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LE PÈRE MONSABRÊ ET LE PÈRE DIDON

chives, et dont je ne retrouve plus le vocable. Autre fait à noter quand on étudie ce développement de la vie catholique, c'est l'extension du clergé régulier dans l'œuvre de la prédication. Pour s'en bien rendre compte, il faut parcourir le tableau publié par la Semaine religieuse de Paris.

Les politiques de profession qui usent leurs journées dans les bureaux de la Chambre, dans les bavardages, conférences et paperasseries parlementaires, et qui se figurent que toute l'activité du pays se résume en eux, agiraient sagement en n'ignorant pas nombre de publications consacrées à l'enregistrement de beaucoup d'activités et d'énergies sociales qui se déroulent absolument en dehors d'eux. Il en existe de très diverses : l'activité religieuse y figure au premier rang ; la Semaine religieuse en donne le programme; rien de plus intéressant, de plus instructif, et j'ai à peine besoin d'ajouter, rien de plus respectable. Ce tableau des offices, des exercices de piété, des sermons, est incontestablement plus ample que le programme des spectacles.

Les Parisiens des boulevards dont l'horizon est borné au nord par l'Opéra, au sud par le Figaro, ne soupçonnent pas la quantité d'établissements religieux, de monastères, de chapelles dont Paris est peup^lé; de temps en temps, des libéraux fanatiques qui se croient philosophes, s'échauffent sur ce sujet; ils réclament la suppression violente des couvents ; sur quoi les catholiques incandescents répliquent en tonnant contre les loges maçonniques et en exhibant des mandements épiscopaux qui attribuent à cette puérile et fantastique maçonnerie un pouvoir clandestin terrible et les desseins les plus noirs. Les soi-

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disant libéraux agitent le spectre noir du jésuitisme, les catholiques le spectre rouge delà maçonnerie. En réalité, ces deux spectres sont le produit de la même maladie de l'imagination : le besoin de rafûliation, du mystère, la soif de l'occulte. Le spectre jésuitique et le spectre maçonnique se font contre poids et se neutralisent réciproquement; la loge couvre le couvent, mais le couvent devrait comprendre que la loge est sa garantie.

Entre la loge et le couvent, le bon sergent de ville gouvernemental circule indifférent, veillant au balayage, à l'eau, au gaz, au libre parcours de l'ofnnibus, et, comme le pacha musulman, au Saint-Sépulcre, empêchant le Grec d'écharper le Latin, et le Latin d'assaillir le Grec. Ce n'est pas de l'ordre moral ; cela manque de prestige et d'abstraction; mais c'est la paix positive, matérielle et pratique, et on finira par comprendre qu'arrivées à un certain degré de richesse, de culture et de liberté, les sociétés ne doivent demander rien de plus à leurs gouvernements.

Ainsi que je viens de le dire, les ordres religieux remplissent la grande majorité des chaires parisiennes. Je compte pour le présent carême une trentaine de prédicateurs dans les chaires paroissiales appartenant à la Compagnie de Jésus, aux dominicains, aux capucins, aux carmes et à quelques autres ordres moins connus.

Ces sermons, autant que j'en puis juger par ceux que j'ai entendus ou d'après des auditeurs toujours bienveillants, ne sortent pas du cadre habituel et traditionnel de la publication catholique; on ne voit pas qu'aucun de ces prédicateurs révèle un talent remarquable, ni une grande originalité de pensée; quelques-uns cependant

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ont une forme attrayante et facile. Le prédicateur de Saint-Philippe-du-Roule, par exemple, a employé un certain nombre de ses sermons h commenter leSyllabus, et il l'a fait avec talent et mesure, bien entendu en acceptant le point de départ de toutes les déductions catholiques. Néanmoins, si Ton cherche à se former une idée équitable de la prédication catholique en ce moment, il faut l'examiner dans ce qu'elle a de plus élevé, par consé* quent dans les conférences religieuses et philosophiques faites en vue des hommes. Les plus remarquables, je Tai indiqué, sont celles du Père Monsabré à Notre-Dame et celles que le Père Didon tient, chaque dimanche, dans la chapelle des dominicains du faubourg Saint-Honoré.

Les deux prédicateurs, sont enfants de saint Dominique, et il est encore plus juste de dire qu'ils sont les fils de Lacordaire, fils cadets, surtout le père Monsabré, qui retrouve cependant dans la chaire illustrée j^ar son illustre devancier quelques-uns des accents chaleureux, quelque chose du coloris que Lacordaire répandait dans ses discours. La préoccupation des deux dominicains est manifestement la même que celle dont leur prédécesseur était dominé; ils veulent s'adresser aux objections de rintelligence dans ce qu'elles ont de plus contemporain, de plus actuel, de plus absolument moderne.

A cet égard, suivant moi, le Père Didon pénètre plus au fond des choses que le Père Monsabré. Malgré l'effort évident du prédicateur de Notre-Dame de prendre à partie l'incrédulité dans son expression la plus nouvelle, sa méthode est strictement restée la méthode traditionnelle de la chaire catholique, c'est-à-dire une méthode absolument affirmative, le contraire de la discussion et

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de la critique. Tout cela est enveloppé d'un vêtement d'apparence nouvelle. Le style semble dégagé des formules théologiques, le prédicateur se permet des libertés que la chaire classique aurait repoussées. C'est ainsi qu'il a cité dans une de ses conférences quelques vers admirables d'ailleurs d'Alfred de Musset. Mais, quand on écarte la draperie tissée avec beaucoup d'art, suivant le goût littéraire du jour, on retrouve, en fait de raisonnement et de procédés intellectuels, l'ancien sermonaire distinguant, découpant les objections et prétendant les réduire à l'aide d'autorités dont il aurait fallu justement avant tout établir scientifiquement la valeur.

Les conférences du Père Monsabré ont dû assurément fournir aux croyants une mujtitude de bonnes raisons propres à les confirmer dans la foi qu'ils possèdent déjà, mais je doute qu'elles puissent ébranler un seul esprit instruit et amplement informé qui a l'habitude de creuser de semblables questions. Elles me rappelaient sans cesse cet élégant opuscule que M. Thiers écrivit en 1848 sur la propriété à Tépoque de la première explosion socialiste ; aucun écrit n'était mieux fait que celui-là pour convaincre les propriétaires de la beauté divine de la propriété, mais pas un seul socialiste sérieux dont il fût susceptible de troubler les idées. Évidemment pour le croyant qui n'a jamais conçu un doute sur la divinité du Christ, qui n'a jamais cessé une minute de considérer l'incarnation et la rédemption comme la clef de tous les problèmes humains, les conférences du Père Monsabré apportent un surcroît de raisonnements qui ne peut que les encourager à s'applaudir de posséder la foi. Mais, pour celui qui doute, mieux encore pour celui qui ne doute pas, et

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