pas au niveau de leurs prédécesseurs. Reste leur qualité sociale. Sans doute nombre des nouveaux ou des réintégrés — car il faut remarquer que les fonctionnaires absolument neufs forment la minorité des fournées administratives — appartiennent à une autre nuance sociale que ceux qu'ils remplacent, ce qu'on appelle les gens du monde. Les hommes tenant par des attaches diverses à l'ancienne classe dirigeante sont moins nombreux aujourd'hui dans le cadre préfectoral qu'ils ne Tétaient dans celui du ministère précédent. Pourtant on en trouve encore une bonne quantité qui ne serait disparate dans aucun salon ; on ne fera croire à personne par exemple, que M. Decrais ou M. de Brancion soit un échappé de brasserie ou un habitué de café démocratique.
D'ailleurs, je reviens sur ce trait que j'ai déjà signalé plus d'une fois à la méditation des observateurs perspicaces et qui est, à mon sens, la marque la plus certaine des idées et des mœurs démocratiques ; la masse de la population, c'est-à-dire cette immense couche moyenne en dehors de laquelle s'agitent Textréme démagogie et les petits états-majors des partis, cette masse attache de moins en moins de valeur à cette distinction d'écorce •qui résulte de certaines manières et de certaines relations ; cela ne veut pas dire le moins du monde qu'ellle incline vers le sans-gène et la rusticité.
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