DESTINÉE IXU DUC DE BROGLIE
à sa fortune au milieu de cette destruction ; quelle pauvreté bourgeoise de la part de ce pauvre Léon Renault, de venir aujourd'hui citer Paradol et la France nouvelle t Paradol! qui dit le contraire? que l'on restaure l'Empire et l'on y reviendra 1
En attendant, sous le système républicain, l'ami particulier de M. de Broglie ne pouvant rien espérer que d'une coalition soutenue entre tous les éléments antirépublicains et surtout antidémocratiques, et la méthode parlementaire étant impropre à ce résultat, on l'a remisée jusqu'à nouvel ordre. < Il faut souvent changer de parti pour rester fidèle à ses amis. »
Voilà une interprétation; c'est la petite, c'est l'explication par en bas. Aurait-elle satisfait l'ingénieux Doudan? J'avoue que, pour moi, elle ne me suffit pas. J'ai cherché, je me suis souvenu, j'ai réfléchi et j'en arrive à ceci : M. de Broglie est inexplicable si on enlève de sa conduite politique le grand moteur, la raison déterminante : ses croyances catholiques. Catholique n'explique encore rien; si vous ne mettez pas catholique libéral. Vous restez dans l'obscurité ; avec cette nuance tout s'éclaire.
Ceci, c'est de l'épigraphie. Avez-vous ouï parler de la Roche-en-Brenil, et de son inscription? c'est un manoir qui appartenait au comte de Montalembert ; il y a des années l'évèque d'Orléans, Mgr Dupanloup, y prêcha une retraite où ne furent admis que ce qu'il y avait de plus exquis, de plus recherché, de plus inaccessible parmi l'élite du troupeau libéral-catholique. Imaginez un numéro secret du Correspondant exclusivement rédigé par de pieux académiciens aspirajit tous à devenir ministres d'un* Louis-Philippe légitime, libéral, parle-
22 SOUVENIRS ET RÉFLEXIONS POLITIQUES, mentaire, catholique et de bonne compagnie : telle fat cette retraite où la politique et la religion fusionnèrent sous les auspices de la dictinction.
Le malheur voulut que le seigneur du lieu, qui avait le goût des marbres commémoratifs, composât une inscription en son honneur et que plus tard un abbé rédacteur de V Univers f et âpre ennemi des catholiques libéraux, déterrât l'inscription, qui lui parut malsonnante. On y parlait, en effet, de l'Église libre dans l'État libre, une mode de Gavour que les catholiques libéraux du temps jadis rêvaient d'acclimater. Interminable polémique à propos de l'inscription, chacun soutenant la pureté exclusive de sa traduction ; on en a fait un gros livre; entre-temps V Univers égratignait rudement les catholiques libéraux; le « petit Français » en saigne encore ; Rome se mit en mouvement; on décréta d'hérésie le catholicisme libéral; les catholiques libéraux déclarèrent que cela ne les regardait aucunement, que leur catholicisme libéral, pur et soumis, n'avait aucun rapport avec le catholicisme libéral, justement réprouvé; ils exhibèrent des lettres de monsignor Mercuriali, secrétaire de Sa Sainteté pour les lettres latines, homme d'esprit qui excelle aux compliments vagues dans lesquels un chacun trouve à paître; bref, le catholicisme libéral demeura anathème; mais les catholiques libéraux de bonne maison se déclarèrent justifiés ; nonobstant, ils sentaient toujours le fagot.
Comment, direz-vous, rattacher ces pieuses haines et ces saintes querelles aux évolutions présentes de la politique de M. de Broglie? Voici mon induction. Un homme de mérite assurément ne remplit pas une bonne part de sa
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