‹ Souvenirs et réflexions politiques: documents pour servir a l'histoireChapitre 41 sur 54 · II · texte numérisé non relu

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gences distinguées : on contestera difficilement que la majorité des capables, des instruits, sans compter Ie9 ambitieux, incline à gauche plutôt qu'à droite.

II ne faut pas faire fi des ambitieux; c'est une puérilité en politique que de s'imaginer qu'on en aura raison avec des objurgations de vieilles dames ou des anathèmes de bourgeois satisfait. Je dirais volontiers : c Malheur a» parti qui n'attire pas ce qu'il y a de plus intelligent et de meilleur dans le stock de l'ambition contemporaine! Malheur au parti qui ne ferait pas aux jeunes gens qui se lancent dans la vie avec la conscience de leur mérite et de leur valeur, le débouché le plus favorable, le parti qui offre le plus de chance à leur avènement. De bonne foi, les conservateurs éclairés savent bien qu'ils n'ont rien de pareil à promettre.

M. Gambetta a parlé naguère des crapauds que les républicains doivent s'exercer à avaler; les couleuvres conservatrices valent bien à coup sûr le crapaud républicain; il existe dans le monde conservateur de vastes caves où on les élève avec un soin pieux dans le but de les servir au moment propice à la plupart de ceux dont on commence à redouter l'indépendance, la clairvoyance et la capacité.

Quel remède à cet état de choses ? Nous n'avons plus d'aristocratie politique munie d'une éducation à part et de traditions spéciales ; notre noblesse n'est qu'un objet décoratif qui ne sert plus qu'à constituer des coteries élégantes, des clubs de bon ton, qui^aide dans le mariage et qui favorise dans quelques carrières des avancements très souvent mal justifiés ; le champ reste donc ouvert presque sans obstacle à l'efflorescence de la médiocrité

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intrigante et active, c'est cette médiocrité que les conservateurs semblent particulièrement favoriser; il n'y a que demi-mal tant qu'on est le plus fort; mais, le jour où l'on passe à l'état de vaincu, on a besoin pour résister et sauver au moins ses bagages de quelque chose de plus que de la routine des commis ou de l'agitation des esprits subalternes ; il faut recourir à la capacité, à la supériorité de son côté.

Je ne vois donc d'autre ressource que d'insister sur le concours, sur l'examen, que de réclamer son développement, son application à tous les ordres de fonctions; rien n'empêchera sur ce terrain les classes conservatrices de reconquérir par le savoir, par la démonstration de la capacité, l'influence dirigeante à laquelle elles prétendent sans la justifier.

C'est pourquoi les observations de M. Antonin Proust l'autre jour, à l'occasion de la discussion du budget des affaires étrangères, m'ont semblé très dignes de réflexion et c'est elles qui ont inspiré ces remarques. M. Proust a réclamé pour l'entrée dans la carrière diplomatique un système d'examens et d'épreuves qui devraient, suivant lui, en transformer le recrutement et y introduire un élément de capacité et de savoir dont la pseudo-aristocratie qui l'encombre lui paraît généralement manquer. Il y a beaucoup de vrai dans ces observations.

Reste à savoir quel système d'épreuves et d'examens il sera possible d'organiser. Des examens et des concours de quelques jours analogues à nos épreuves universitaires seraient évidemment très incomplets; ils donneraient des scholars, comme disent les Anglais, c'est une race insuffisante pour fournir des politiques; pourant, ta

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l'entrée de la carrière, les épreuves très sérieuses, très rigoureuses n'auraient que des avantages; elles débarrasseraient de la jeunesse simplement dorée. Elle a pu servir autrefois ; mais je crois que les rapports internationaux, en se transformant, restreignent beaucoup dans l'avenir la carrière des conducteurs de cotillon.

Reste Tavancement; évidemment, l'examen pur et simple, l'examen à la mode classique serait un procédé incomplet, souvent impraticable. Le recrutement diplomartique a besoin de s'exercer de plus d'une façon; en veut-on une preuve ? Quelques-unes des individualités les plus distinguées de notre ministère des affaires étrangères sont sorties des journaux, ftorr^sco referensi M. de Bourqueney a débuté aux Débats y le directeur actuel des affaires politiques, M. Desprez, à la Revue des Deux Mondes; M. Valfrey était, il y a deux ans, journaliste, et peut-être l'est-il encore à ses moments perdus; les plumes de ces messieurs ont semblé fort utiles aux hommes du monde du quai d'Orsay.

Il est vrai que les concours ne les ont probablement pas embarrassés. Je ne jure pas qu'il en soit de même pour tous nos secrétaires d'ambassade. Donc, en définitive, des épreuves, des concours, du savoir, de la capacité, et que les conservateurs se remettent en selle à l'aide de tout cela ! C'est la grâce que je leur souhaite, comme on dit à la fin des sermons.

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