LA QUESTION D'ORIENT
encore, les Turcs se sont ayancés jusqu'à Vienne en ravageant tout devant eux. Nonl grâce aux mirages de ce conservatisme aveuglé, le- sultan s'est transformé pour M. de Metternich en une sorte de dignitaire de la Sainte- Alliance, en une espèce de Louis XVIII en turban dont les carbonari grecs travaillent à ruiner révolutionnai rement l'autorité légitime et sacrée.
Je viens de relire la partie de la Correspondance du chevalier de Gentz relative à ce moment de Finsurrection grecque dans la phase que clôt le coup de tonnerre de Navarin,
Navarin la viUe aux maisons peintes,
comme chanta Hugo dans une des plus éblouissantes des Orientales. Ces sentiments que je viens d'indiquer, s'y font jour bien souvent au milieu des considérations d'une politique très fine. Gentz était un sceptique clairvoyant dont les dépêches offrent en ce moment un véritable attrait d'actualité; il n'était probablement qu'à moitié dupe des impressions auxquelles il se soumettait; mais, confident de M. de Metternich, il est un reflet fidèle du milieu où il vivait. Il est tout naturel que quelques-unes des opinions du monde conservateur d'alors se retrouvent, avec les transformations que les années leur ont fait subir, dans une certaine région du conservatisme actuel ; à dire vrai, elles se sont plutôt rétrécies et racornies que développées; elles aboutissent toutes à cet axiome naïf : la «ause turque est la bonne cause, parce qu'elle représente ce qui existe depuis longtemps, et que toute modification est un danger au point de vue conservateur.
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Je ne me propose pas de discuter cette manière de voir; j'ajoute pourtant qu'elle a eu quelques jours d'épanouissement pendant la phase des succès turcs. Jusqu'à la prise de Plevna, quelques bonnes âmes inclinaient à penser que le dieu des armées avait décidément opté pour elle ; on faisait abstraction des coupons impayés de la dette ottomane, qui, au début pourtant, avaient singulièrement refroidi l'opinion. Ce qui est cependant moins explicable, c'est que les sympathies turques aient éveillé un certain écho à l'opposite de la région conservatrice que je viens d'indiquer, et que, dans le monde du radicalisme doctrinaire, quelques filons, assez minces, je le crois, mais réels, aient intîlinédans le même sens. Je m'attacherai, dans une prochaine lettre, à déterminer les motifs de cette inclination.