‹ Souvenirs et vestiges de l'Ordre de Malte subsistant encore à ParisChapitre 4 sur 7 · ARCHIVES · texte numérisé non relu

ARCHIVES

Les archives de l'Ordre de Saint-Jean étaient classées et conservées très soigneusement dans la Tour du Temple. L'archiviste était logé tout près de ses trésors, dans la petite tour adossée à la grande.

Un jour, en 1792, cet employé de l'Ordre, M. Barthélémy, reçut l'ordre subit d'évacuer son logement où arrivait Louis XVI prisonnier. Il dut abandonner ses meuble et sa bibliothèque particulière au captif, tandis que l'on emménageait pour celui-ci la grande tour, en transportant ailleurs les archives de Malte qui y étaient rangées. Sans respect pour le bel ordre du Chartier, on arracha les archives de leurs casiers, on les entassa dans le grenier de la tour sous les toits. Plus tard, ces papiers confisqués révolutionnairement furent portés au Louvre, puis confiés au dépôt des Archives nationales où ils ont été très exactement inventoriés et où ils sont déposés actuellement en fort bon ordre.

C'est la tardive exécution du décret de 1792, dont il a déjà été parlé et qui reconnaissant rOrdre, le dépouillait en France, tout en réglant « que le pouvoir exécutif prendrait les mesures « les plus promptes et les plus actives pour la « conservation des titres, papiers et documents

« relatifs aux propriétés dont l'Ordre de Malte « jouissait en France. »

Ces pièces forment un fond très considérable, c'est-à-dire qu'elles remplissent environ quatre cents cartons et mille liasses. Ce sont des bulles, titres, correspondances, conventions, états de biens et revenus, comptes, inventaires, documents judiciaires, le tout relatif au Grand Prieuré de France lequel était Tune des parties de la Langue de France ^ partie fort étendue puisqu'elle comprenait cinq provinces considérables, tout le nord de la France, et comptait seule cinquante deuxcommanderies.

Parmi les papiers ainsi conservés, les plus récents, ceux de Tannée qui fut la dernière du Grand Prieuré de France (189 1), offrent un spécial intérêt. Ce sont les comptes du «Vénérable « commun trésor du Grand Prieuré, rendus, « conformément aux bulles de Son Altesse « Eminentissime, et de son sacré Conseil, aux « Illustrissimes seigneurs et à la Vénérable « Chambre du commun trésor de l'Ordre », par le dernier Procureur général du Grand Prieuré, le Commandeur de TEstourmel.

Il résulte de ces pièces que l'Ordre maintient en France son existence officielle jusqu'en 1792, s'administrant, et recueillant l'héritage de ses membres. Pour échapper jusque là aux spoliations qui frappaient les institutions monastiques françaises, l'Ordre de Saint Jean a soin

I d'ajouter en France à son ancien titre à^ Ordre

Souverain une qualification nouvelle, il s'intitule à cette époque : Ordre Etranger et Souverain. Les chevaliers de Saint-Jean conservent, jusqu'à la Terreur, leur constitution, leurs biens, leur hiérarchie. En 1789, le Grand. Prieur de France est un Prince de douze ans, le duc d'Angoulême, qui administre sous la tutelle officielle du bailli de Crussol payé douze mille livres pour cet office. Puis le jeune prince résigne sa fonction ; c'est le duc de Berry qui en est investi, à quinze ans, et qui a porté le dernier ce titre.

L'Ordre conserva même jusqu'à la fin sa représentation diplomatique en France. Son ministre n'habitait aucune des trois Commanderies de Paris : il se logeait en ville comme les autres ambassadeurs accrédités près du roi de France. Les archives nous apprennent que le représentant de l'Ordre à Paris fut payé jusqu'à la fin sur le pied de six mille livres par an. En 1789 l'Ordre avait comme ambassadeur le bailli de Sufïren. Après sa mort, l'envoyé diplomatique s'intitule seulement représentant de l'Ordre à la cour de France : c'est le bailli de Virieu, ministre plénipotentiaire de Parme, qui fait cet intérim; il a un auxiliaire M. Cibon, qui signe encore secrétaire d'Ambassade. Dans les derniers temps, 179^-1792, les envoyés de l'Ordre, le Commandeur Anfrye et M. Ricard, ne sont

plus qu^agents généraux, et leur auxiliaire n'est plus qu'un commis, M. Renaudin.

Les registres font aussi foi que même en 179 1, d'assez nombreuses admissions, une quinzaine, eurent lieu dans le Grand Prieuré de France ; les nouveaux chevaliers obtiennent des délais pour acquitter leurs droits d'entrée, (droits de passage), ou bien ils les paient en assignats, ou encore en pistoles d'or d'Espagne. Ces droits s'élèvent pour chacun d'eux à deux mille cinq cents livres, et à peu près à la moitié de cette somme pour les Diacots ou membres prêtres de l'Ordre. Parmi les dernières promotions, celle d'un Vibraye, d'un Barrai, d'un Galard-Béarn, d'un Lauriston.

Curieux souvenir que perpétuent les archives : l'année même de la fin du Grand Prieuré de France, en pleine révolution, l'Ordre de Saint- Jean, envoie, comme d'usage, de Malte son chef-lieu, une belle provision d'orange et d'eau de fleurs d'oranger, au roi de France! D'après les comptes, le transport de ce dernier présent coûte six cents livres !

Ces intéressants papiers de l'Ordre pourraient être utilement dépouillés dans l'intérêt de son histoire en France.

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